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Publié le 5 janvier 2016

Revue de presse novembre-décembre 2015

COP21 = COP Zéro !

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Des milliards d’articles et de reportages inutiles nous ont assommés pendant des semaines à propos de la mascarade de la COP21, dont il n’est bien entendu rien sorti à part des promesses fumeuses. Passons donc immédiatement à la suite...

Nucléaire belge : les blagues continuent !

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Le nucléaire belge pourrait bien nous faire mourir de rire avant d’avoir eu le temps de nous irradier. Voyez un peu, enfin si vous arrivez à suivre.

Depuis 2012, on sait que les cuves de Doel 3 et Tihange 2 sont fissurées. Ces deux réacteurs ont été stoppés, puis relancés, puis à nouveau arrêtés, définitivement cette fois pouvait-on penser. Du coup, pour compenser ces arrêts, les autorités belges ont décidé de façon parfaitement irresponsable de prolonger la durée de vie des réacteurs antiques Doel 1 et 2.

Mais, en novembre, l’Agence de la prétendue « sûreté » nucléaire autorise la relance des réacteurs fissurés par ces termes : « Electrabel a pu démontrer de manière convaincante que les microbulles d’hydrogène présentes dans les parois des cuves n’avaient pas d’impact inacceptable sur la sûreté des réacteurs ». Vous avez bien lu : « pas d’impact inacceptable sur la sûreté des réacteurs » !!!! Sacré blagueurs !

La mascarade continue alors : un incendie entraîne l’arrêt du réacteur Tihange 1. Puis une fuite oblige à stopper Doel 3. C’est ensuite au tour de Doel 1 de s’arrêter mystérieusement tout seul le 2 janvier : une véritable épidémie. Et, entre temps, un recours a été lancé en justice contre la relance des réacteurs fissurés, et des procédures ont lieu contre la prolongation des vieux Doel 1 et 2. Vivement la suite !

Faillite du nucléaire hexagonal (suite des épisodes précédents)

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Le nucléaire français vaut bien celui de la Belgique et n’en finit plus de se déliter. Voici désormais que EDF est boutée hors du CAC 40, haut lieu du business et de l’argent. Il faut dire que la cotation d’EDF est passée en quelques années de 87 à 13 euros : 85% de pertes !

Areva fait encore « mieux » : de 82 à 5 euros, 94% de pertes ! Du coup, M. Hollande himself (le type qui va fermer Fessenheim assurément peut-être on verra) espère que les Chinois vont surgir avec de gros chèques pour sauver Areva, juste comme ça, pour être sympas. Sacré blagueur ce Hollande...

Le nucléaire sabordé par les renouvelables, trop massives et trop peu chères !

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Il n’y a pas si longtemps, les nucléocrates raillaient les énergies renouvelables, à la production à la fois « dérisoire » et « ruineuse ». Aujourd’hui, les mêmes dénoncent furieusement la production « bien trop massive » d’électricité renouvelable, laquelle « déstabilise le marché de l’électricité » avec « des tarifs beaucoup trop bas » !

Résultat, le nucléaire n’est plus du tout rentable (l’a-t-il jamais été ?), et même les vieux réacteurs, pourtant amortis de longue date après avoir été en bonne partie financés par l’argent public, ne tiennent pas la comparaison. Cette énergie satanique aurait dû être abandonnée à cause des risques, des déchets radioactifs, de la prolifération, etc, mais ce sont finalement les réalités économiques qui la condamnent.

Il convient néanmoins d’en abréger au plus vite la fin de vie pour s’éviter autant que possible de nouvelles catastrophes, des déchets supplémentaires...

Nucléaire : effets d’annonce et méthode Coué...

Les pronucléaires essaient encore d'y croire......
Les pronucléaires essaient encore d’y croire......

La majorité des « grands » médias français ont annoncé pendant les années 2000 un supposé « grand retour du nucléaire » : les réacteurs devaient pousser comme des champignons partout sur la planète... mais ils ne sont jamais arrivés, même avant le début de la catastrophe de Fukushima.

Pourtant, malgré leur déroute, certains médias continuent (de façon un peu moins arrogante il est vrai) de temps en temps à tenter leur chance. Par exemple, la Tribune avance inconsidérément que « la Chine offre d’incroyables perspectives dans le domaine du nucléaire », tout en reconnaissant que ces affirmations sont écrites « selon la World nuclear association », l’association mondiale des producteurs nucléaires, qui est tout de même « légèrement » partiale dans cette affaire !

Pour sa part, concurrençant l’AFP, l’agence Reuters prétend queAreva et Atomstroyexport vont construire respectivement 6 et 12 réacteurs en Inde. Mais l’entreprise française est en faillite et la russe en fâcheuse posture : sabordée par l’effondrement du prix du pétrole et du gaz, la Russie n’a plus de cash... Vous devinez ce que l’on peut penser des 60 nouveaux réacteurs (!) annoncés sans rire...

C’est encore Reuters qui se colle a promouvoir la énième annonce de lancement du fumeux programme nucléaire de l’Afrique du Sud. Comme celui de la Turquie (voir revues de presse précédentes), il a été maintes fois annoncé avec fracas, et toujours reporté ou annulé (beaucoup plus discrètement).

D’ailleurs, lorsqu’on ne se laisse pas tromper par les titres trompeurs des dépêches, on s’aperçoit vite que l’affaire est encore et toujours au niveau zéro : « La première étape (...) consistera en un appel à propositions ouvert au secteur nucléaire, les propositions éventuelles devant faire l’objet d’un examen détaillé par le gouvernement avant le lancement d’un appel d’offres formel. »

Le prétendu « triomphe » de l’atome est donc pour le moins virtuel, d’autant que l’église catholique sud-africaine demande un référendum sur la question. Si en plus on demande son avis à la population...

Nucléaire, on ferme ! (suite)

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Très peu de nouveaux réacteurs vont être construits sur Terre, donc la survie (provisoire) de cette industrie malfaisante passe par la prolongation de la vie des réacteurs actuels. Or, comme nous l’avons vu dans les revues de presse précédentes, c’est au contraire un mouvement de fermeture des vieux réacteurs qui est engagé.

Pourtant, on nous a dit mille fois que, une fois amortis, les réacteurs deviennent de véritables pépites, des « machines à cash ». La réalité est bien différente : aux USA, 5 réacteurs ont été fermés dernièrement (Crystal River 3, San Onofre 1 et 2, Kewaunee 1, et Vermont Yankee), la centrale de Fitzpatrick va suivre... et beaucoup d’autres après elle : non pas pour des raisons techniques, mais pour absence de rentabilité.

En Suède, deux réacteurs vont être définitivement arrêtés de façon anticipée (cf http://bit.ly/1n04ztX ), eux aussi pour raison financière. En Grande-Bretagne, la vieille centrale de Wylfa a fermé ses portes. Ambiance d’enterrement chez les atomistes...

Projet d’EPR britannique : bientôt l’annulation...

Cameron et la mafia nucléaire franco-britannique
Cameron et la mafia nucléaire franco-britannique

Les lecteurs fidèles de cette revue de presse savent que, alors que la majorité des médias français célèbrent le projet d’EDF de construire deux réacteurs EPR en Grande-Bretagne, l’Observatoire du nucléaire a prédit depuis plusieurs années que ces réacteurs ne verraient jamais le jour.

La Grèce vient d’ailleurs de rejoindre le Luxembourg dans le soutien à la procédure en justice européenne lancée par la très antinucléaire Autriche (bravo !) contre le montage financier « stupéfiant » arrangé entre MM Cameron (« PDG » de la Grande-Bretagne) et Proglio (PDG d’EDF lors de la signature du contrat).

En effet, le nucléaire en général, et le projet EPR en particulier, est tellement déficitaire que Londres a accordé à EDF (avec l’argent des citoyens britanniques !) des conditions financières insensées (plus du double du prix de l’électricité renouvelable) pendant pas moins de 35 ans !

Mais l’affaire est tellement absurde et insensée que, même avec les cadeaux stupéfiants de M. Cameron (dont on ne sait pas, pour le moment, comment il a pu être "convaincu" par EDF), la faillite menace. A tel point que la plus grande inquiétude gagne les salariés d’EDF qui, malgré nos avertissements de l’époque, ont acheté des actions de leur propre entreprise lors de sa transformation en société anonyme en 2005.

Pronucléaires acharnés, voilà ces « salariés-boursicoteurs » qui s’alarment : « EDF Actionnariat Salarié (EAS) demande à EDF de stopper ce projet, dont les risques financiers sont trop importants pour notre entreprise et qui pourrait menacer la survie d’EDF ». Bigre, se pourrait-il que l’Observatoire du nucléaire ait encore une fois vu juste ?

Japon : les mascarades du surgénérateur et de l’usine de retraitement

Le catastrophique surgénérateur de Monju (Japon)
Le catastrophique surgénérateur de Monju (Japon)

La bataille est rude entre les différents pays nucléarisés pour obtenir la palme du ridicule. La France est très bien placée, bien entendu, avec en particulier les désastres des chantiers EPR et ITER (cf ci-dessous).

La Belgique aussi (cf ci-dessus). Mais le nucléaire japonais est un terrible concurrent. Outre la « superbe » catastrophe de Fukushima, on ne peut que reste « admiratif » devant les désastres industriels du surgénérateur de Monju (le Superphénix nippon) et de l’usine de retraitement de Rokkasho.

Le chantier de cette usine a été lancé en 1993, il devait s’achever en 2000, mais la mise en service a été reportée... à 22 reprises ! Série en cours. Des déboires comparables marquent d’ailleurs la construction d’une usine de MOX (combustible nucléaire contenant du Plutonium) commencée sur le même site.

Pour sa part, le surgénérateur de Monju a été achevé en 1991, mais n’a quasiment jamais fonctionné depuis ! Il a quand même réussi causer un accident grave en décembre 1995 et à désintégrer près de 10 milliards de dollars, en attendant la suite. Ce « machin » pourrait finalement être fermé et suivre le destin de notre pauvre Superphénix et de son démantèlement sans fin (cf plus loin).

Avez-vous le droit de vous échapper en cas de catastrophe nucléaire ?

La seule vraie "sûreté" nucléaire : courir vite !
La seule vraie "sûreté" nucléaire : courir vite !

La justice japonaise réserve parfois de bonnes surprises, comme la victoire de cette journaliste française de la NHK (télévision publique nippone) qui, tout en avertissant sa hiérarchie, avait eu le réflexe parfaitement sensé de s’échapper au début de la catastrophe de Fukushima. Les dirigeants de la NHK, assurément soutenus et poussés par ceux du lobby de l’atome, ont voulu la licencier pour bien faire savoir à tout le monde qu’il est hors de question de fuir en cas d’accident nucléaire.

Cette dame sensée a finalement gagné son procès et préservé le droit de s’échapper... mais encore faut-il être informé de ce qui se passe : on a beaucoup glosé sur les mensonges soviétiques lors de Tchernobyl, cependant les omissions du monde dit "libre" ne sont guère plus reluisantes : seuls 16% des habitants de la préfecture de Fukushima ont été informés de l’alerte ! La majorité de la population ne risquait donc pas de prendre ses jambes à son cou.

Idem pour les oiseaux qui peuvent certes s’échapper à tire d’ailes, mais qui hélas ne comprennent pas les messages d’alerte (même lorsqu’ils arrivent). Du coup, rien d’étonnant à ce que, selon une étude publiée dans la revue Scientific Reports, dans la zone d’exclusion de Fukushima, le nombre d’oiseaux est moindre dans les lieux les plus irradiés. Incroyable scoop : la radioactivité tue !

Japon : l’Autorité de "sûreté" au top du ridicule

L'Autorité de "sûreté" nucléaire en plein travail
L’Autorité de "sûreté" nucléaire en plein travail

L’Autorité de sûreté nucléaire japonaise (la NRA : Nuclear Regulation Authority) reconnaît ne pas savoir si les câbles d’équipements de sécurité ont été installés séparément des autres câbles dans les centrales nucléaires dont le redémarrage est envisagé, y compris dans la centrale de Sendai dont les deux réacteurs ont hélas déjà été remis en service.

Le 5 décembre, il a été révélé que les câbles de sécurité dans les centrales nucléaires ne sont pas séparés des autres câbles, une violation des nouvelles normes de sûreté introduites en juillet 2013 par la NRA... qui reconnaît toutefois ne pas vérifier, pour autoriser la relance des réacteurs, que cette exigence cruciale soit respectée. La « sûreté » nucléaire japonaise est donc aussi ridicule que celle qui sévit en France, ou en Belgique, c’est dire.

Le tribunal du district de Fukui, sur la côte ouest, a annulé une injonction judiciaire qui avait bloqué la remise en marche des réacteurs n°3 et n°4 de la centrale de Takahama. Il a également rejeté une plainte visant à bloquer la remise en service de deux des quatre réacteurs de la centrale d’Ohi.

Donc, même si on reste très loin des 54 réacteurs qui fonctionnaient avant le 11 mars 2011, plusieurs centrales japonaises pourraient refonctionner sous peu. En bafouant allègrement les normes de sécurité. Déjà que la danger est immense lorsque ces normes sont respectées, on ne peut que craindre un second Fukushima...

Les catastrophes nucléaires ne finiront jamais

La courageuse Nadezhda Kutepova, réfugiée précaire en France
La courageuse Nadezhda Kutepova, réfugiée précaire en France

Alors que l’on s’approche - déjà ! - du 5ème anniversaire du début de la catastrophe de Fukushima (11 mars 2011), qui ne fait que commencer tout en s’aggravant continuellement, ce sont aussi les 30 ans du début de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986) qui se profilent. Et là aussi, malgré trois décennies passées, la catastrophe continue à se développer : des millions de gens vivent encore dans des zones dangereuses et consomment quotidiennement des produits contaminés. Des enfants nés 20 ou 25 ans après le début du désastre développent des maladies dues à la radioactivité toujours présente partout.

C’est un fait : les catastrophes nucléaires ne finiront jamais, comme démontré de façon stupéfiante par l’une des plus graves, cachée à l’époque par le pouvoir soviétique, celle de Mayak... en 1957 ! Près de soixante ans plus tard (!), les contaminations sont encore effroyables, les victimes d’hier et d’aujourd’hui niées, et les opposants pourchassés, comme la courageuse Nadezhda Kutepova, réfugiée en France dans des conditions précaires. Vous pouvez l’aider ici -> https://www.lepotcommun.fr/pot/y84kk8ja

Les "cadeaux" du nucléaire : transports, démantèlement, déchets

La "solution" pour les déchets nucléaires !
La "solution" pour les déchets nucléaires !

Même si le nucléaire devenait miraculeusement « sûr », il resterait une source d’énergie parfaitement injustifiable du fait de ses graves tares : transports incessants de matières nucléaires (par exemple l’uranium, comme décrit de façon édifiante par Reporterre), production de déchets radioactifs et projets criminels d’enfouissement de ces déchets (mais les opposants continuent courageusement leur combat), et démantèlement sans fin des réacteurs fermés. A ce sujet, on nous annonce qu’il reste « seulement » 13 ans de travaux pour démanteler Superphénix, le surgénérateur catastrophique définitivement arrêté depuis 1997....

ITER : 6 ans de retard supplémentaires (10 au total)... pour le moment !

ITER : tout ça pour ça... et probablement encore moins que ça !
ITER : tout ça pour ça... et probablement encore moins que ça !

Il faudra, le moment venu, faire un grand document sur la folie furieuse qui s’est emparée des « élites » françaises (politiques et médias) au début des années 2000 pour arracher au reste du monde, et en particulier au Japon, la « chance » d’avoir ITER en France. De fusion nucléaire il n’y aura jamais en Provence, mais la fusion des neurones aura été particulièrement réussie.

Aujourd’hui, tout le monde (ou presque) aime Jacques Chirac parce qu’il n’est plus qu’un gentil pépé inoffensif, mais ce fut surtout un politicien réactionnaire (« le bruit et l’odeur ») et VRP des lobbies les plus nuisibles, comme ceux de l’agriculture productiviste (mafia FNSEA) et bien sûr celui du nucléaire.

La construction d’Iter en France est en partie l’oeuvre de Chirac, mais aussi celle de la grande majorité des médias français qui ont repris en choeur la farce du « soleil mis en bouteille » et de « l’énergie propre, sûre, illimitée, et peu chère » (peuchère !).

Depuis 15 ans, nous annonçons que ce projet n’aboutira à rien (cf http://reacteur.iter.free.fr ) à part à désintégrer des sommes inouïes d’argent public. Avec une centaine de citoyens lucides et courageux, nous avions même réussi, le 26 janvier 2006, à saborder le lancement officiel du « débat public » bidon dont le résultat était connu à l’avance (comme toujours dans le nucléaire).

Aujourd’hui, la seule inconnue est de savoir quand le flop absolu d’Iter sera officiellement reconnu. Nul doute d’ailleurs que, comme pour le réacteur EPR et les aventures d’Areva, les mêmes médias qui ont fait le job de la propagande seront les premiers à dénoncer un désastre gigantesque. Et certains n’hésiteront pas à rajouter, sans honte, « On vous l’avait bien dit »...

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