Observatoire du nucléaire

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Publié le 6 septembre 2012

Revue de presse n°14

Semaine du vendredi 31 août au jeudi 6 septembre 2012

Vendredi 31 août

Décryptage - Echec du réacteur EPR aux USA : comment l’AFP sauve la mise d’EDF

  • Communiqué de l’Observatoire du nucléaire : « Scoop : le réacteur EPR rejeté par l’Autorité de sûreté des USA ! »
  • Dépêche AFP : « Projets d’EPR aux USA : la décision de la NRC n’émeut pas EDF »
  • Article de Paris-Normandie : « Nucléaire : l’EPR rejeté par l’Autorité de sûreté aux USA »

Le 30 août, l’autorité de sûreté des USA (la NRC) recale le projet de réacteur EPR présenté par EDF à Calvert Cliffs (Maryland). C’est un revers majeur pour EDF car il condamne probablement tout autre projet d’EPR aux USA.

L’Observatoire du nucléaire, qui est en relation avec les organisations citoyennes des USA qui ont contesté l’EPR, obtient l’information avant les médias français. Il diffuse un communiqué qui révèle le « scoop ».

Ne cherchez pas de dépêche AFP titrée par exemple « Le réacteur EPR rejeté par l’autorité de sûreté des USA » ou « Echec de l’EPR aux USA » : cette dépêche n’a jamais été diffusée. On trouvera plus tard ce genre de titre chez Paris-Normandie, mais l’impact d’une dépêche AFP, reprise dans tous les médias, est sans commune mesure. D’où la gravité de la tricherie.

L’AFP est en fait passée directement à ce qui aurait dû être la seconde dépêche sur le sujet : la réaction d’EDF (qui, c’est dans l’ordre des choses, tente de minimiser la décision de la NRC).

Donc, finalement, l’AFP révèle l’information en France à travers le prisme d’EDF : « Projets d’EPR aux USA : la décision de la NRC n’émeut pas EDF ». On note la formule « La décision de la NRC », comme si cette décision était déjà connue, c’est à dire comme si la première dépêche avait été diffusée.

Probablement pour tenter de s’arranger avec leur morale personnelle et leur éthique professionnelle, les rédacteurs de la dépêche citent néanmoins l’Observatoire du nucléaire, mais en laissant croire que ce dernier s’est contenté de réagir à l’information...

On voit donc comment l’opinion peut donc être trompée, sans forcément diffuser de fausses informations, mais en filtrant la vérité et en la « tordant » habilement. Pour mémoire, l’Etat français est le premier contributeur de l’AFP et est aussi actionnaire ultra-majoritaire (et pronucléaire) d’EDF.

Ces petites manœuvres ne changent bien heureusement rien à l’échec de l’EPR aux USA, mais l’enjeu est en France : EDF rencontre toujours de terribles déconvenues sur son chantier EPR de Flamanville (Manche), et la diffusion dans l’opinion de l’échec de l’EPR aux USA donnerait raison à ceux qui demandent l’abandon du chantier de Flamanville...

Amitié entre pollueurs : la chimie japonaise soutient le nucléaire

Alors que la population japonaise est très majoritairement opposée à la remise en marche des 48 réacteurs nucléaires actuellement arrêtés (2 ont été remis en service, les réacteurs 1 à 4 de Fukushima sont définitivement déclassés), l’industrie de la chimie se prononce dans l’autre sens. Rien de surprenant, les pollueurs sont solidaires. Rappelons d’ailleurs que les centrales nucléaires sont aussi responsables de rejets chimiques massifs dans la mer ou les rivières. En France, le Rhône et la Loire ont chacun 4 centrales dont les rejets se cumulent...

Samedi 1er septembre

Nucléaire belge : après les fissures, le béton qui s’effrite...

Après les fissures dans les cuves (affaire en cours, nous y reviendrons), voici le béton qui s’effrite. Dans les deux cas, ces graves défauts étaient connus depuis longtemps mais ont été cachés ou minimisés. On ne sait plus trop s’il faut rire ou pleurer avec le nucléaire belge... d’autant qu’il est en réalité français : l’opérateur Electrabel appartient à GDF-Suez dont l’actionnaire principal est l’Etat français...

Pourquoi des gendarmes dans les centrales nucléaires ?

Intéressante enquête qui pose de façon faussement naïve la question de la présence de gendarmes dans les centrales nucléaires. Il apparaît que cette présence se « justifie » principalement pour « rassurer » l’opinion et pour capturer les militants antinucléaires qui pénètrent de temps en temps dans les périmètres des centrales. On n’osera demander à quoi auraient pu servir des gendarmes dans la centrale de Fukushima le 11 mars 2011...

Conflits d’intérêts : Christian Pierret pris la main dans le sac (nucléaire)...

Christian Pierret a été ministre de l’industrie de Lionel Jospin entre 1997 et 2002. C’est à ce titre - il n’y a pourtant pas de quoi s’émerveiller - qu’il est invité à produire une tribune grossièrement pronucléaire sur le site Huffington post. Inutile de s’attarder ici sur les arguments avancés, de toute évidence extraits des brochures d’EDF ou d’Areva.

Ce qui est notable dans cette affaire, c’est que Christian Pierret est actuellement avocat international au sein du cabinet August & Debouzy, spécialement chargé des questions touchant au nucléaire (cf http://bit.ly/Tvxy5K ). Et, plus exactement, « dans les contentieux découlant de la construction d’installations ou d’équipements nucléaires (non-conformité, défaut de performance, vices cachés, retards de livraison, etc.) »

Or, dans le nucléaire, il y a toujours des non-conformités, défauts de performance, vices cachés, retards de livraison ! On note aussi que « August & Debouzy assiste également ses clients dans la négociation et l’exécution des contrats portant sur la construction d’ensembles nucléaires complexes ».

En clair, l’affairiste Christian Pierret a tout intérêt à promouvoir l’atome, ce qu’il fait de façon grossière dans le Huffington post... lequel n’a pas eu la présence d’esprit de signaler l’actuelle activité de ce lobbyiste radioactif.

Dimanche 2 septembre

Précarité dans les centrales nucléaires : quelques rappels utiles...

  • Article du Blog de Nabum

Quelques rappels bien utiles sur la façon dont le nucléaire français maltraite les sous-traitants pour réduire les coûts et prétendre que travailler dans le nucléaire n’est pas nocif...

Lundi 3 septembre

Les écoles polytechniques suisses pour la sortie du nucléaire ?

Les polytechniciens suisses seraient-ils moins obtus que les français ? C’est en tout cas ce que l’on peut supposer en découvrant que les écoles polytechniques suisses veulent créer un centre de compétences commun « pour gérer la sortie du nucléaire », c’est à dire faire de la recherche pour s’occuper du démantèlement et des déchets. Nous resterons néanmoins très prudents face à cette annonce qui peut masquer de nouveaux financements pour venir au secours d’une industrie nucléaire moribonde. Chat échaudé...

Scandale de contrefaçon nucléaire impliquant Areva en Corée du Sud

Il paraît que la Corée du Sud est le nouveau « géant du nucléaire », en particulier depuis la victoire coréenne contre Areva dans les Emirats. Un « géant » dont les pieds sont autant d’argile que ceux d’Areva, si l’on en croit Le Monde : « Corruption, problèmes techniques, manque de transparence : la filière nucléaire sud-coréenne vit une année 2012 difficile ».

Areva, justement, rester curieusement d’une grande discrétion dans une affaire de contrefaçon de certains de ses pièces. Dans le nucléaire, on se serre les coudes même entre escrocs... (rappel des « curiosités » d’Areva concernant l’affaire Uramin)

Le lobby nucléaire de Corée du Sud vaut bien celui de France

  • Article du Monde : « Enrichir l’uranium, une nouvelle étape pour Séoul »

Malgré la situation stupéfiante de l’industrie nucléaire sud-coréenne, décrite ci-dessus, le lobby nucléaire veut aller de l’avant dans ce pays. On notera au passage un aveu qui n’est pas un scoop mais qu’il est croustillant de voir étalé sans précautions : ce sont les USA qui autorisent ou non l’utilisation de telle ou telle technologie nucléaire alors que, officiellement, c’est l’Agence internationale de l’énergie atomique qui doit trancher. A ce sujet, quelques rappels édifiants) .

Mardi 4 septembre

Russie - La mer de Kara : une boîte nucléaire de Pandore ?

Moins célèbre que celle de la mer de Barents (voir article du Parisien), la contamination radioactive de la mer de Kara par les Soviétiques puis les Russes est tout aussi saisissante.

Mercredi 5 septembre

Réduire la part du nucléaire : difficile... selon le lobby de l’atome !

  • Article du JDE : « Electricité : RTE établit (presque) son devis »

Article de 20 minutes : « Réduction du nucléaire à 50% : La promesse Hollande tient-elle la route ? »

Le Réseau de transport de l’électricité (RTE), filiale d’EDF, a étudié les possibilités de réduire la part du nucléaire à 50% de l’électricité produite en France (contre 75% actuellement). Pour mémoire, il s’agit d’une promesse du candidat Hollande, désormais Président. Désireux de ne pas froisser le nouveau pouvoir (qui, ne l’oublions pas, nomme les PDG des entreprises détenues ou dirigées par l’Etat), le RTE arrive à la conclusion que c’est possible... mais néanmoins difficile.

Bien sûr, le RTE n’évoque même pas l’hypothèse de se passer totalement de l’électricité nucléaire : c’est forcément « impossible » puisque ce serait déjà très dur de descendre à 50% ! Il apparaît donc que le RTE n’a pas entendu parler du Japon, pays qui a fermé 54 réacteurs en un an (même si deux d’entre eux ont hélas été remis en service depuis).

On nous dit qu’il est plus facile pour le Japon de fermer 54 réacteurs qui produisaient « seulement » 35% de l’électricité du pays que pour la France de fermer 58 réacteurs produisant 75% de l’électricité. Ce à quoi nous répondons que, puisqu’il est possible pour 130 millions de Japonais de vivre sans nucléaire, c’est de fait deux fois plus facile pour 65 millions de Français. CQFD, mais pas RTE.

Jeudi 6 septembre

L’AFP et Libération déroulent le tapis radioactif pour le PDG d’EDF

  • Dépêche AFP : et sur Libération : « Proglio : le nucléaire est "une grande énergie de demain" »

Après l’incident chimique qui a eu lieu à Fessenheim, qui n’est finalement pas très grave mais qui a utilement rappelé que l’industrie nucléaire pouvait à chaque instant déraper, l’AFP et Libération ont jugé nécessaire de dérouler le tapis radioactif pour le PDG d’EDF, histoire de redorer immédiatement l’image de l’atome.

Pourtant, le PDG d’EDF se déplaçait à Brest pour promouvoir... les énergies marines renouvelables. Mais celles-ci n’auront droit à une dépêche qu’à 17h58, bien après l’ « urgence » : promouvoir l’atome. Quant au quotidien Libération, toujours sous la surveillance stricte de Anne Lauvergeon, il relaie consciencieusement la propagande de M. Proglio. Mais toujours rien sur l’affaire Uramin...

Nucléaire en Grande-Bretagne : EDF à genoux devant les Chinois

  • Dépêche AFP : « EDF poursuit sa quête de partenaires pour le nucléaire en Grande-Bretagne »

Nous avons déjà évoqué (cf précédentes revues de presse) la situation d’EDF qui s’est ruinée en 2008 pour acheter British energy : le but était de commander ensuite des réacteurs français EPR que les Britanniques - lucides - ne voulaient pas acheter eux-mêmes. Après coup, EDF s’est subitement aperçue que construire des réacteurs nucléaires étaient hors de prix, et encore plus s’il s’agit d’EPR.

Du coup, EDF cherche désespérément des associés qui voudraient bien venir redresser la situation (c’est à dire apporter des milliards). Des discussions sont ainsi engagées avec les Chinois, mais ces derniers sont sans pitié : s’ils débarquent, c’est pour prendre les choses en main et... pour fabriquer des réacteurs chinois, pas des EPR !

Du coup, EDF ne sait plus quoi faire et, de plus, les britanniques s’inquiètent de voir EDF, le parfait « pigeon » (dont les pertes seraient automatiquement couvertes par... l’État français !), laisser la place aux terribles Chinois. L’avenir du nucléaire britannique semble de plus en plus compromis. Tant mieux.

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