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Publié le 3 janvier 2013

Revue de presse n°31

Semaine du vendredi 28 décembre 2012 au jeudi 3 janvier 2013

Vendredi 28 décembre

Inde : la population massivement mobilisée contre le nucléaire

Tout en félicitant Arte pour ce reportage remarquable, qui permet de découvrir une mobilisation antinucléaire massive... et massivement ignorée par les « grands médias », on regrettera la conclusion, si pessimiste, et le titre : ce ne sont pas « les antinucléaires » qui sont mobilisés, mais la population, les gens, les citoyens.

Rappelons aussi que, s’il s’agit en l’occurrence de la centrale de Koodankulam, construite par les Russes, la France atomique ne saurait être absente lorsqu’il s’agit de mentir, imposer, détruire, contaminer, à grands renforts de forces « anti-émeutes ». Il y a ainsi déjà eu un mort et des milliers de personnes arrêtées parmi les innombrables citoyens qui veulent courageusement empêcher Areva de construire des réacteurs à Japaitur (une zone ultra-sismique, autrement ce n’est pas marrant).

Bien sûr, le modèle choisi est l’EPR, le réacteur le plus cher et le plus dangereux du monde (c’est dire). Mais, comme EDF et Areva sont incapables de construire leurs propres EPR (tant ce réacteur est complexe et archaïque, avant même d’entrer en service, cf http://reacteur.epr.free.fr ), il est peu probable d’en voir en Inde. Ou ailleurs. Tant mieux.

Samedi 29 décembre

Fermeture définitive de Gentilly : les problèmes commencent !

Voilà, c’est fait : vendredi 28 décembre, l’unique réacteur nucléaire du Québec, nommé Gentilly-2, a définitivement cessé de fonctionner. Il faut se dépêcher de boire un verre de champagne parce que, nous le savons, les pronucléaires ont piégé la centrale.

Non, pas de mines anti-personnel ou de pièges à loups laissés sur place, mais bien pire : la centrale elle-même, et ses déchets. L’article fait un intéressant tour du monde pour voir ce que les pays nucléarisés font de leurs vieilles centrales. La réponse est claire : rien. Ici où là, des projets d’enfouissement sont étudiés. Parfois, il est envisagé un entreposage « à long terme », ce qui signifie « le temps que tous ceux qui sont coupables de cette situation soient morts et enterrés, et qu’on ne puisse plus leur botter les fesses »

On apprend aussi qu’une vingtaine de communautés de l’Ontario sont d’accord pour se faire acheter par l’argent radioactif (et massif) qui est prévu pour « accompagner » l’enfouissement des déchets radioactifs, mais que par contre, au Japon, les 3000 communes sollicitées pour ce même genre de « solution » ont toutes refusé ! Affaire à suivre... pendant quelques millions d’années.

Dimanche 30 décembre

Bulgarie : embrouilles autour du référendum du 27 janvier sur le nucléaire

L’opposition socialiste a réuni le nombre de signatures nécessaires pour obtenir un référendum sur le nucléaire, et plus exactement sur le projet de la centrale de Belene, fortement contesté du fait des gigantesques coûts prévus et du caractère très sismique de cette région. Mais voilà : comme nous l’avons maintes fois expliqué ici, les pronucléaires excellent dans le mensonge, la tricherie, les manipulations. C’est ainsi que le pouvoir en place a rédigé pour le référendum une question... ne parlant pas de Belene !

Du coup, même le Parti socialiste bulgare (qui est contre le projet Belene... mais pour le nucléaire en général) appelle à voter « oui » ! Alors qu’il est actuellement dans une impasse, le lobby nucléaire bulgare pourrait être réanimé par un référendum demandé principalement... par des antinucléaires ! Verdict à la fin du mois...

Lundi 31 décembre

Corée du Sud : un réacteur nucléaire défaillant remis en service « pour éviter la pénurie »

Incroyable : « L’autorité de sûreté nucléaire de Corée du Sud a donné son feu vert lundi au redémarrage d’un des trois réacteurs arrêtés en novembre pour pièces non conformes ». Le réacteur est-il devenu subitement « conforme » ? Les milliers de pièces suspectes ont-elles été changées d’un coup de baguette magique ? Pas du tout. Le réacteur a été relancé tel quel... parce qu’il fait froid. La dépêche précise en effet que cette décision permet de « réduire ainsi les risques d’une pénurie d’électricité en plein hiver » mais elle oublie de signaler que cela « augmente significativement les risques d’une catastrophe nucléaire ».

Le Premier ministre japonais veut de nouveaux réacteurs nucléaires

C’est momentanément la fête chez les amis de l’atome (y compris français) qui se réjouissent du retour au pouvoir, au Japon, du terrible Shinzo Abe, réactionnaire et ultra-nationaliste. Mais aussi pronucléaire (ça va bien ensemble). Non content de vouloir la remise en service des réacteurs arrêtés suite à la catastrophe de Fukushima (48 sur 54, ou plutôt sur 50 puisque les réacteurs 1 à 4 de Fukushima sont définitivement déclassés), Abe veut carrément faire construire de nouveaux réacteurs au Japon !

Pas de quoi s’inquiéter toutefois, ce matamore est habitué des déclarations à l’emporte-pièce : par exemple, il prétend aussi mater les Chinois (il souhaite d’ailleurs faire disparaître de la Constitution japonaise l’interdiction de recours à la guerre !). Le problème dans l’immédiat va surtout être la terrible pression exercée par ce fou furieux sur la nouvelle autorité de sûreté nucléaire nippone, pour la contraindre à autoriser le redémarrage des réacteurs arrêtés. A suivre...

Japon : une faille sismique active sous la seule centrale nucléaire encore en service ?

L’année finit mal pour les pronucléaires et leur nouveau héros Shinzo Abe : le projet de remise en service des réacteurs arrêtés pourrait bien commencer par... l’arrêt des deux seuls réacteurs en activité (!), situés à Ohi (parfois orthographié « Oi »). Redémarrés par l’autorisation complice de la précédente autorité de sûreté, juste avant qu’elle ne disparaisse (toujours les bonnes vieilles méthodes du lobby atomique), ces réacteurs se trouvent sur une faille sismique très probablement active ! Bientôt le retour à 0% de nucléaire au Japon ?

Mardi 1er janvier 2013

Japon, graves défauts : une quinzaine de réacteurs nucléaires à la casse ?

Sacré « gueule de bois » pour les supporters de l’atome (y compris français) qui se réjouissaient du retour au pouvoir, au Japon, de Shinzo Abe. En effet, pour le moment, la nouvelle autorité de sûreté nippone semble prendre sa mission au sérieux et révèle régulièrement des problèmes graves, dont on se demande d’ailleurs bien comment ils n’ont pas pu être détectés plus tôt : les mauvaises langues - dont nous sommes - estiment que la précédente « autorité de sûreté » était à la solde du lobby de l’atome...

Alors qu’on apprend que diverses centrales sont situées sur des failles sismiques actives, voici une autre révélation explosive, par le quotidien Mainichi : les systèmes anti-incendie d’une quinzaine de réacteurs au moins (en attendant la suite) sont défaillants.
Lors de la construction, avec le coupable accord de la « sûreté nucléaire », des câbles inflammables (en vinyle ou polyéthylène) ont été utilisés dans les systèmes anti-incendie qui pourraient donc être mis hors service... en cas d’incendie !

De plus, des systèmes de sécurité indépendants - afin que l’un puisse fonctionner si l’autre est défaillant - sont stupidement placés côte à côte, ce qui fait qu’une même cause pourrait les mettre simultanément hors -service ! Vingt ans plus tard, ces problèmes sont enfin soulevés. Ce sont par exemple des centaines de kilomètres de câbles, pour chaque réacteur concerné, qu’il faut changer, parfois au prix de lourds travaux, si compliqués et/ou si chers que les exploitants pourraient bien préférer l’arrêt définitif de ces réacteurs ! A suivre...

Fukushima diary continue en 2013 le combat pour la vérité

Face à la désinformation de la part de Tepco, de l’État, et de la très grande majorité des médias nippons, des citoyens japonais se sont organisés pour obtenir de vraies informations sur Fukushima et ses conséquences, et les diffuser. C’est l’aventure http://fukushima-diary.com, remarquable, opiniâtre, courageuse.

Mercredi 2 janvier

La centrale de Garoña définitivement arrêtée !

Comme prévu (cf Revue de presse n°29), la centrale nucléaire de Garoña a été arrêtée, a priori définitivement. Méfiance tout de même, les pronucléaires sont coriaces et prêts à tout. Mais cette centrale antique est encore plus déficitaire que les autres : elle ne permet pas de gagner assez pour être en règle avec le fisc espagnol ! Adios Garoña (la centrale), Viva Garoña (sans nucléaire) !

Marcoule : il survole en ULM le site nucléaire, le Plan polaire est déclenché

Un pilote d’ULM a eu la curieuse idée de survoler le site nucléaire de Marcoule (Gard). Ce serait ridicule de mourir irradié lorsqu’on défie les lois de l’apesanteur ! Le plus étonnant est que, suite à ce survol, les autorités ont déclenché le plan... Polaire ! Le pilote serait il « givré » ? A-t-il oublié de se vêtir chaudement ? L’article rappelle que « le survol des sites nucléaires est strictement défendu, d’autant plus que Marcoule est également un ancien site militaire. ». En clair, il est absolument interdit de faire un crash suicide sur une installation nucléaire française. Nous pouvons dormir tranquilles...

EDF et l’EPR : les sous-doués construisent une centrale nucléaire

Excellente tribune qui rappelle quelques-uns des déboires d’EDF sur le chantier EPR de Flamanville, mais qui explique surtout les évènements incroyables qui vont bientôt s’y dérouler, et en particulier la venue de « Big Benny », la plus grosse grue du monde, pour mettre en place le dôme du réacteur (300 tonnes !).

Le Canard enchaîné a révélé le 19 décembre dernier que le recours à ce monstre n’était pas du tout prévu à l’origine. Lorsque de graves défauts ont été découverts sur l’EPR et qu’il a fallu détruire une partie de ce qui avait été construit, d’autres parties du chantier ont continué.

Du coup, les grues prévues à l’origine sont désormais incapables de porter le dôme par dessus les bâtiments déjà construits. La venue de Big Benny va officiellement coûter 10 millions d’euros, probablement plus. Le plus marrant serait que la pose du dôme s’avère impossible même avec cette grue monstrueuse. A voir...

La Turquie annonce encore qu’elle va construire des centrales nucléaires !

  • Dépêche AFP : « La Turquie va choisir en janvier le constructeur de sa 2e centrale »
  • Rappel The New Anatolian en 2007

Lisez un peu ça : « Le gouvernement turc a indiqué qu’il envisage de construire trois centrales nucléaires, d’une capacité totale d’environ 5000 mégawatts, qui seront opérationnelles en 2012 » Cette annonce date de 2007 et, en 2013, il n’y a (heureusement) aucun réacteur nucléaire en Turquie.

Cela n’empêche pas aujourd’hui le gouvernement turc d’annoncer la construction de... trois centrales nucléaires d’une capacité totale d’environ 5 000 mégawatts, d’ici 5 ans ! Du déjà vu ! Le plus drôle est l’annonce de la construction de la seconde centrale « turque »... alors que la première n’existe pas : elle reste elle aussi à l’état de projet.

En réalité, les annonces de construction de réacteurs nucléaires ont commencé en Turquie dès 1967 ! Annonce, annulation, annonce, annulation, etc. Aux dernières nouvelles, Areva aurait proposé son nouveau modèle Atmea, vu que plus personne ne veut de l’EPR. Mais il serait étonnant que les Turcs commandent un réacteur virtuel (il n’a jamais été construit) à des gens qui ont montré une incompétence parfaitement réelle...

Finalement, on apprend que « La Turquie a signé jeudi avec les Émirats arabes unis un contrat géant d’un montant de 12 milliards de dollars qui doit lui permettre de lancer l’exploitation des gisements de charbon du sud-est turc pour alimenter des centrales électriques. ». Le charbon, ce n’est pas plus écolo que le nucléaire, certes, mais au moins ça fonctionne...

Jeudi 3 janvier

Au Niger, Lhomme Areva. Et David terrassa Goliath ?

Votre « Observateur du nucléaire » préféré est tout ému de trouver sur le web, sous la plume dansante de Patrick Samba, un article le parant de nombreuses vertus, dont le courage d’affronter la multinationale radioactive Areva. Courage qu’il faut toutefois largement relativiser vu l’état de délabrement de la multinationale en question.

En attendant que les médias traditionnels se demandent enfin si Areva a offert ou non un avion au Président du Niger, et s’il s’agit ou non de corruption, cet article est le bien venu, ainsi que les relances du ministre EELV du Développement, par le biais de Twitter : https://twitter.com/OBSERVNUCLEAIRE

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