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Publié le 19 avril 2015

EPR : les graves défauts des cuves étaient-ils connus avant leurs poses à Flamanville et Taishan (Chine) ?

  • L’Observatoire du nucléaire rend public un document estampillé "Ne pas diffuser en dehors d’EDF" qui montre que EDF avait de sérieux doutes sur les cuves des EPR au moins dès 2011
  • La cuve a-t-elle été introduite par EDF dans le réacteur EPR de Flamanville en janvier 2014 (*) alors que ses défauts étaient connus d’EDF, Areva et de l’Autorité de sûreté nucléaire ?
  • De même, les cuves des deux EPR de Taishan ont-elles été livrées en cachant aux Chinois la gravité des probables défauts de ces cuves ?
  • Pourquoi l’information est-elle révélée publiquement aujourd’hui seulement ? Les dirigeants précédents de l’ASN, Areva et EDF ont-ils tenté d’enterrer la vérité ?
  • Le document montre aussi que des erreurs ont été commises lors de la fabrication de couvercles de cuve pour de nombreux réacteurs du parc actuel

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Ce n’est qu’en avril 2015 que l’état de la cuve du réacteur EPR en chantier à Flamanville a été révélée au grand jour [1] par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) alors que, comme le montre un document EDF rendu public aujourd’hui par l’Observatoire du nucléaire, la gravité de la situation était connue d’EDF, Areva et de l’ASN au moins depuis août 2011.

Estampillé "Ne pas diffuser en dehors d’EDF", daté du 2 août 2011, le document explique que "Lors de la fabrication du couvercle de la cuve de l’EPR de Flamanville 3, Areva NP a mis en évidence qu’une utilisation inappropriée de gabarits avait conduit à l’élimination d’une couche trop importante de beurrage au niveau des soudures des adaptateurs de couvercle de cuve. La réalisation de soudures sur une épaisseur de beurrage trop faible (…) est susceptible d’engendrer des défauts dans le métal de base".

Même s’il ne s’agit pas à ce moment là des mêmes défauts que ceux qui seront reconnus en avril 2015, comment croire que EDF, Areva et l’ASN ignoraient que les cuves des EPR présentaient possiblement, voire probablement, de graves défauts. (La cuve de l’EPR finlandais, réalisée au Japon et non par Areva, semble ne pas être concernée par ces défauts).

De fait, des questions cruciales se posent :

  • Pourquoi la cuve a-t-elle été tout de même introduite dans le réacteur de Flamanville, en janvier 2014 [2] ?
  • De même, les cuves des deux EPR de Taishan ont-elles été livrées en cachant aux Chinois la gravité des probables défauts de ces cuves ?

Il est aussi légitime de se demander si c’est à la suite des récents changements de dirigeants à la tête de l’Autorité de sûreté (départ de M. Lacoste en décembre 2012), d’Areva (départ de M. Oursel en octobre 2014) et d’EDF (départ de M. Proglio en octobre 2014 aussi) qu’il a finalement été décidé de révéler la vérité ?

En clair : les dirigeants précédents avaient-ils décidé de cacher la vérité (à l’opinion publique et aux industriels chinois), et de démultiplier de fait le risque d’accident nucléaire, afin de ne pas compromettre le peu de crédibilité que conservait encore l’industrie nucléaire française ?

On notera d’ailleurs que, dans sa communication du 7 avril 2015, l’ASN explique pudiquement qu’elle "a été informée par Areva" de la situation, mais sans dire quand et surtout sans dire que cela aurait dû être fait (ou a été fait) depuis plusieurs années.

La vérité la plus absolue doit être faite non seulement sur l’état réels des réacteurs nucléaires mais aussi sur le déroulement chronologique de cette affaire et les graves rétentions d’information qui ont eu lieu.

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