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Publié le 11 décembre 2012

Nucléaire/corruption : Areva offre un avion au Président du Niger...

L’Observatoire du nucléaire interpelle Pascal Canfin, ministre (EELV) du Développement

La Loi de finance 2013 du Niger, actuellement étudiée par l’Assemblée nationale de ce pays, qui est supposé être indépendant après avoir été colonisé par la France jusqu’en août 1960, vient d’être subitement modifiée par le ministre des finances.

Cette intervention, probablement illégale, a consisté à rajouter au budget national la somme de 17 milliards de FCFA (environ 26 millions d’euros) "offerte" au Niger par la société nucléaire française Areva, dont 10 milliards de FCFA (plus de 15 millions d’euros) directement affectés à l’acquisition d’un avion pour le Président du Niger, M. Issoufou.

Il s’agit donc clairement d’une manoeuvre de corruption, probablement sur le plan légal et assurément sur le plan moral, par Areva qui entend ainsi perpétuer sa mainmise sur les réserves d’uranium du Niger, pour continuer à alimenter les centrales nucléaires françaises.

Par l’intermédiaire d’Areva (anciennement la Cogéma), la France pille l’uranium du Niger depuis des décennies, s’octroyant ce minerai à un prix ridiculement bas tout en causant de graves dommages à l’environnement et en nuisant aux populations locales.

Il n’est donc pas anormal que le Niger reçoive de l’argent de la part de la France, mais cela ne peut relever que d’une augmentation du prix de l’uranium ou bien de légitimes taxes que le Niger appliquerait à Areva, par exemple pour réparer autant que faire se peut les dommages causés par la multinationale de l’atome.

Mais en aucun cas il n’est acceptable de voir Areva attribuer de son propre chef une somme au Niger, comme un "généreux donateur" venant au secours d’un déshérité. Et ce d’autant plus que la majeure partie de cette somme est d’ores et déjà affectée à l’achat d’un équipement de luxe et de prestige pour le Président du Niger. L’opposition démocratique du Niger, regroupée dans l’Alliance pour la réconciliation nationale (ARN), dénonce cette manœuvre [1] .

Il se trouve comme par hasard que M. Issoufou est un ancien directeur d’une société d’exploitation de l’uranium, la Somaïr, qui est… une filiale d’Areva ! Son prédécesseur, Mamadou Tandja, a été renversé en 2010. Ayant fait modifier la constitution du Niger afin de rester au pouvoir, il n’avait lui-même rien d’un grand démocrate. Mais il avait aussi commencé à résister à l’ancien colonisateur français, jouant de l’intérêt des chinois pour l’uranium afin de faire augmenter le prix payé par Areva.

Il n’est donc pas surprenant que M Tandja ait été renversé… et remplacé par un employé d’Areva. Ce véritable putsch de la France sur le Niger a été supervisé par le Président français M Sarkozy, mais c’est aujourd’hui M. Hollande et son gouvernement qui sont au pouvoir… et qui laissent Areva corrompre le président du Niger.

Rappelons d’ailleurs qu’un des premiers actes du Président Hollande a été de recevoir M. Issoufou à l’Elysée, le 11 juin 2012, pour s’assurer de la mise en exploitation par Areva, qui plus est avant même la date prévue de 2014, de la mine géante d’uranium Imouraren [2].

L’Observatoire du nucléaire interpelle ce jour Pascal Canfin, ministre "du Développement", nouveau nom de la "Coopération" qui a abrité pendant des décennies les pratiques dites de la Françafrique. Il s’agissait pour l’ancienne puissance coloniale de perpétuer sa mainmise sur une partie de l’Afrique, tant pour des raisons géopolitiques que pour continuer à s’accaparer d’immenses ressources naturelles.

Comme ses prédécesseurs, M Hollande a assuré que le temps de la Françafrique était révolu mais, de toute évidence, ses promesses ont la même valeur - nulle - que celles de MM Sarkozy, Chirac et Mitterrand.

Notons au passage que, exactement comme son prédécesseur en octobre 2010, M. Hollande a reçu le 21 novembre dernier le dictateur kazakh Nazarbaev [3] qui dispose, entre autres ressources naturelles, de gisements géants d’uranium : le pouvoir politique français sait diversifier les sources d’approvisionnement et les relations avec les Chefs d’État les plus attentifs à la "démocratie"…


Mardi 11 décembre 2012

Observatoire du nucléaire
à M. Pascal Canfin, Ministre du Développement
Monsieur le Ministre du Développement,

La société Areva, entre autres activités, exploite l’uranium du Niger depuis des décennies, afin d’alimenter les centrales nucléaires françaises [4].

Par lettre du 29 novembre 2012, le Ministre des Finances du Niger a fait modifier le projet de loi de finances 2013, actuellement en examen à l’Assemblée nationale de ce pays, afin d’y faire figurer une "aide budgétaire" de 17 milliards de FCFA (environ 26 millions d’euros) attribuée… par la société française Areva.

Nous attirons votre attention sur le caractère insupportable de cette "aide" de la part d’Areva qui relève d’une indécente et méprisante forme de charité, mais aussi d’une évidente manœuvre de corruption en direction du Président du Niger, M. Issoufou.

En effet, la majeure partie de la somme "offerte" (10 milliards de FCFA, soit plus de 15 millions d’euros) est directement affectée à l’acquisition d’un avion pour le Président du Niger. Bien que cette manœuvre semble clairement illégale, elle sera peut-être "habillée" démocratiquement. Le cas échéant, cela ne cachera pas le fait qu’il s’agit bel et bien de corruption, probablement juridiquement, assurément moralement.

Vous savez que, par l’intermédiaire d’Areva (anciennement la Cogéma), la France pille l’uranium du Niger depuis des décennies, s’octroyant ce minerai à un prix ridiculement bas tout en causant de graves dommages à l’environnement et en nuisant aux populations locales.

Il n’est donc pas anormal que le Niger reçoive de l’argent de la part de la France, mais cela ne peut relever que d’une augmentation du prix de l’uranium ou bien de légitimes taxes que le Niger appliquerait aux activités Areva.

Mais en aucun cas il n’est acceptable de voir Areva attribuer de son propre chef une somme au Niger, comme un "généreux donateur" venant au secours d’un déshérité, qui plus est en corrompant le Président du Niger.

Il se trouve comme par hasard que ce dernier est un ancien directeur d’une société d’exploitation de l’uranium, la Somaïr, qui est… une filiale d’Areva ! Rappelons aussi qu’un des premiers actes du Président Hollande a été de recevoir M. Issoufou à l’Elysée, le 11 juin 2012, pour s’assurer de la mise en exploitation par Areva, qui plus est avant même la date prévue de 2014, de la mine géante d’uranium Imouraren.

Puisque nous parlons d’uranium, notons aussi que M. Hollande a reçu le 21 novembre dernier le dictateur kazakh Nazarbaev qui dispose, entre autres ressources naturelles, de gisements géants d’uranium.

Nous vous prions donc de bien vouloir nous faire connaître :

  • votre avis sur cette "aide" accordée par Areva au Niger, et de sa curieuse affectation.
  • votre avis sur le projet d’ouverture de la mine d’uranium d’Imouraren
  • Votre avis sur les relations "fructueuses" nouées avec le dictateur kazakh Nazarbaev.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à notre attachement à la préservation de l’environnement et à la Démocratie.

Pour l’Observatoire du nucléaire

Stéphane Lhomme, Directeur.


[4Bien qu’il s’agisse d’une question importante, l’objet du présent courrier n’est pas de rappeler que le fait d’importer 100% de l’uranium qui alimente les centrales françaises fait que l’énergie nucléaire ne relève aucunement de l’ "indépendance énergétique", contrairement à ce que prétend le discours officiel de l’État.

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