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Publié le 11 août 2015

Non, "le Japon" ne relance pas "le nucléaire" - Oui, le Japon a vécu deux ans sans nucléaire - Oui, le nucléaire mondial continue sa chute

A l’occasion de la remise en service d’un réacteur nucléaire au Japon, imposée par le pouvoir politique à une population qui s’y oppose majoritairement, de nombreux éditorialistes célèbrent une prétendue "relance du nucléaire".

L’éditocratie française croit à cette occasion tenir sa revanche après s’être déconsidérée depuis 15 ans en annonçant continuellement un "grand retour du nucléaire" qui n’est jamais venu, en soutenant aveuglément Areva et Mme Lauvergeon (rebaptisée "Atomic Anne) et en célébrant le catastrophique réacteur EPR, si souvent prétendu "fleuron" de l’industrie nucléaire.

L’atome français étant en bout de course (Areva en faillite, EDF lourdement endettée, parc nucléaire délabré, chantiers EPR en déroute, cuves des EPR mal réalisées, etc), l’éditocratie croit trouver en Asie de quoi se réconforter.

C’est ainsi qu’on peut lire à peu près partout que "le Japon" relancerait "le nucléaire". En réalité, le premier ministre ultra-nationaliste Shinzo Abe impose la relance d’UN réacteur, sur les 54 en service avant Fukushima.

M Abe espère certes la relance de quelques autres réacteurs, toujours de façon aussi "démocratique", mais la vérité est que la majorité des réacteurs japonais ne refonctionnera jamais et que ceux qui vont (peut-être) redémarrer feront à nouveau courir des risques insensés à la population.

Les éditorialistes sont en majorité tant aveuglés par l’atome (dont les industriels achètent, il est vrai, beaucoup d’espaces publicitaires dans de nombreux médias) qu’il en oublient les enseignements principaux de cette affaire : le Japon, un des pays les plus industrialisés de la planète, a

- arrêté ses 54 réacteurs nucléaires en quelques mois. Un excellent exemple pour la France et ses 58 réacteurs : qui peut encore prétendre qu’il faudrait 25 ou 30 ans pour en faire de même ?
- fonctionné pendant deux ans avec 0% de nucléaire.

Plus globalement, il faut noter que :

- la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée de 17% en 2001 à 10% à ce jour, un véritable effondrement commencé bien avant Fukushima et qui va continuer inexorablement avec la fermeture de dizaines de réacteurs en fin de vie (plus de la moitié des 400 réacteurs en service sur Terre a dépassé 30 ans d’âge).

- les projets de nouveaux réacteurs sont majoritairement virtuels, les effets d’annonce avec tambours et trompettes étant la plupart du temps suivis de discrètes annulations. Les rares projets réels seront très loin de compenser les innombrables et inévitables fermetures.

- la Chine est certes le dernier pays à avoir encore des projets nucléaires non-négligeables mais, même si tous les réacteurs annoncés sont (hélas) construits, la part du nucléaire dans l’électricité chinoise restera en dessous de 5%, ce qui correspondra à moins de 1% de la consommation d’énergie du pays.

En résumé, l’éditocratie française ferait bien d’en finir avec ses ridicules salves pronucléaires, toujours démenties par les faits, et de se concentrer sur les scandales de l’industrie de l’atome, comme les affaires de corruption (affaire Uramin, affaire du "don d’Areva" au Niger, etc), les rejets volontaires de plutonium par EDF dans la Loire, les mensonges sur les malfaçons des cuves des réacteurs EPR, les dessous du projet d’enfouir les déchets radioactifs à Bure (Meuse), etc. Quitte à perdre au passage quelques lucratives pages de publicités…

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