Observatoire du nucléaire

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Publié le 21 mars 2013

Revue de presse n°42

Semaine du vendredi 15 au jeudi 21 mars 2013

Rattrapage 13 mars

J’ai testé le stage d’auto-construction d’éoliennes

Le reporter de Terra eco annonce la couleur : « Où j’ai appris que l’on peut construire son éolienne soi-même.
Et que la quête d’autonomie d’un Écossais un peu fou a créé une communauté de partage dans le monde entier. » Intéressant !

Vendredi 15 mars

La dictature biélorusse veut aussi son Tchernobyl

La centrale nucléaire de Tchernobyl est située en Ukraine mais, du fait des vents, c’est la Biélorussie (ou Bélarus) voisine qui a été la plus contaminée, et de loin. La Biélorussie est depuis 1994 sous la coupe du dictateur Loukachenko qui a décidé qu’il voulait « sa » centrale nucléaire : quitte à être contaminé, autant que ce soit par soi-même !

Sans surprise, c’est la Russie alliée qui a été choisie pour construire deux réacteurs en Biélorussie. Cette dernière n’ayant pas l’argent nécessaire, Moscou a prêté 10 milliards de dollars : incroyable, c’est le vendeur qui paye ! Dans le nucléaire, il faut s’attendre à tout, l’essentiel étant que le projet se fasse, avec son cortège de commissions, rétro-commissions, détournements d’argent public, etc.

L’an dernier, la mise en service du réacteur 1 était annoncée pour 2017. Un an plus tard, c’est pour 2018. A ce rythme, ce projet risque fort de suivre le « bel » exemple des EPR : des années de retard, des milliards de surcoût...

Samedi 16 mars

Jordanie choisira en mai la technologie pour son premier réacteur nucléaire

Encore un désastre à prévoir pour Areva qui, pour vendre un premier EPR depuis 2003, compte sur... la Jordanie. Ce pays est très malchanceux car il n’a quasiment pas de pétrole et de gaz alors que ses voisins en détiennent de gigantesques réserves. Du coup, la Jordanie importe 96% de son énergie, situation de dépendance que ses dirigeants voudraient réduire en achetant un réacteur nucléaire... qui serait construit et exploité par une puissance étrangère : curieuse « indépendance ».
Ce sont effectivement trois « gentils » pays qui sont sur les rangs : le Japon, la Russie, et la France avec Areva. Mais, comme nous l’avons vu dès la revue de presse n°1, le projet a été suspendu en juin 2012 du fait d’un « détail » : il manque les milliards pour acheter le réacteur. Et, contrairement à ce qui se passe en Biélorussie, il ne semble pas que la Russie soit cette fois d’accord pour payer elle-même ! D’ailleurs, le site de construction n’est toujours pas choisi. Ce projet n’ira probablement pas à son terme, mais Areva et son EPR devraient quand même connaître une nouvelle désillusion avec le choix prochain du modèle de réacteur...

Dimanche 17 mars

Déchets nucléaires : l’évêque contre le crime de l’enfouissement

Que l’on soit croyant ou pas, on ne peut que se féliciter de voir un évêque déclarer que « la nature est un cadeau fait à l’homme par Dieu. Non pas pour qu’il l’accapare, la domine et la gaspille, mais pour qu’il gère avec respect l’endroit où il est appelé à vivre » , surtout qu’il ajoute « Enfouir les déchets, c’est finir par les oublier et transposer le problème du nucléaire de génération en génération. » Un honnête homme qui pose de bonne questions... et y répond bien !

Lundi 18 mars

EPR rejeté par la Tchéquie : Areva ne digère pas !

Tous les réacteurs nucléaires sont chers et dangereux, mais l’EPR d’Areva est assurément le pire de tous. De fait, il est recalé de partout : USA, Italie, Emirats, Finlande, Tchéquie,etc. Alors Areva s’accroche, et « porte plainte contre la décision rendue par le Bureau pour la protection de la concurrence de confirmer son élimination de l’appel d’offres lancé par l’entreprise d’énergie tchèque CEZ ».
Voilà qui ne risque pas convaincre les Tchèques, qui ont pourtant été diplomates : pour ne pas humilier Areva, ils ont signifié que son dossier était incomplet et donc non recevable. Si Areva continue à leur casser les pieds, ils vont finir par cracher le morceau : l’EPR a été recalé parce que c’est le réacteur le plus nul et le plus cher.

Ceci dit, les Tchèques ne devraient pas s’arrêter en si bon chemin et prendre acte de ce que tout réacteur nucléaire est une calamité environnementale et économique. La meilleure décision possible est d’annuler ce projet nucléaire et de choisir les économies d’énergies et les énergies renouvelables.

Mardi 19 mars

La désinformation nucléaire de Delphine Batho

La semaine dernière, l’Observatoire du nucléaire avait pointé l’incompétence sidérante (à moins qu’elle ne mente délibérément) de la « ministre » Delphine Batho, en particulier concernant les émissions de gaz à effet de serre de l’Allemagne. Le blogueur Jpm2 revient sur ces propos et confirme, chiffres et documents à l’appui, que la fermeture de 8 réacteurs en Allemagne n’a pas entrainé d’augmentation d’émissions de co2. CQFD.

Panne de courant à Fukushima : course contre la montre

  • Dépêche Reuters : « Panne de courant sur le système de refroidissement à Fukushima »

Deux ans après le début de la catastrophe, la centrale nucléaire de Fukushima reste un « monstre » ronronnant... qui n’attend qu’une occasion pour contaminer à nouveau le Japon, voire au delà. Pour mémoire, il est toujours nécessaire de refroidir en continu les coeurs des trois réacteurs en fusion, mais aussi les piscines de combustible, en particulier celle du réacteur n°4, qui contient assez de combustible pour condamner l’Asie entière et contaminer gravement le monde.

Alors, forcément, lorsque l’alimentation électrique s’effondre, la température de ces « machins » commence à monter. Il faut environ une semaine avant que la piscine 4 ne parte en fusion, on peut donc espérer que les Japonais arrivent à remettre le courant à temps. N’empêche, le danger est là, sans parler d’un nouveau séisme qui ferait s’effondrer les piscines...

L’EPR « autorisé » en Grande-Bretagne : la blague du siècle !

  • Article du Monde.fr : « Grande-Bretagne : feu vert à un projet de centrale nucléaire d’EDF »
  • Article de Nord-Littoral : "Une centrale nucléaire EDF bientôt à Hinkley Point »
  • Rappel The Guardian : « Nuclear power plans threatened by European commission investigation »

Suite du feuilleton « L’EPR en Grande-Bretagne », souvent évoqué ici (voir en particulier la revue de presse 28). Voici aujourd’hui une nouvelle « stupéfiante » : l’EPR est autorisé à la construction par Londres. Les pronucléaires jubilent, les antinucléaires sont censés pleurer. Sauf que tout ceci n’est que du cirque. D’abord, l’EPR a déjà été autorisé en décembre dernier en Grande-Bretagne. L’Observatoire du nucléaire, avec son ironie antipatriotique, raillait déjà : « L’EPR autorisé à la construction en Grande-Bretagne, il manque "juste" l’argent ! »

Et justement, la situation n’a pas évolué d’un pouce. Pour construire des EPR, EDF exige de Londres des « garanties », c’est-à-dire le remboursement des déficits, pendant... 40 ans ! C’est dire la « rentabilité » du nucléaire. Mais, comme l’explique bien The Guardian, la Commission européenne s’apprête à lancer une enquête approfondie, procédure qui prend environ... deux ans !
A supposer que, par extraordinaire, Bruxelles valide cette subvention massive proposée par Londres à EDF, il est probable que, dans deux ans, l’EPR soit encore plus plombé qu’aujourd’hui, c’est dire. Et pourtant, on trouve certains médias pour tomber dans le panneau, en particulier Nord-Littoral qui titre « Une centrale nucléaire EDF bientôt à Hinkley Point ». Les blagueurs !
(Note : voir en fin de revue de presse un élément nouveau)

Mercredi 20 mars

Réacteurs fissurés : le lobby nucléaire veut tenter le redémarrage !

  • Dépêche de Belga : « Une étude juge non-fiables les tests menés à Tihange 2 et Doel 3 »
  • Article du Monde : « En Belgique, le doute grandit sur la sûreté nucléaire

Suite de l’affaire des réacteurs belges aux cuves fissurées (revues de presse 10, 11, 12, 23, 27, 33). Comme il se doit, l’exploitant Electrabel assure qu’il n’y a aucun risque et que les deux réacteurs arrêtés peuvent être relancés. La scientifique allemande Ilse Tweer, spécialiste en résistance des matériaux, estime que les fissures pourraient s’agrandir en cas de redémarrage et évoque un risque d’explosion de vapeur et de rejets radioactifs.
De plus, Dieter Majer, ancien responsable de l’autorité allemande de contrôle nucléaire, conteste la thèse d’Electrabel selon laquelle les fissures étaient présentes depuis le stade de la fabrication des cuves. Quant à l’autorité de sûreté, l’AFCN, elle est dirigée par un bonhomme qui arrive tout droit de l’industrie nucléaire et de son vaisseau amiral, la World Association of Nuclear Operators. Son « indépendance » est assurée ! D’ailleurs, elle s’apprêterait à autoriser le redémarrage des réacteurs. Pas si bête : on verra bien alors si ça tient ou si ça fait boom !
Ceci dit, nous nous étonnons qu’on ne parle plus des 20 autres réacteurs dont les cuves ont été réalisées par le même exploitant et qui sont donc soupçonnées d’être aussi mitées : aux Etats-Unis (10 réacteurs), en Allemagne (2), en Argentine (1), en Espagne (2), aux Pays-Bas (2), en Suède (1) et en Suisse (2). Sans parler des fissures des cuves de réacteurs français mais, nous l’avons déjà vu (revue de presse 12), il n’y a pas de risque car « les fissures françaises sont meilleures que les belges » !

Dans la série des factures « légèrement » sous-estimées par le lobby atomique...

  • Article de Radio-Canada : « Ottawa : l’estimation des coûts de nettoyage nucléaire grimpe de 2,4 milliards »

Ça devait être 3,6 milliards de dollars, ce sera 6. En attendant pire. C’est ce qu’a annoncé Énergie atomique du Canada limitée (EACL) après avoir « mis à jour sa responsabilité en matière de déclassement et de gestion des déchets nucléaires ». La facture prévue a augmenté « en raison de l’établissement de normes de sécurité plus strictes, d’une meilleure compréhension du processus de déclassement des zones de déchets et de la faiblesse des taux d’intérêt. ». Ah, c’est donc de la faute des taux d’intérêts.
En réalité, l’industrie nucléaire est dirigée de tous temps par de véritables gangsters qui se font offrir de jolis (et dangereux) joujoux en annonçant au départ des factures raisonnables mais dont ils savent parfaitement que, le moment venu, elles seront terriblement plus lourdes. Nous avons d’ailleurs en France de merveilleux exemples de ce genre de hold-up avec, entre autres, l’EPR, ITER, ou le Mégajoule. Et bien sûr les facture du démantèlement, de la « gestion » des déchets, etc.

Des armes conventionnelles pour protéger des armes atomiques !

Notre ami le blogueur PatrigK ironise cette semaine sur la "dissuasion nucléaire" française qui doit être protégée par des missiles conventionnels et qui utilise un porte-avion fissuré : le Charles-de-Gaulle ne vaudrait-il pas mieux qu’un réacteur belge ?

Jeudi 21 mars

Fukushima : un rat accusé d’attentat suicide !

  • Dépêche Belga : « L’intrusion sur un site nucléaire assimilée à du terrorisme »
  • Divers articles : « Fukushima : la grave panne de courant causée par un rat »

Transposant une directive européenne, la loi belge indique désormais que « Les personnes qui s’introduiront sur un site nucléaire pourront être assimilés à des terroristes ». Les intrus seront passibles d’une peine de deux ans de prison et d’une amende pouvant atteindre 30.000 euros.
La ministre de la Justice a démenti toute intention de viser les activistes anti-nucléaires : "Les gens qui passent simplement au-dessus du grillage ne seront pas punis plus sévèrement". Reste à savoir si la police doit tirer tout de suite (au cas où il s’agirait de vrais terroristes) ou si elle doit attendre pour évaluer la dangerosité des actes des intrus.

Concernant la coupure d’électricité à Fukushima, la question a été immédiatement réglée : le « terroriste » de service, un rat, s’est électrocuté dans l’action. Il s’agissait donc d’un attentat suicide. Et inutile : le courant a finalement été rétabli par les Japonais, avant que les piscines de combustibles n’arrivent à ébullition. On en reste donc, pour le moment, à « seulement » trois cœurs de réacteur en fusion...

EDF/AREVA : la guéguerre nucléaire continue !

  • Article des Echos : « EDF cherche à élargir sa gamme de réacteurs nucléaires »

Le précédent gouvernement l’avait promis, l’actuel l’avait juré : après le débarquement de Mme Lauvergeon (reversée à la surveillance de Libération) : terminée la « guéguerre nucléaire » entre EDF et Areva, place à la « synergie » et aux lendemains radieux... Or, on apprend que EDF veut développer deux nouveaux réacteurs : un de 1500 MW et un autre de 1000 MW. Mais Areva possède déjà l’EPR (1600 MW) et prépare depuis 2007 un nouveau réacteur appelé ATMEA, d’une puissance de 1000 MW.
Autant dire que les deux modèles envisagés par EDF seraient directement concurrents des deux modèles d’Areva. Ceci dit, il s’agit d’une « drôle de guéguerre » avec des réacteurs fantômes : vu les « succès » d’EDF, ses deux projets ne verront probablement jamais le jour. Chez Areva, l’ATMEA n’existe que sur le papier et on se demande quel pays voudrait prendre le risque d’en commander un, après la démonstration d’incompétence d’Areva avec son EPR... lequel n’a plus aucun avenir.

Areva envoie au Japon du combustible pour alimenter... un réacteur arrêté

  • Dépêche Reuters : « Areva confirme l’envoi prochain de MOX au Japon »

Les affaires sont les affaires ! Bien que co-responsable de la contamination d’une partie du Japon (le réacteur 1 de Fukushima contenait du Mox français), Areva n’a aucun état d’âme et fait appliquer les contrats commerciaux en cours, comme si de rien n’était. Ainsi, la multinationale radioactive va envoyer au Japon du MOX pour alimenter le réacteur Takahama 3, arrêté depuis un an, et qui ne redémarrera peut-être jamais. L’argent n’a pas d’odeur, la radioactivité non plus, alors pourquoi se gêner ?

Fessenheim - Un recours "providentiel" devant le Conseil d’Etat ?

« Centrale de Fessenheim : recours devant le Conseil d’Etat contre les travaux »
Voilà peut-être l’astuce qui pourrait enlever du pied de Hollande la lancinante "épine" de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim. Pour mémoire, l’Autorité de sûreté (ASN) a exigé un renforcement du radier (la dalle de béton sur laquelle est posée la centrale) avant juin 2013. La mise en oeuvre de ces travaux, lourds et chers, parait absurde si la centrale doit vraiment être fermée d’ici 2016.
Il se trouve que la loi exige une nouvelle enquête publique pour des travaux qui entraînent une modification "notable" de l’installation. Bien sûr, il y a là une bonne part de subjectivité. Mais si le Conseil d’état avait la bonne idée de juger "notables" les travaux en question, et d’exiger de fait une enquête publique, laquelle prendrait au moins un an, l’ASN n’aurait d’autre solution que de décréter la fermeture de la centrale en juin.
Cette fermeture serait alors probablement définitive car il serait impensable de faire des travaux qui s’achèveraient en 2015 pour une fermeture en 2016. Le gouvernement n’aurait alors plus qu’à "respecter la décision du Conseil d’Etat" : c’est beau la politique ! Mais, comme chacun sait, la justice administrative est indépendante, alors...

Les garanties de Londres au profit d’EDF sont incompatibles avec les règles européennes

  • Dépêche Reuters : "British nuclear support plans flout EU rules : lawyers"

Importante dépêche Reuters en anglais... qui n’a hélas pas été diffusée en version française. C’est bien dommage car Reuters a interrogé des juristes de premier plan qui assurent que les "garanties" que Londres souhaite offrir à EDF, pour rendre "rentables" ses projets nucléaires, sont clairement incompatibles avec les règles européennes.
Londres, avec bien entendu le soutien de Paris, tente de faire modifier les règles européennes, mais une majorité de pays, dont le poids lourd qu’est l’Allemagne, y sont opposés. Le nouvel échec d’EDF et de l’EPR, pronostiqué par l’Observatoire du nucléaire, semble de plus en plus probable... malgré les articles de médias français qui annoncent des EPR pour "bientôt" en Grande-Bretagne...

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