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Publié le 11 mars 2013

Nucléaire - Interview sur France-info : le naufrage de Delphine Batho

Delphine Batho
Interviewée sur France-info [1] à l’occasion des deux ans de la catastrophe de Fukushima, la ministre de l’écologie Delphine Batho a étalé une ignorance absolument sidérante, accompagnée de mensonges grossiers.

En particulier, la ministre a affirmé : "Il y a aujourd’hui en Allemagne, du fait de la décision de sortir du nucléaire, une augmentation des émissions de gaz à effet de serre". Il s’agit là d’un mensonge éhonté destiné à décrédibiliser la démarche de l’Allemagne qui, malgré la fermeture de 8 réacteurs nucléaires en réaction à la catastrophe de Fukushima, continue imperturbablement à réduire ses émissions de co2 [2].

Pire, Mme Batho a alors ajouté : "Moi je pense que c’est pas le sens de l’histoire de dire que, dans les prochaines années, la première énergie consommée dans le monde, ce sera le charbon, ce sera les énergies carbonées" (sic).

Outre sa syntaxe désaxée, cette déclaration dénote une ignorance sidérante concernant la question de l’énergie dont elle est pourtant en charge. En effet, comme on peut le constater par exemple dans la publication annuelle de l’Agence internationale de l’énergie [3], le pétrole, le charbon et le gaz représentent respectivement 32,4%, 27,3% et 21,4% de l’énergie mondiale.

Les énergies carbonées couvrent donc 81% de l’énergie mondiale, mais Mme Batho ne veut pas qu’elles deviennent "la première énergie consommée dans le monde". C’est risible. Au lieu d’étaler ses petites opinions sur l’énergie ("Moi je pense que..."), cette personne, qui est tout de même ministre, ferait bien de s’informer sur les données élémentaires du secteur dont elle censée s’occuper.

Si Mme Batho avait pris connaissance de ces informations, elle serait tombée des nues en découvrant que, contrairement à ce qu’elle "pense", la part des énergies renouvelables est de 13% alors que le nucléaire plafonne à 5,7%. Et encore, si l’on considère l’énergie dite finale (et non l’énergie primaire), le nucléaire représente à peine 2% de l’énergie mondiale [4].

Et même lorsqu’on ne considère que l’électricité, on constate que la production mondiale des énergies renouvelables est de 20%, soit le double de celle des 400 réacteurs nucléaire en service sur Terre (moins de 10%) [5].

Le reste de l’interview est un festival de langue de bois, des expressions toutes faites qui ont été fournies à Mme Batho, qui les répète avec application, par les représentants de l’industrie de l’atome, comme "l’élévation des standards de sûreté internationaux" ou "envisager l’inenvisageable".

Or, à chaque catastrophe, l’industrie nucléaire (dans son ensemble, c’est-à-dire y compris les prétendues "autorités de sûreté") promet d’en "tirer tous les enseignements" afin d’élever "les standards de sûreté internationaux" et d’ "améliorer encore la sûreté des réacteurs". Comme la nouvelle lessive qui lave plus blanc que la précédente, qui lavait pourtant déjà blanc. C’est risible..

Quant à "envisager l’inenvisageable", chacun voit bien le ridicule de cette prétention : prévoir l’imprévisible est par nature impossible pour les êtres humains, même pour les plus intelligents, et donc a fortiori pour les promoteurs de l’atome.

Pour finir, nous écartons tout sexisme à l’encontre de Delphine Batho : son prédécesseur, Eric Besson, s’était tout autant ridiculisé. Par exemple, en visite à Fukushima en février 2012, il s’était déclaré "rassuré par l’état de la centrale". Si Mme Batho est nulle, ce n’est pas parce que c’est une femme, c’est juste parce qu’elle est nulle. Elle a par contre bien compris une chose : tant qu’elle fera la promotion du nucléaire, même avec des arguments faux ou ridicules, elle pourra rester ministre...

Lundi 11 mars 2013 (Fukushima + 2 ans)
Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org


[3Key world stat energy, édition 2012, avec les chiffres définitifs de 2010. En page 6, on voit les parts des différentes énergies dans le monde.

[4Comptabiliser l’énergie dite "primaire" revient à compter, dans la part du nucléaire, la chaleur perdue car rejetée dans l’environnement par les centrales, c’est-à-dire. les deux tiers de l’énergie nucléaire. En considérant l’énergie dite "finale", c’est à dire celle qui arrive réellement aux utilisateurs, la vraie part du nucléaire apparaît alors : 2% de l’énergie mondiale. Une part infime. et en déclin

[5En page 24, on constate que le nucléaire, avant Fukushima, représentait encore 12,9% de l’électricité mondiale. Depuis, la production nucléaire a brutalement chuté avec l’arrêt de plus de 60 réacteurs (52 au Japon, 8 en Allemagne, 2 en Belgique, etc). Les énergies renouvelables, qui étaient déjà à 19,7%, ont depuis dépassé 20%.

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