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Publié le 5 juillet 2012

Revue de presse n°5

Semaine du vendredi 29 juin au jeudi 5 juillet 2012

Jeudi 28 et vendredi 29 juin

Nucléaire : en route vers un Fukushima français

Comme promis, nous débutons cette revue de presse avec une info qui est tombée trop tard jeudi dernier pour être traitée convenablement : l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française a publié son rapport annuel sur la sûreté nucléaire, une édition toute particulière car c’est la première après Fukushima. Cette info a été traitée massivement par les médias, alors voici une sélection extraordinairement parlante :

Le problème de l’information, la plupart du temps, n’est pas qu’elle soit « cachée » mais bien la façon dont elle est présentée. A ce petit jeu, les titres des dépêches et des articles jouent un rôle fondamental : malgré un contenu quasi-identique, un article peut être alarmiste et un autre parfaitement rassurant.

De plus, l’organisation de l’information en France fait que l’Agence France Presse (AFP) détient un pouvoir gigantesques. Voyez donc ici quelques minutes après sa diffusion, la dépêche est présente sur plus de 60 sites d’information, dont la quasi-totalité des grands médias. Sans parler des journaux « papier » du lendemain, et surtout des reprises dans les médias audiovisuels...

Revenons à nos moutons radioactifs : dans sa première dépêche, l’AFP rend compte de ce que dit l’ASN et évoque même quelques données problématiques. Dont acte, mais la tonalité, donnée par le titre, est qu’il va y avoir des travaux et que les problèmes vont être rectifiés.

Mieux : le jour même, une autre dépêche AFP certifie que « EDF et Areva s’engagent à répondre aux prescriptions de l’ASN ». Conclusion : tout n’est pas parfait dans le nucléaire français, mais ce qui ne va pas va être arrangé. Donc, finalement, pas de quoi s’inquiéter, même après Fukushima. CQFD.

Imaginez maintenant la même dépêche, mais avec comme titre : « Les centrales françaises vont fonctionner encore des années sans les mesures post-Fukushima ». Ce serait immédiatement un scandale énorme face à cette situation qui est effectivement inacceptable. Mais voilà, l’AFP n’est pas là pour faire scandale, encore moins pour poser la question de la pertinence de ces investissements gigantesques et de leur (in)capacité à rendre réellement nos centrales « sûres ».

D’autre part, personne ne semble trouver curieux que le réacteur EPR, un temps menacé par l’ASN de subir un moratoire (cf. Abandon de tout moratoire sur le réacteur EPR : Pressions politiques au plus haut niveau de l’Etat sur l’Autorité de sûreté nucléaire), soit désormais présenté par cette même ASN comme une référence pour les réacteurs actuels. On ne sera donc pas étonné que La Tribune.fr ne prenne pas de gants : « L’ASN ne recommande l’arrêt d’aucune centrale ». Objectif atteint.

Comparons avec l’agence anglo-saxone Reuters, beaucoup moins liée au pouvoir français, mais dont l’impact en France est bien plus faible que l’AFP : Reuters a au moins le mérite de titrer sur certaines centrales plus dangereuses que les autres.

Considérons avec intérêt Le Télégramme, basé à Brest. C’est le seul média à titrer sur l’aveu glaçant de M. Lacoste, Président de l’ASN : « Fukushima est devant nous ». L’explication de cette solitude apparaît de façon saisissante grâce à la carte mise en ligne par Le Télégramme : la France est entièrement recouverte de centrales nucléaires... sauf la Bretagne. Brest est ainsi la seule ville importante à être située loin de toute centrale. On découvre donc ce paradoxe extraordinaire : plus une région est nucléarisée, moins les médias régionaux osent évoquer les risques. Si EDF et Areva achètent des pages entières de publicité dans les journaux, c’est avant tout pour peser sur les lignes éditoriales...

Pour finir, la cerise sur le gâteau : M. Lacoste ajoute « Nous avons évidemment le devoir de prendre, dès que possible, des décisions pour améliorer la sûreté mais nous sommes amenés à les prendre sans être totalement sûrs d’avoir compris ce qui s’est passé. » Et c’est le grand chef de la "sûreté" nucléaire française qui vous le dit...

Vendredi 29 juin

Nucléaire au Japon : on vous l’avait bien dit...

Ce 29 juin 2012, on apprend que « des parlementaires japonais, qui ont étudié la dangerosité des 50 réacteurs de l’archipel, en ont déduit que 24 doivent être démantelés au plus vite car situés sur des failles ou présentant d’autres risques importants. ».
Or, le 20 juillet 2007, sur le plateau de l’émission C dans l’air, l’auteur de la présente revue de presse, à l’époque porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire, déclarait précisément : « On nous avait dit que ces réacteurs étaient sur des failles inactives, or elles sont actives. Donc, normalement, il faudrait arrêter définitivement peut-être vingt réacteurs au Japon, voire plus (.), il ne faut pas attendre qu’un Tchernobyl se produise »

Il suffisait donc d’écouter cet avertissement avant que le drame ne se produise, pour ne pas avoir à le répéter après. Mais personne n’a écouté et il y a donc eu ce « Tchernobyl », nommé Fukushima. Loin d’être félicités de leur clairvoyance, les militants vraiment antinucléaires ont été évincés de Sortir du nucléaire ( cf http://reseau.democratie.free.fr ) pour laisser place à des gens bien plus « raisonnables ». On notera d’ailleurs sur la vidéo le trouble de la nouvelle porte-parole... qui a participé activement à cette cabale.

Le Figaro/La Croix : les vieilles ficelles du nucléaire « du futur »

Résolument pronucléaire, Le Figaro tente de se redonner le moral après Fukushima. Pour ce faire, les vieilles ficelles sont de mise : il est question de nucléaire « du futur », baptisé aussi « nucléaire 4G ».
Il ne s’agit en réalité que de saluer l’accord passé par le Commissariat à l’énergie atomique avec Bouygues (cf revue de presse de la semaine dernière) pour tenter de construire Astrid, un surgénérateur, vieux projet face auquel l’industrie nucléaire est en échec depuis 50 ans.
Mais voilà : en saupoudrant le tout avec du « 4G » ou avec « du futur », le Figaro espère convaincre. En effet, qui peut être « contre le futur » ? Idem chez la Croix, dont l’article n’est pas consultable en ligne, hormis le titre qui suffit hélas amplement : « Astrid, le réacteur du futur ».
Ces journaux devraient arrêter de prendre pour des imbéciles les lecteurs... « du présent ».

Dimanche 1er juillet

Arrêter le nucléaire sans faire de drame...

Article de l’Alsace : « Du nucléaire à la biomasse »

Une fois n’est pas coutume, gloire et honneur au quotidien L’Alsace. Alors que les pronucléaires de tous poils dénoncent la possible fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, agitant les spectres de la misère, du chômage, du retour à la bougie, etc, l’Alsace publie un reportage sur la fermeture tranquille, effective depuis mai 2005, de la centrale nucléaire allemande d’Obrigheim. Bravo !

Lundi 2 juillet

Libération : boycott réussi !

Il y un an, Edouard de Rothschild, actionnaire principal de Libération, imposait Anne Lauvergeon, la reine de la radioactivité, à la tête du Conseil de surveillance de ce journal (cf. Le Monde)
N’écoutant que son courage, l’auteur de la présente revue de presse appelait illico au boycott de Libération, recevant d’ailleurs en privé le soutien de plusieurs journalistes du quotidien. Un an plus tard, le bilan est positif, le boycott a « parfaitement » fonctionné : Libération ne parle jamais de l’Observatoire du nucléaire (qui se félicite de tant de considération !).
Mieux : Libération a définitivement rompu avec son passé subversif et prend bien garde, sous la haute et efficace surveillance de Mme Lauvergeon, de ne jamais porter tort à l’atome.
Ainsi, la plupart des articles sur le sujet son confiés à un pronucléaire redoutable, M. Huet, qui s’efforce avec application, sur son blog, de « prouver » que Fukushima n’est pas si grave et que le nucléaire a de l’avenir. Libération aussi, n’en doutons pas.

Mardi 3 juillet

Astrid fait tourner la tête de Noël Mamère

Ne pas confondre ici Astrid avec Astrid de Suède, qui faillit devenir reine... des Belges, ni avec Béatrix, reine des Pays-Bas, dont la signature a été attendue pendant des mois par Areva pour pourvoir importer à la technologie des centrifugeuses (nous reviendrons sous peu sur cet épisode croustillant).

Non, Astrid signifie Advanced Sodium Technological Reactor for Industrial Demonstration, projet français (malgré son nom) de surgénérateur. C’est en fait le retour de Superphénix (cf revue de presse de la semaine dernière).

Et bien c’est précisément pour contester Astrid, ce projet absurde, ruineux et dangereux, que le député Vert (EELV) Noël Mamère a annoncé mardi matin qu’il ne voterait pas la confiance au gouvernement Ayrault. Certes, sous la pression de ses collègues députés « écologistes », terrorisés à l’idée que l’un des leurs n’égratigne le PS, Noël Mamère a finalement voté la confiance en fin de journée. A son crédit, il aura au moins essayé, lui...

Manifestations antinucléaires à Tokyo : hortensias et mégaphones

Article sur Rue 89

Remarquable reportage de Alissa Descotes-Toyosaki sur les manifestations antinucléaires au Japon où, hélas, un premier réacteur a été remis en service. A comparer par exemple avec ce qui se passe actuellement en France (voir plus loin, au 4 juillet, article du Canard enchainé)

Allemagne : bataille de chiffres sur le coût de la sortie du nucléaire

Dépêche AFP

Les pronucléaires ne manquent pas de toupet. Ainsi, alors que Fukushima a démontré leur totale incompétence et la vacuité de leurs innombrables promesses, ils sont plus arrogants que jamais. Juste après Fukushima, au lieu de présenter leurs plus plates excuses au reste de l’humanité, ils s’en sont pris... aux antinucléaires, accusés de « se réjouir » et de « profiter de la catastrophe »...

Maintenant, alors que divers pays veulent stopper leurs centrales, voilà que les pronucléaires agitent le coût « exorbitant » de cette décision. Certes, il est légitime de contester leurs calculs, délibérément mensongers pour inquiéter la population et essayer de reporter la fermeture des centrales. Mais cette nécessaire rectification ne doit pas faire perdre de vue une donnée incontournable : ce sont les pronucléaires qui sont coupables de la facture de la sortie du nucléaire ! C’est à cause de ceux qui ont construit ces centrales qu’il faut aujourd’hui trouver de lourdes sommes pour les arrêter et mettre en oeuvre, à marche forcée, des alternatives.

Oui, la facture de l’ « entrée » dans le nucléaire ET la facture de la sortie du nucléaire sont toutes deux de la faute des pronucléaires. Le coût de la sortie du nucléaire n’est pas une pierre dans le jardin des antinucléaire, c’est une des nombreuses et lourdes fautes de l’industrie nucléaire. Qu’on se le dise ! Hélas, cette évidence n’est jamais mentionnée dans les articles qui fleurissent pourtant sur le thème de la sortie du nucléaire et de son coût...

Mercredi 4 juillet

France : la « démocratie » par la matraque et les gaz lacrymogènes

Le Canard Enchainé

Il y a dictature et dictature. Certes, la France n’est pas le Kazakhstan de Nazarbaev (dictateur choyé par le lobby nucléaire français pour ses réserves d’uranium), mais la lecture de cet article du Canard enchainé est parfaitement édifiante sur l’état affligeant de la démocratie en France.

Pour mémoire, le Canard enchaîné n’accepte aucune publicité, il vit de ses ventes en kiosques et des abonnements, et d’un « trésor de guerre » constitué par ses fondateurs (pour supporter les nombreux procès qui lui sont faits). De fait, contrairement à la plupart des journaux qui vivent sous perfusion de la publicité et sous la menace des annonceurs (rappel : Le Monde (blog)), le Canard n’a pas peur que EDF et Areva cesse de lui acheter des pages de publicité... d’où la liberté de ton et d’information de ce journal unique en son genre.

C’est donc dans le Canard, et quasiment nulle part ailleurs, que l’on peut apprendre comment la démocratie française ressemble de près à une dictature dès lors qu’il est question de nucléaire...

L’âge de la retraite repoussé aussi pour les centrales nucléaires

Il n’y a pas que pour les humains que l’âge de la retraite s’éloigne : pris dans le piège du lobby nucléaire, certains gouvernements sont incapables d’imaginer la vie sans l’atome et, multipliant les « chances » d’un nouveau Fukushima, accordent des prolongations de durée de vie à des centrales qui sont pourtant dangereuses par nature et le sont encore plus en vieillissant.

En Espagne, le gouvernement autorise la centrale de Garona, connue pour son délabrement avancé, à fonctionner six ans de plus, jusqu’en 2019 : elle aura alors près de 50 ans... si elle n’a pas explosé d’ici là.

En Belgique, c’est le réacteur n°1 de la centrale de Tihange qui se voit accorder une prolongation de 10 ans : sa fermeture n’est plus fixée à 2015 mais à 2025, il aura alors exactement 50 ans... s’il n’a pas explosé d’ici là (bis).

Avec le plus grand cynisme, GDF-Suez, propriétaire des centrales belges, annonce que si les centrales de Doel 1 et 2 sont fermées en 2015, alors celle de Tihange sera illico fermée aussi. Et, dans le même temps, GDF-Suez annonce la fermeture de centrales électriques au gaz. Objectif : créer délibérément un risque de pénurie pour obtenir in fine l’annulation de toutes les fermetures de centrales nucléaires. C’est ça la « démocratie » selon le lobby de l’atome.

Nucléaire militaire : Hollande plonge

Dépêche Reuters : « Hollande plonge à bord du sous-marin nucléaire "Le Terrible" »

Tout comme Noël Mamère sur le nucléaire civil, Michel Rocard a été ramené à la raison (d’Etat) sur le nucléaire militaire (cf revue de presse de la semaine dernière). La voie est donc libre pour le président Hollande qui s’est fait filmer en uniforme à l’intérieur du sous-marin nucléaire « Le Terrible », avant de s’offrir une petite plongée - de trois heures tout de même - agrémentée d’une simulation de tir de missile nucléaire. Le changement, c’est pour une autre fois...

Fukushima : un "désastre créé par l’homme", selon un rapport officiel

Dépêche AFP

C’est une évidence, mais encore fallait-il qu’une commission officielle, mandatée par le parlement japonais, la rappelle avec force : non, la catastrophe de Fukushima n’est pas « due au Tsunami » ni même « au séisme ». Rappelons que le dénommé Nicolas Sarkozy, en visite à la centrale de St-Laurent pour sa réélection, a osé affirmer « Fukushima n’est pas un accident nucléaire » (écouter sur France Inter, curseur à 9min50). C’était la faute du tsunami, point barre. Il est vrai que le même individu avait prétendu être allé à Fukushima avant d’être démasqué (cf. le JDD).

Méfiance toutefois : si ce rapport rectifie en partie la vérité, il est porteur d’un vrai danger. Il laisse en effet entendre que si les personnes en place avaient été compétentes, si les procédures prévues avaient été bien pensées, etc, alors la catastrophe aurait été évitée. De quoi en conclure : « On continue dans le nucléaire, mais on vous promet que cette fois tout sera bien organisé »...
Une petite piqûre de rappel ne fera de mal à personne : vidéo d’Alex depuis le Japon

A la semaine prochaine...

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