Observatoire du nucléaire

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Publié le 4 avril 2013

Revue de presse n°44

Semaine du vendredi 29 mars au jeudi 4 avril 2013

Rattrapage 24 mars

Manifestation générale le 16 avril contre Areva à Arlit (Niger)

  • Communiqué des associations d’Arlit

Ce communiqué de la « Synergie des organisations de la société civile d’Arlit » date du 24 mars mais il ne nous est parvenu qu’après la publication de la revue de presse correspondante. Or, il est indispensable d’évoquer cette affaire.

Après avoir listé et détaillé les exactions et pollutions d’Areva au Niger, les associations de la société civile concluent ainsi : « Une mobilisation gigantesque et générale de la population serait prévue dans les jours qui suivent pour faire échec aux agissements d’AREVA à Arlit ».

Aux dernières nouvelles, cette mobilisation a été fixée au dimanche 16 avril 2013, sauf à ce que Areva réponde favorablement aux revendications listées. Mais, par exemple, comment décontaminer et recharger une nappe phréatique fossile ? Areva ne sait que contaminer...

Vendredi 29 mars

Le Québec n’annonce qu’un moratoire partiel sur la filière de l’uranium

Difficile de savoir s’il faut se réjouir ou se mettre en colère suite à cette décision qui devrait théoriquement aller dans le bon sens : un moratoire sur les autorisations d’exploration et d’exploitation d’uranium. Le problème est que le gouvernement québécois, qui a annoncé dans le même temps la réalisation d’études sur la filière uranifère, n’a pas suspendu les permis d’exploration et d’exploitation déjà en cours. Autrement dit, en attendant la réalisation des études en question, et l’organisation à l’automne de consultations publiques sur les impacts environnementaux et sociaux de la filière, l’exploration et l’exploitation de l’uranium vont continuer comme si de rien n’était. A suivre...

Dans la Manche, plus de radioactivité qu’à Fukushima ?

Rassurez-vous tout de suite : pour le chef de l’Autorité de sûreté nucléaire régionale, Simon Huffeteau, le taux de tritium mesuré n’est pas inquiétant. « C’est une valeur qui est ponctuelle, qui ne représente pas d’enjeu sanitaire » Ouf, on aurait pu croire que l’usine de la Hague était dangereuse...

La Presse de la Manche tente d’étiqueter les antinucléaires

La Presse de la Manche distingue arbitrairement deux catégories d’antinucléaires : les « musclés » et les « non-violents ». Pourtant, les uns comme les autres contestent la fameuse et fumeuse « transition énergétique » du gouvernement actuel, qui est aussi pronucléaire que le précédent. Notons aussi que notre ami Didier Anger, bien que classé dans la seconde catégorie, et ayant dépassé les 70 ans, ne manque pas de muscles puisqu’il mène gaillardement le combat antinucléaire dans la Manche depuis 40 ans !

Alors, si vraiment La Presse de la Manche veut « trier » les antinucléaires, autant distinguer d’une part ceux qui , « musclés » ou « frêles », contestent l’ordre établi, et d’autre part ceux qui amusent la galerie par des initiatives et positionnements consensuels (mais lucratifs) qui, finalement, renforcent le système en place (cf revue de presse de la semaine dernière).

Inauguration de l’usine « française » d’enrichissement de l’uranium

Une fois n’est pas coutume, il faut donner acte au Figaro de ne pas avoir (totalement) fait oeuvre de propagande pronucléaire. En effet, à propos du procédé d’enrichissement de l’uranium, ce que nous avons clamé à de nombreuses reprises et qui n’est pourtant jamais dit ou écrit, est reconnu dans cet article : « Ce procédé, Areva l’a acheté à Urenco, le numéro deux mondial du secteur. »

Voilà qui bat en brèche le mythe de « la France leader mondial du nucléaire » : de même que 54 des 58 réacteurs nucléaires « français » sont en réalité américains, les centrifugeuses d’Areva ont été achetées à une société étrangère. On cherchera vainement cette information dans la presse locale (Dauphiné libéré et Midi-« Libre », ce dernier étant totalement à la solde de l’industrie de l’atome), mais aussi dans le média spécialisé Usine nouvelle (et méthodes anciennes !).

Y compris dans l’article de 2010 consacré... à l’inauguration de cette même usine. Mais c’était du temps de Mme Lauvergeon (désormais occupée à surveiller Libération), alors il fallait bien une autre inauguration pour son successeur Oursel, le triste sire qui fait des procès à l’Observatoire du nucléaire.

Samedi 30 mars

Musique !

  • Ironie avec ACDC : « Choisis le nucléaire » (Artistes Chanteurs de la Droite Conservatrice)
  • Saturation avec Saez : « J’veux du nucleaire »

Dimanche 31 mars

Un mort dans une centrale nucléaire aux USA : l’AFP vous rassure

  • Première dépêche AFP : « USA : un accident fait un mort dans une centrale nucléaire »
  • Seconde dépêche AFP : « USA : un accident matériel fait un mort dans une centrale nucléaire »

A 19h51, l’AFP informe que, dans une centrale nucléaire américaine, un stator est tombé lors d’une opération de maintenance, tuant un salarié. Mais, à 21h20, l’AFP publie une seconde version de sa dépêche, en insistant très très très lourdement sur le fait que, comme dirait Sarkozy (à propos de Fukushima) : « Ce n’est pas un accident nucléaire ».

Ainsi, le titre « un accident fait un mort dans une centrale nucléaire » devient « un accident matériel fait un mort dans une centrale nucléaire ». Un accident « matériel » ? Par comparaison avec un improbable... accident « immatériel » ?

La phrase « un accident n’ayant entraîné aucune fuite » devient « un accident n’ayant entraîné aucune fuite radioactive ». Probablement pour que nous ne confondions pas la fuite des salariés de la centrale avec la fuite d’éléments radioactifs. Et « il n’y a aucun danger pour la population avoisinante » devient « il n’y a aucun danger pour la population », des fois que le lecteur imagine que la population éloignée - et elle seule ! - pourrait être en danger.

Si on ne peut que féliciter l’AFP de faire tant d’efforts pour éviter que l’on puisse imaginer que le nucléaire a (encore) tué, on regrettera que l’agence de presse n’ait, du coup, pas de temps pour donner un autre point de vue que celui d’Areva concernant la fameuse affaire du « don » au Niger...

Lundi 1er avril

Après les centrales flottantes et sous-marines, la centrale nucléaire aérienne !

  • Article du Monde : « Moscou lance un projet de centrale nucléaire flottante »
  • Article de l’Usine nouvelle : « Une centrale nucléaire sous-marine signée DCNS »

On connaissait déjà le projet de centrale nucléaire flottante, que les Russes tentent de mettre en service, et le projet de centrale sous-marine, envisagé par les français qui ne sont jamais en retard lorsqu’il s’agit de prendre des risques atomiques. Mais le pire était à venir : soutenu par le nouveau gouvernement japonais, qui est totalement pro-atome, l’industrie nucléaire japonaise travaille à la mise au point de centrales nucléaires aériennes.

Le plus fou est que ce projet, imaginé suite à la catastrophe de Fukushima, viserait à éviter toute contamination en cas d’accident nucléaire. En effet, la cuve d’un réacteur aérien serait remplie d’hélium, gaz qui aurait une double fonction : refroidir le cour du réacteur, mais aussi assurer le maintien de la centrale dans l’atmosphère puisque, comme chacun le sait, l’hélium est plus léger que l’air.

Cette centrale serait en quelque sorte une « montgolfière atomique », reliée au sol par un puissant câble permettant de retenir la centrale et de ramener au sol l’électricité produite. Et c’est là que réside l’astuce de « sûreté » : en cas d’accident nucléaire, ce câble serait immédiatement décroché du sol, la centrale s’envolant alors.

Un petit moteur de fusée lui donnerait une impulsion supplémentaire lui permettant de se libérer de l’attraction terrestre et de se perdre dans l’espace. Bien sûr, l’accident nucléaire continuerait son évolution, mais les rejets radioactifs auraient lieu dans le cosmos et non sur Terre. Après avoir contaminé le sol, la mer et l’atmosphère, le lobby nucléaire veut donc en faire de même avec l’espace, et avec le plus grand cynisme puisque ce projet est mis en oeuvre prétendument au nom de la « sûreté ». Ecoeurant.

(Précision : cet article est un poisson d’avril).

Mardi 2 avril

L’AFP relate l’ouverture d’une mine d’uranium en Australie après avoir occulté la victoire de Jeffrey Lee sur Areva

  • Dépêches AFP1 et AFP2 : « Australie : feu vert pour une mine d’uranium dans l’ouest du pays »
  • Dépêche AFP qui n’a jamais été écrite : « Un Aborigène enterre un projet de mine d’uranium en refusant les millions d’Areva »

C’est une bien mauvaise nouvelle pour la planète mais, incontestablement, l’AFP est dans son rôle en la faisant connaître : « Le gouvernement australien a donné son feu vert mardi à l’ouverture d’une mine d’uranium dans l’ouest du pays ». Il est donc d’autant plus incroyable, injustifiable, et affligeant, que l’AFP n’ait pas jugé utile de rédiger la moindre dépêche concernant l’annulation du projet de mine d’uranium au Koongara.

Et ce d’autant qu’il s’agit d’une histoire édifiante, qui intéresserait de toute évidence de nombreux médias et, surtout, des millions de citoyens : Jeffrey Lee, un modeste Aborigène, pouvait devenir l’homme le plus riche d’Australie, mais il a refusé les millions d’Areva pour sauver sa terre et continuer à vivre modestement et paisiblement.

Pourtant, concernant l’ouverture de la mine d’uranium décidée ces jours-ci, l’AFP a jugé utile de rééditer sa dépêche pour corriger deux détails et ajouter une virgule (jouez au jeu des trois différences : 1 et 2). Une fois de plus, on ne peut que louer un tel souci d’informer parfaitement...

Mercredi 3 avril

« Malgré l’abandon du nucléaire, l’Allemagne continue d’exporter son électricité »

Depuis que l’Allemagne a décidé en 2000 de sortir du nucléaire, les pro-atome mentent effrontément en prétendant que ce pays fonctionne « en important l’électricité nucléaire française ». Or, la vérité est simplement... inverse.

Avec la fermeture de 8 réacteurs allemands juste après le début de la catastrophe de Fukushima, les pronucléaires ont espéré que leurs mensonges allaient devenir réalité. Mais il n’en est rien : l’Allemagne reste excédentaire et donc exportatrice d’électricité.

Probablement par dépit, puisque cette information contredit les arguments pronucléaires régulièrement avancés par l’Usine nouvelle, cette dernière prend soin de préciser que « l’Allemagne se heurte à des difficultés techniques et de coûts, qui ont notamment engendré une hausse du prix de l’électricité ».

Comme si le prix de l’électricité, dans la France nucléaire, n’augmentait pas brutalement (et ce n’est qu’un début) du fait de certaines « difficultés techniques » : la dangerosité et le vieillissement des réacteurs nucléaires, ce qui implique des investissements ruineux - sans pour autant apporter une « sûreté nucléaire » qui n’existera jamais - et entraîne un envol du prix de l’électricité (nucléaire) en France. CQFD.

Le débat sur la transition énergétique est le masque du capitalisme vert

Vivifiante tribune de Guillaume Blavette, du Collectif STOP-EPR « Ni à Penly ni ailleurs », qui ne mâche pas ses mots : « La transition énergétique version 2013 n’a plus grand chose à voir avec les revendications historiques du mouvement écologiste. Il suffit de regarder la place accordée au nucléaire dans ce débat pour s’en convaincre. Loin d’exiger l’arrêt de tous les réacteurs nucléaires, les acteurs écologistes du débat se satisfont de l’orientation fixée par François Hollande. ». Qui pourrait contester la pertinence de ce triste constat ?

Libération : une curieuse « demi-désintox » sur Batho

Ces dernières semaines, nous avons eu souvent l’occasion de pointer les déclarations de notre chère Delphine Batho, ministre « de l’écologie » qui navigue entre le ridicule, l’absurde, et le vide intersidéral. Voilà que Libération publie une « désintox » sur les déclaration de Batho, ou plutôt sur une seule de ses affirmations : nous aurions besoin du nucléaire car ce serait une énergie « décarbonée ».

Libération rappelle que, de la mine d’uranium au démantèlement des centrales, le nucléaire est émetteur de co2, mais moins que le charbon, le pétrole ou le gaz. Avec ce rectificatif à la marge, Libération valide finalement l’argumentaire des pronucléaires (consciencieusement répété par Delphine) : l’atome, en émettant peu de co2, serait donc presque « écolo ».

Une véritable « désintox » aurait consisté à ne pas se placer sur le terrain partiel et partial des pronucléaires et à rappeler qu’il n’y a pas que les émissions de co2 qui posent problème : il y a aussi la production de déchets nucléaires, les rejets radioactifs « ordinaires », et les rejets radioactifs massifs en cas d’accident comme ceux de Tchernobyl et Fukushima. Mais ces informations ne semblent pas être arrivées jusqu’à Libération (qui, pour mémoire, reste sous la surveillance de l’atomiste Lauvergeon)...

Nucléaire : EDF prendra « le temps qu’il faut » avec Londres...

Notre feuilleton préféré (cf les précédentes revues de presse) s’étire, s’étend, et EDF « prendra le temps qu’il faut » pour arracher au Premier ministre britannique des garanties (ie : le remboursement des pertes) sur 35 ou 40 ans. C’est seulement à ce compte que le nucléaire peut être « rentable »...

Un élément à noter toutefois : EDF veut « un contract for difference (contrat de garantie de recettes) qui soit pérenne et ne soit pas balayé par un nouveau gouvernement demain ou par la Commission européenne ». En clair, EDF demande à Cameron de livrer ses concitoyens pieds et poings liés. Les Britanniques se laisseront-ils faire ? A suivre...

Areva découvre la décroissance nucléaire...

  • Dépêche AFP : « Areva ne peut pas se désintéresser des petits réacteurs »

La multinationale radioactive Areva aurait-elle découvert les vertus de la sobriété, et même de la décroissance ? Voyez un peu : après avoir promu le réacteur EPR (puissance 1650 MW), Areva tente - vainement d’ailleurs - de placer aujourd’hui le réacteur ATMEA (1000 MW), et réfléchit pour la suite à de « petits réacteurs de 300 MW ». Le présomptueux Luc Oursel (celui qui attaque l’Observatoire du nucléaire en justice) se réclame même du « Small is beautiful ». Encore un effort pour arriver aux réacteurs... de 0 MW !

Jeudi 4 avril

Projet nucléaire d’Areva en Turquie : autopsie d’une opération d’esbroufe

  • 7h33 - Dépêche Reuters : « Areva et Mitsubishi Heavy remportent un contrat nucléaire turc »
  • 9h30 - Dépêche AFP : « Nucléaire : Ankara négocie avec Japon et Chine, aucune décision prise »
  • 9h47 - Dépêche AFP : « Areva en forte hausse, possible contrat nucléaire en Turquie »
  • 14h26 - Dépêche Reuters : « Turquie-Pas encore de décision sur la centrale »

En tout début de matinée, l’agence Reuters frappe un grand coup en titrant, sans guillemets et sans utiliser le conditionnel, sur une prétendue victoire d’Areva (et de son allié Mitsubishi) en Turquie, pour la construction d’une centrale nucléaire de plusieurs réacteurs. Le contenu de la dépêche est plus prudent mais, on le sait, l’idée générale est imposée par le titre. Deux heures plus tard, l’AFP titre pour sa part sur le fait qu’il n’y a en fait « aucune décision prise », mais le mal est fait : de nombreux médias ont repris l’ « information » de Reuters de la prétendue victoire d’Areva.

Voilà comment on accrédite dans la population l’idée pourtant fausse que la France exporte de nombreuses centrales nucléaires : la dernière vendue est l’EPR bradé à la Finlande... en 2003 ! Pour sa part, l’AFP parle d’une « forte hausse » de l’action Areva à la bourse de Paris : En réalité, la cotation passe de 11,50 à 12,30 euros alors que, il n’y a pas si longtemps, elle était à 82 euros !

En début d’après midi, Reuters rectifie : « Turquie-Pas encore de décision sur la centrale », tout en évoquant que la « victoire » d’Areva et Mitsubishi pourrait être annoncée en mai. On nous dit aussi que « la construction devrait commencer en 2017 pour une entrée en service du premier réacteur en 2023 ».

Ah bon ? Areva, qui met 10 ans pour (mal) construire un EPR, bâtirait en 6 ans un Atmea qui n’existe à ce jour que sur le papier ? Qui plus est avec les Japonais qui, c’est bien connu depuis Fukushima, sont des « as » de la sûreté nucléaire. De toute façon, il ne faut pas oublier que les annonces de construction de réacteurs nucléaires ont commencé en Turquie... dès 1967 : annonce, annulation, annonce, annulation, etc... A suivre...

Les irradiés de Brest prennent la parole !

Nous ne dirons jamais assez de bien de l’association Henri Pézerat qui « a pour but de créer et de faire vivre un réseau d’échanges d’expérience et d’aide aux luttes sociales concernant la santé des personnes en lien avec le travail et l’environnement ». Henri Pézerat, décédé en 2009, était toxicologue et directeur de recherche au CNRS, il a révélé le scandale de l’amiante en France.

Cette fois, il s’agit d’une autre affaire édifiante : de 1972 à 1996, à l’arsenal de Brest, des personnels civils ont travaillé sans protection au contact de missiles à tête nucléaire. L’armée leur disait qu’il n’y avait aucun danger. L’association Henry Pezerat tente de retrouver ces ouvriers irradiés. Une dizaine de cas avérés de leucémies et de cancers sont déjà recensés.

C’est une constante : les « responsables » du nucléaire, qu’il soit militaire ou prétendument « civil », n’ont aucun scrupule et sont prêts à faire irradier n’importe qui, y compris les gens qui travaillent dans leurs usines ou leurs centrales.

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