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Publié le 16 décembre 2014

Lettre à Emmanuel Macron

Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

Mardi 16 décembre 2014

Monsieur Emmanuel Macron
Ministre de l’Économie

Objet : Annulez immédiatement l’achat par l’État de 27,4 millions d’actions Areva au dessus de leur valeur (destruction injustifiée de 334 millions d’euros d’argent public)

Monsieur le Ministre,

Nous vous prions par le présent courrier d’annuler de toute urgence l’opération injustifiable par laquelle vous voulez faire disparaitre 334 millions d’euros des caisses de l’État, au profit de l’industrie nucléaire.

En effet, par le biais d’un arrêté daté du 11 décembre 2014 et publié le lendemain au Journal officiel (*), vous avez autorisé le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) "à céder à l’Etat" - il serait plus exact de dire "à se débarrasser aux frais de l’Etat" - pas moins de 27 412 875 actions de la société Areva.

Qui plus est, l’arrêté fixe un prix de cession égal à 334 300 010,63 euros, c’est à dire pratiquement 12,2 euros par action. Or :

  • le jour où vous avez signé l’arrêté, l’action Areva ne valait que 9,04 euros et non 12,2 euros
  • le lendemain (jour de publication au JO), l’action Areva ne valait que 8,89 euros
  • aujourd’hui 16 décembre (14h45), l’action Areva ne vaut que 8,64 euros
  • l’action Areva va inéluctablement continuer à se rapprocher de sa valeur réelle, le zéro absolu : vous avez probablement entendu parler du désastre en cours du chantier EPR de Finlande (qui devait être achevé en 2009 !), et de l’affaire de corruption Uramin, deux des pires dossiers plombant Areva (**).

Alors que l’Etat est lui-même en situation financière plus que délicate, et que votre gouvernement ne cesse de prendre des mesures anti-sociales sous prétexte de "rétablir les comptes publics", on se demande bien pourquoi vous avez jugé utile d’offrir ainsi 334 millions d’euros au CEA, qui plus est en faisant acheter par l’Etat ces actions à un cours supérieur à leur valeur officielle et nettement supérieur à leur valeur réelle.

Certes, le CEA est lui-même un établissement public appartenant à l’Etat, mais ces 334 millions vont immédiatement être engloutis par cet organisme (qui reçoit d’ailleurs déjà 1,06 milliard d’euros annuel pour ses activités dans le nucléaire dit "civil") et vont donc être définitivement perdus pour les finances publiques.

Il semblerait que vous ayez organisé cette curieuse opération sur ordre du CEA qui aurait "besoin de liquidités" pour financer le démantèlement de certaines de ses installations.

Sachez donc que, pour ce faire, le CEA n’a qu’à annuler certaines de ses activités et certains de ses projets de nouvelles installations, ce qui permettra à la fois de financer le démantèlement des vieilles installations, et de ne pas avoir à financer (sur fonds publics bien sûr) le démantèlement de nouvelles installations... car elles ne manqueraient pas de devenir à leur tour, tôt ou tard, de vieilles installations.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à notre attachement à la protection de l’environnement, à la démocratie, et à l’utilisation de l’argent de l’État dans l’intérêt général et non au profit du lobby de l’atome.

Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

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