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Publié le 30 septembre 2014

Oui, la fermeture des réacteurs nucléaires va coûter des sommes astronomiques !!!

La construction d’un parc nucléaire gigantesque dans les années 70 impliquait mécaniquement une situation inextricable 40 ans plus tard. Nous y sommes.

Nucléaire cher
Le "député nucléaire" Hervé Mariton - il a bâti sa carrière politique au pied de la centrale nucléaire du Tricastin (Drôme) - et son collègue Marc Goua viennent de publier un rapport agitant le coût astronomique de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), estimé à 5 milliards d’euros, hors coût du démantèlement.

Bien que ce chiffre soit ridiculement surévalué - le seul but de ce rapport est d’essayer de sauver cette centrale et, de façon générale, de soutenir l’industrie nucléaire - il est parfaitement exact que l’inéluctable fermeture des centrales nucléaires va mettre la France dans une situation financière et sociale dramatique.

58 réacteurs vieillissants fonctionnent actuellement en France, auxquels il faut ajouter une douzaine de réacteurs de première génération (arrêtés mais non démantelés), et de nombreuses autres installations obsolètes situées par exemple dans les sites nucléaires géants comme Cadarache (Bouches-du-Rhône), Marcoule (Gard) ou La Hague (Manche).

Aux conséquences financières et sociales de l’inéluctable fermeture de toutes ces installations va s’ajouter la facture non moins astronomique des opérations de démantèlement, et celle incalculable de l’impossible gestion des déchets radioactifs ainsi générés.

De même, les conséquences sociales vont être terribles : bien que créant finalement peu d’emplois (10 fois moins que les énergies renouvelables, à investissement égal), l’industrie nucléaire a pour caractéristique de concentrer de façon extrême son activité et de mettre de fait en état de totale dépendance les zones d’implantation des centrales.

C’est d’ailleurs bien pour cela que la population de Fessenheim, du Blayais, ou de La Hague (exemples parmi d’autres) s’accroche désespérément à l’installation nucléaire qui cause son malheur (en les irradiant à petit feu, en recrutant les jeunes pour faire la maintenance dans les zones les plus radioactives, etc.) mais lui permet momentanément de survivre…

Certes, EDF et l’État français - pronucléaires quels que soient les gouvernements - vont tenter par tous les moyens de prolonger autant que faire se peut la durée de vie des réacteurs français. Mais, outre l’aggravation irresponsable du risque de catastrophe nucléaire en France, cela va se traduire par des dépenses inouïes de plusieurs centaines de milliards… qui ne feront que reporter à un peu plus tard les échéances évoquées ci-dessus.

Par ailleurs, un parc nucléaire a aussi pour caractéristique de produire dans un premier temps une électricité qui peut être vendue à un tarif relativement modéré (il est cependant tout à fait faux de prétendre que la France a l’électricité la moins chère d’Europe : une bonne dizaine de pays font mieux depuis longtemps). Une fois ce "pain blanc" consommé, l’heure des vraies factures arrive  : les nombreuses augmentations du prix de l’électricité qui ont déjà frappé les français ne sont que le début d’un processus qui va faire de l’électricité nucléaire un produit de luxe.

Mais ce qu’il faut bien comprendre dans cette affaire, c’est que ces factures incommensurables et la situation inextricable qui commence à frapper la France ne sont en aucun cas de la faute des gens qui demandent (à juste titre) l’arrêt des réacteurs et de l’industrie nucléaire en général.

En effet, le ver était dans le fruit dès le départ : la construction en quelques années d’un parc nucléaire gigantesque était l’assurance de se retrouver de voir ce parc devenir obsolète une quarantaine d’années plus tard. Nous y sommes.

Les coupables ne sont donc pas les antinucléaires mais :

  • ceux qui ont imposé la construction de ce parc nucléaire géant sans consulter la population ni même les parlementaires. On notera en particulier le premier ministre Pierre Messmer qui a profité avec "élégance" de la fin de vie du Président Pompidou, le Président Giscard d’Estaing ont la femme était membre de la famille Schneider qui a obtenu la part du lion de ce marché gigantesque, ou le PDG d’EDF Marcel Boiteux qui assurait qu’il fallait immédiatement lancer les chantiers avant que l’opinion publique ne soit informée.
  • ceux qui depuis 40 ans ont soutenu aveuglément l’industrie nucléaire, comme le Président Mitterrand qui a renié ses engagements à peine élu, annulant la seule centrale de Plogoff pour mieux imposer toutes les autres : c’est sous ses mandats que la majorité des centrales ont été construites.
  • ceux qui aujourd’hui encore se font les serviteurs zélés de l’industrie de l’atome, les "élus nucléaires" que l’on trouve aussi bien au PS qu’au Centre, au PC, à l’UMP, et au FN. Sans oublier ex-ministres et parlementaires écologistes qui doivent leurs sièges au PS et se font très discrets lorsqu’il s’agit de nucléaire, et s’accommodent pour certains de la prolongation de la durée de vie des centrales.

Oui, à cause de son industrie nucléaire, la France va maintenant être confrontée à une situation financière dramatique et à une situation sociale explosive, en espérant que le tout ne soit pas "couronné" par un ou plusieurs Fukushimas français. Mais il faudra pour cela beaucoup de chance…

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