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Publié le 9 mai 2013

Revue de presse n°49

Semaine du vendredi 3 au jeudi 9 mai 2013

Prélude – A voir, à lire : Albert Camus, Nexus, Cigeout, Lobbying, Man

Intéressante contribution de Philosophie magazine (Hors-série numéro 17, avril 2013) qui publie un récit de Hiroshi Mino, doyen de la faculté de lettres de Nara (Japon), lequel établit un parallèle entre Fukushima et La Peste d’Albert Camus. Vous pourrez aussi apprécier l’ensemble de ce numéro spécial, en vous rappelant que le grand écrivain fut une des rares voix à dénoncer immédiatement le crime d’Hiroshima, quand d’autres (en particulier le PCF) y voyaient un « merveilleux progrès » ...

Le numéro mai-juin du magazine Nexus propose un article sur Fukushima et un grand dossier sur le projet Cigéo, joli nom trouvé par le lobby nucléaire pour le crime de l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure (Meuse). A ce sujet, notez l’ouverture le 15 mai du site web http://www.cigeout.com qui pourrait être le fer de lance de la lutte contre l’enfouissement.

Nous vous suggérons aussi le livre « 24 heures sous influences », de Roger Langlet, qui explicite le lobbying permanent par lequel les entreprises et autres organisations nous empoisonnent la vie (au propre comme au figuré), lobby nucléaire en tête bien sûr. A voir enfin sur le web une étonnante vidéo titrée « Man », qui synthétise en quelques minutes les merveilleux résultats de la présence des humains sur la planète Terre...

Prélude bis : un peu de poésie... radioactive

Nous ironisons régulièrement sur les jolis noms (Cigéo, Astrid, etc) donnés aux installations nucléaires. Attention : il ne s’agit pas d’une coquetterie de la part du lobby de l’atome, mais bien d’une stratégie perverse, que nous avons d’ailleurs éventée dans « L’insécurité nucléaire ». Extrait :

Pégase, Rapsodie, Harmonie, Phébus, Phénix, Superphénix, etc… vous avez peut-être noté l’habitude prise par les nucléocrates de trouver de belles appellations pour leurs installations nucléaires. Détrompez-vous : cela n’a rien à voir avec le goût des lettres, mais bien avec celui de l’argent. Et plus précisément celui de l’argent public, gaspillé par milliards par les apprentis sorciers de l’atome. Voyez plutôt cet édifiant extrait du livre "Superphénix pourquoi ?" publié en 1997 par Georges Vendryes, Directeur honoraire des Applications Industrielles au Commissariat à l’Energie Atomique, aux éditions… NucléoN :

"Tant que, pour obtenir les sommes nécessaires à la poursuite de l’objectif que nous avions conçu, nous n’eûmes à proposer que l’étude d’une "pile expérimentale surrégénératrice à neutrons rapides et à sodium", nous eûmes du mal à nous faire entendre de dirigeants pressés. Mon père, fin linguiste, m’avait souvent dit qu’un objet ne commence à avoir une réelle existence qu’à partir du moment où il porte un nom bien à lui. Fort de cet enseignement, je proposai vers la fin 1957 au Professeur Jacques Yvon, qui dirigeait alors le département des études de piles, de baptiser Rapsodie (en prenant une petite liberté avec l’orthographe) celle que nous avions en tête. Les vertus musicales de ce nom, qui associait les neutrons rapides au sodium, agirent sur les instances supérieures, qui prirent plaisir à l’utiliser et à le répandre. De ce jour, comme par enchantement, le projet prit corps et il nous devint plus facile d’obtenir les moyens de le poursuivre..."

Vendredi 3 mai

Projet nucléaire en Turquie : La Tribune fait des phrases creuses

  • Article « léger » de la Tribune : « Le Premier ministre japonais signe en Turquie un juteux contrat pour... GDF-Suez et Areva »

Nous avons vu la semaine dernière que, malgré une célébration aussi massive que ridicule de la part des médias français, le projet turc de construction de 4 réacteurs Atmea (Areva/Mitsubishi) restait bien hypothétique. Le plus, si hélas ces réacteurs sont vraiment construits, on peut raisonnablement penser que ce marché occasionnera des pertes financières à Areva et donc, in fine, aux finances publiques françaises.

Mais le quotidien LaTribune.fr ne s’embarrasse pas de tels « détails ». Bien que ce soit un média spécialisé dans l’économie, il n’étudie absolument pas les risques financiers de l’affaire et décrète, sans avancer le moindre élément, qu’il s’agit d’un contrat « juteux » pour les français. C’est désolant. (Voir la suite à mardi 7 mai, dépêche AFP).

Texas et Caroline du Nord : encore 4 réacteurs annulés aux USA

  • Article de WNN (lobby nucléaire) : « Harris expansion plans put on hold »
  • Article de Beyond nuclear (opposants)

La WNN (World nuclear news) est une agence de presse (plus exactement de désinformation) qui a été créée il y a quelques années par le lobby nucléaire mondial, la WNA (World nuclear association), qui regroupe la plupart des entreprises de l’atome. L’idée était de célébrer la « renaissance » du nucléaire, mille fois annoncée... mais en réalité jamais entrevue.

Bien au contraire, la WNN est bien obligée d’évoquer quelques fâcheux « contretemps » comme la catastrophe de Fukushima ou les annulations de projets nucléaires. Ces derniers temps, les USA sont en bonne place avec quatre projets de réacteurs annulés : deux au Texas et deux en Caroline du Nord (rappel de nos amis de Beyond nuclear). Série en cours...

Samedi 4 mai

Manifestation squelettique pour « sauver Fessenheim »

C’est amusant : qu’il s’agisse des manifestations contre le mariage pour tous, ou de celles contre la fermeture de Fessenheim, des gens qui applaudissent d’habitude les CRS découvrent la difficulté de se mobiliser et de se faire entendre. Les voilà qui pestent contre les coups de matraque et les gaz lacrymogènes, ou contre le nombre de manifestants annoncé par les autorités, problème rencontré de longue date par les antinucléaires. Chacun son tour !

Justement, on rira bien en notant que les pronucléaires étaient à peine quelques centaines pour « sauver » leurs chère centrale de Fessenheim, tout en prétendant qu’elle génère 3000 emplois directs et induits : où étaient donc tous ces gens, sans parler de leurs familles ? Ils auraient du être au moins 10 000 !

Dimanche 5 mai

Jacques Attali déraille

  • Article dans L’Express : « Fukushima : sont ils tous fous ? »

Incroyable Jacques Attali, grand donneur de leçons, auteur de nombreux rapports absurdes comme celui de la risible « Commission pour la libération de la croissance française » que le lumineux Sarkozy lui avait confiée en 2007. L’espace d’un instant, en lisant son texte alertant sur le danger qui menace plus que jamais à Fukushima, on aurait pu croire à une subite (bien que tardive) prise de conscience de la part du sieur Attali.

Interrogé par nos soins, il s’est empressé de nous détromper par le biais d’un dérisoire sophisme : « Fukushima ne condamne pas plus le nucléaire qu’un accident d’avion ne condamne l’aviation ». Ce à quoi nous ne pouvons que répondre : « Raconter n’importe quoi ne condamne hélas pas plus Attali au silence que Fukushima ne dissuade le lobby nucléaire de continuer ses crimes ».

Lundi 6 mai

Inde : les « élites » décidées à jouer à la roulette (nucléaire) russe...

La cour suprême indienne a son feu vert à la mise en service d’une centrale nucléaire de Kudankulam, construite avec l’aide de la Russie dans le sud du pays, au Tamil Nadu. « La centrale a été créée pour le bien-être de la population » assure la plus haute juridiction, qui ne semble pas au courant de ce que la population en question... rejette frontalement la centrale !

En Inde comme ailleurs, les « élites » veulent faire le « bien » du peuple malgré ce dernier, comme cela a d’ailleurs déjà été démontré à Bhopal : voir à ce sujet l’expo photo de Nicolas Ferras (http://simoneetlesmauhargats.fr/exp...) actuellement visible à Saint-Macaire (Gironde), siège mondial de l’Observatoire du nucléaire. Le photographe engagé est d’ailleurs actuellement dans les zones contaminées autour de Tchernobyl (Ukraine).

C’est justement la technologie russe qui, après avoir prouvé sa « fiabilité » à Tchernobyl, a été choisie par les dirigeants de l’Inde. Ces derniers sont, de tout évidence, aussi avisés que les Turcs qui choisissent le Japon... pour sa compétence face au risque sismique, comme démontré de façon explosive à Fukushima.

Méthode Coué : Le Monde en rajoute (encore) une couche

  • Article du Monde : « Le Japon est de retour sur la scène nucléaire mondiale »

Voyez un peu comment Le Monde tente de faire croire que le nucléaire japonais a évacué Fukushima en empruntant une voie radieuse : « Construction de réacteurs à Sinop en Turquie, accord sur un transfert de technologie avec les Emirats arabes unis... (...) Japon [vient] d’effectuer un retour spectaculaire sur la scène nucléaire mondiale. »

En parcourant ces lignes, le lecteur non averti croit que les réacteurs de Sinop (Turquie) sont achevés, ou au minimum en chantier. Et que les Emirats vont suivre l’ « exemple » turc. En réalité, le projet de Sinop est toujours parfaitement virtuel et a toutes les chances de ne jamais voir le jour (cf revue de presse de la semaine dernière).

Quant à cet « accord sur un transfert de technologie » avec les Emirats, c’est un bout de papier sans la moindre valeur : les pays nucléarisés signent des « accords de coopération » ou « mémorandums d’entente » avec d’innombrables pays, ce qui permet aux deux parties de faire de la communication politicienne en direction de leurs opinions respectives. C’est en particulier comme cela que le dénommé Nicolas Sarkozy a fait croire à des millions de français qu’il avait vendu durant son mandat présidentiel des dizaines de réacteurs, alors que le chiffre réel n’est que de... zéro !

Peu importe pour Le Monde qui célèbre le prétendu « retour spectaculaire » du Japon « sur la scène nucléaire mondiale. ». On voit ainsi ressurgir la prétendue « renaissance du nucléaire » annoncée inlassablement – mais vainement - depuis le début des années 2000 par différents journaux (en particulier le Monde et Les Echos), qui y croient donc encore...

Projet nucléaire fumeux d’EDF en Grande-Bretagne : « Retenez-moi ou je rentre en France ! »

  • Article du Times : « EDF Energy chief ready to quit if Hinkley Point deal collapses »

Le verdict semble s’approcher dans notre feuilleton préféré (cf la plupart des précédentes revues de presse), à savoir le projet fumeux d’EDF de construire des réacteurs nucléaires en Grande-Bretagne. Pour mémoire, la production d’électricité avec des centrales atomiques est une activité tellement déficitaire qu’EDF exige de Londres le remboursement des pertes... pendant 35 à 40 ans.

Comme la plupart des dirigeants des pays industrialisés, le premier ministre britannique est soumis au lobby nucléaire, il est donc tout disposé à faire payer ses concitoyens pour arranger les affaires d’EDF. Mais voilà : le prix est tellement élevé que, au pays du libéralisme thatchérien, ça coince. Sans parler de Bruxelles qui annulerait probablement les milliards d’argent public offerts par Cameron à EDF.

Alors le grand chef d’EDF en Grande-Bretagne, le dénommé Vincent de Rivaz, qui travaille depuis des années à ce projet, joue sa dernière carte : si un accord n’est pas rapidement trouvé, il menace de quitter la Grande-Bretagne ! Hou là là, il est fâché le Vincent !

L’Observatoire du nucléaire, qui pronostique depuis des mois l’annulation des projets britanniques d’EDF, contrairement aux médias dits « sérieux » (Les Echos, Le Monde, L’Usine nouvelle, etc), se prépare à fêter son triomphe. Quant à Vincent de Rivaz, il pourrait être nommé... à Fessenheim : cela augmenterait probablement les chances de fermeture !

Fessenheim : le stratagème de Hollande pour avoir les votes écolos en 2017

  • Article du Monde : « Fessenheim : la fermeture en 2016 apparaît de moins en moins probable »

On peut penser ce que l’on veut de François Hollande, du mal en particulier, mais ceux qui le prennent pour un imbécile ou un nul font une erreur monumentale. C’est d’ailleurs ainsi que le bonhomme a tracé son chemin : de son accession à la tête du PS en 1997 à sa candidature à l’Elysée, personne ne le craignait... et il a toujours fini par ramasser la mise.

Concernant la promesse présidentielle de fermer Fessenheim « fin 2016 », beaucoup de gens pensent que c’est un véritable suicide qui plombera ses chances de réélection en 2017 : ses concurrents dénonceront les ravages sociaux de la fermeture de la centrale. Les médias exhiberont des employés « jetés à la rue », des commerçants « obligés de fermer boutique ». Mais voilà : comme nous l’annonçons depuis des mois, et comme le pressent Le Monde, la centrale ne fermera pas avant la prochaine élection présidentielle. Hollande dénoncera les lobbies qui se sont opposés au vote du peuple, et demandera à être réélu pour pouvoir mener à terme son projet.

Normalement, au vu du bilan « écologique » de Hollande, les écologistes ne pourront que se détourner de lui. Mais il leur dira « Si vous voulez la fermeture de Fessenheim, réélisez-moi. Autrement, le prochain président annulera tout ». En 2012, Cécile Duflot n’a pas hésité à jurer qu’elle ne signerait jamais avec le PS un accord ne comprenant pas la sortie du nucléaire... avant de bafouer sans la moindre honte sa promesse quelques jours plus tard. En 2017, « Madame la ministre » appellera tous les écologistes à voter pour Hollande, « pour obtenir enfin la fermeture de Fessenheim ». Pour une fois, le lobby nucléaire a bon dos.

La droite, le PCF et la CGT pourront encore dénoncer ensemble les conséquences « dramatiques » à venir mais, tant que la fermeture n’est qu’un projet, ces cris d’orfraie n’ont finalement que peu d’effet, comme chacun a pu le constater en 2012. Dernière inconnue : s’il est réélu en 2017, Hollande fermera-t-il enfin Fessenheim ? Tout dépendra des circonstances. Il n’est pas impossible que, d’ici là, une autre centrale rencontre de graves problèmes et soit fermée en urgence (en espérant qu’il ne s’agisse pas d’un nouveau Fukushima), sauvant au passage Fessenheim. La politique est affaire de cynisme...

« Qui veut la peau du médecin de la centrale nucléaire ? »

Travailler dans une centrale nucléaire est mauvais pour la santé physique (contaminations, irradiations), mais aussi pour la santé mentale, du moins pour ceux qui se posent des questions sur les conséquence de leur activité (risques de catastrophe, production de déchets radioactifs).

Ces difficultés sont aggravées par le « management » mis en place dans les centrales où l’objectif est d’exploiter les salariés autant que faire se peut, comme dans les autres activités industrielles (alors que la propagande officielle assure sans plaisanter que la sûreté nucléaire est la priorité !)

Et lorsqu’un médecin du travail s’avise de prendre ses responsabilités pour essayer de venir en aide à des salariés du nucléaire qui partent à la dérive, il risque de se retrouver trainé en justice par EDF, exploitant et exploiteur sans état d’âme, que des gens naïfs prennent encore pour un Service public...

M51 : le missile nucléaire qui tombe à l’eau à l’heure du pastis

  • Communiqué de l’Observatoire : « "51 je t’aime" : le missile M51 tombe à l’eau, la France atomique dans le pastis ! »
  • Article du Point : « Échec du M51 : les responsables de la chaîne nucléaire aux abris ! »
  • Communiqué Fédération antinucléaire de Bretagne

La France atomique, ridicule sur le plan « civil » avec les désastres des chantiers EPR de Finlande (Areva) et de Flamanville (EDF), l’est tout autant sur le plan militaire : la pièce « maîtresse » de la dissuasion atomique hexagonale, le missile M51, a explosé en vol avant de s’abîmer au large du Finistère.

Certes, il s’agissait « seulement » d’un tir pour prouver la fiabilité (!) du M51, ce dernier ne contenait donc pas de charges nucléaires, mais il est censé emporter bientôt avec lui environ 60 fois Hiroshima. Au vu du risque d’explosion au décollage, voilà qui va peut-être calmer les ardeurs guerrières... de la France ! On peut donc parler d’auto-dissuasion nucléaire, une grande première !

La Fédération antinucléaire de Bretagne avait appelé à se mobiliser quelques jours avant le tir du missile dont elle demandait l’annulation, ce qui aurait privé les Bretons d’un joli feu d’artifice (voir la vidéo par exemple dans l’article du Point). D’après les autorités, ce qui accrédite la thèse inverse, l’explosion du M51 n’aurait impliqué aucun danger pour la population.

Le combustible « propergol » ( au perchlorate d’ammonium) serait-il bio ? Ce produit a pourtant contaminé une partie des captages d’eau de l’agglomération bordelaise, du fait de son utilisation dans l’usine SNPE de Saint-Médard-en-Jalles (Gironde), héritière de la fameuse « poudrerie royale » créée en 1660.

De longue date, les jeunes (dont un futur observateur du nucléaire !) qui se rendaient à leur collège en vélo s’étouffaient parfois à moitié en respirant des émanations venues de la poudrerie, où ont été mis au point les combustibles solides qui propulsent en particulier la fusée Ariane et le missile M51... quand celui-ci n’explose pas.

Notons pour finir que le spécialiste « défense » du Point n’y va pas de main morte, accusant à juste titre les responsables du fiasco du M51, industriels, militaires et politiques, de se défiler. Ils préparent probablement le 14 juillet...

Mardi 7 mai

Contrat d’Areva en Turquie : l’AFP ne fait pas mieux que le Tribune

  • Dépêche AFP : « Centrale en Turquie : la part d’Areva pourrait être de 4 à 5 mds EUR »

Vendredi, LaTribune.fr décrétait, sans apporter le moindre élément de preuve, que le projet de construction de 4 réacteurs en Turquie offrait un contrat « juteux » pour les entreprises françaises Areva et Gdf-Suez. Aujourd’hui, citant des déclarations de Luc Oursel, le PDG d’Areva (oui, celui qui attaque l’Observatoire du nucléaire en justice !), l’AFP affirme que « la part d’Areva pourrait être de 4 à 5 milliards ».

Mais, là aussi, aucun détail n’est donné, à tel point que le lecteur profane peut penser que ces milliards vont tomber dans la poche d’Areva. Or, avec cette enveloppe, le constructeur doit fournir les composants de la centrale et les matériaux nécessaires, payer les salariés (des ingénieurs aux ouvriers), etc. Sur les 4 à 5 milliards, combien restera-t-il à l’arrivée ? Et si les frais dépassent l’enveloppe, qui paiera ? Pour mémoire, Areva a vendu pour 3 milliards un réacteur EPR à la Finlande, mais le prix final est déjà réévalué à 8,5 milliards et sera probablement de 10 milliards !

Quant à l’exploitation de la centrale turque, qui pourrait être attribuée à GDF-Suez, sera-t-elle profitable ? La dépêche reconnaît d’ailleurs que l’exploitant pressenti ne s’est pas encore « accordé avec le gouvernement turc sur le prix de vente de l’électricité qui sera produite par la centrale ». Or, comme c’est le cas actuellement entre EDF et le gouvernement britannique, cette négociation est cruciale... et les deux parties veulent bien sûr en sortir gagnantes !

Nous maintenons donc nos pronostics : il est probable que ces projets nucléaires (tant en Turquie qu’en Grande-Bretagne) seront annulés, et si par malheur ils se concrétisaient, ce seraient de nouveaux gouffres financiers pour la France.

Important : une centrale définitivement arrêtée aux USA malgré une prolongation de durée de 20 ans !

A priori, c’est une information banale : une centrale nucléaire, en l’occurrence celle de Kewaunee (Wisconsin), est définitivement arrêtée après avoir fonctionné 40 ans. Ce n’est pas la première... et c’est loin d’être la dernière, en particulier aux USA où les fermetures vont se multiplier. Mais ce qui est particulièrement notable dans cette affaire, et qui préfigure probablement d’autres situations comparables, c’est que cette centrale vient juste d’obtenir de l’autorité de sûreté des USA, la NRC, l’autorisation de fonctionner 20 ans de plus, jusqu’en 2033.

Or le propriétaire, Dominion, qui a échoué dans plusieurs autres projets nucléaires, a décidé de vendre Kewaunee... mais aucun acheteur ne s’est présenté. Résultat : on ferme ! La NRC, qui, comme l’ASN française est à la solde du lobby nucléaire, se retrouve gros-jean comme devant avec son autorisation de 20 ans supplémentaires !

Cette affaire est une nouvelle preuve, s’il en fallait encore, de ce que la production d’électricité avec des centrales nucléaires est une activité plus déficitaire que jamais. Et aux USA, quand ça ne rapporte pas, ça s’arrête. Contrairement à ce qui se passe en France où l’argent public vient toujours sauver l’atome...

Fuite radioactive de la centrale de Palisades dans le lac Michigan

  • Article de Wsbt (Michigan)

Traversons le lac Michigan en diagonale, du nord-ouest au sud-est, pour aller de la centrale de Kewaunee à celle de Palisades. Celle-ci a pris la regrettable habitude (c’est le seconde fois cette année) de déverser des produits radioactifs dans le lac, tout en expliquant que, vu la taille de ce dernier, la « sûreté » est assurée par le phénomène de dilution.

Ces plaisantins doivent avoir d’autres blagues sous le coude vu que leur pauvre centrale connait régulièrement des problèmes et est classée régulièrement parmi les plus dangereuses des USA et a même décroché une fois le pompon. Cette centrale a été mise en service en 1971, elle a donc dépassé 40 ans, mais a bien entendu obtenu de la NRC le droit d’aller jusqu’à 60 ans. En toute « sûreté », c’est évident...

Le projet de centrale nucléaire balte de plus en plus fumeux

  • BE Lettonie : « Des conditions toujours plus nombreuses pour le maintien du projet de la centrale nucléaire de Visaginas »

La centrale nucléaire d’Ignalina, située à Visaginas en Lituanie, qui comprenait deux réacteurs de type Tchernobyl, a été fermée le 31 décembre 2009. Avant même cet arrêt, il existait un projet de construction de nouveaux réacteurs réunissant les pays baltes et éventuellement la Pologne.

D’ailleurs, le 29 mars 2009, l’AFP titrait « Centrale nucléaire d’Ignalina : début des travaux prévu à l’automne ». Certes, le contenu de la dépêche montrait qu’il s’agissait là principalement de déclarations des autorités lituaniennes, mais on a du mal à comprendre ce titre dépourvu de la moindre ambiguïté. D’autant que l’automne 2009 est passé, ainsi que ceux de 2010, 2011, 2012, et rien ne s’est produit. Aujourd’hui, selon des informations venues de Lettonie, le projet est plus que jamais enterré. Confirmation à l’automne ?

Japon : les résistants nippons contre le projet de centrale nucléaire

Une histoire vieille de 60 ans, au Japon comme en France ou ailleurs : l’histoire du lobby de l’atome et de son argent sale, accepté avec joie ou honte (selon les cas) par certains mais refusé par les gens dignes.

Mercredi 8 mai

Plus qu’un élève dans une école proche de Fukushima...

Le plus grand quotidien japonais raconte l’aventure de Takachi Sato, le dernier élève de l’école de Onami, toute proche de Fukushima. A la fin de l’année, Takashi partira dans le secondaire, l’école fermera probablement. L’industrie nucléaire sème la misère et la désolation partout où elle passe. Parfois dans la durée, parfois brutalement, mais toujours avec application.

Jeudi 9 mai

Notre ami Riguidel ne veut pas naviguer sur une poubelle (nucléaire) !

Chacun connait la chanson de Renaud : « Tabarly, Pajot, Kersauson et Riguidel, ne naviguent pas sur des cageots, ni sur des poubelles ». Notre cher Eugène Riguidel, vainqueur de la course transatlantique 1979, est aujourd’hui parrain de l’Observatoire du nucléaire mais surtout un homme libre et engagé.

Avec des amis marins, plus jeune que jamais, Eugène se bat toujours pour ne pas naviguer sur une poubelle, mais cette fois il ne s’agit plus de son voilier : il s’agit carrément de la mer, dans laquelle le lobby de l’atome déverse depuis des décennies des déchets nucléaires et des rejets radioactifs. Bravo Eugène !

A noter :

Arte le 21 mai à 20h50 : « Centrales nucléaires, démantèlement impossible ? »

  • Présentation par Arte

Nous reviendrons la semaine prochaine sur la diffusion de ce reportage, mais d’ores et déjà nous vous suggérons de noter la date sur ARTE, le mardi 21 mai à 20h50. Documentaire de Bernard Nicolas (France, 2013, 1h07min).

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