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Publié le 5 mars 2013

Comment l’AIEA tente de tromper l’opinion et les médias juste avant la date « anniversaire » de Fukushima

Lundi 4 mars 2013, à quelques jours du second anniversaire du début de la catastrophe de Fukushima, et pour accréditer l’idée que ce drame n’aurait finalement pas trop affecté l’industrie de l’atome, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) s’est livrée à une opération de propagande et de tromperie en annonçant que "Fin décembre, 437 réacteurs nucléaires fonctionnaient dans le monde".

L’AIEA a assez bien réussi son coup puisque l’on trouve, dans la presse, des titres comme "Hausse des capacités mondiales d’énergie nucléaire en 2012" et même "Le nucléaire a encore proliféré en 2012" (Cf. 20minutes.fr )

Or, pour sa "démonstration", et comme on peut le voir en consultant… son propre site web, l’AIEA a compté :

  • 48 réacteurs japonais qui étaient à l’arrêt fin 2012, dont 41 réacteurs qui n’ont carrément jamais fonctionné en 2012 [1]
  • 2 réacteurs belges qui sont arrêtés depuis la mi-2012 (Doel-3 depuis le 2 juin et Tihange-2 depuis le 16 août), dont les cuves sont fissurées.
  • 2 réacteurs de Corée du Sud qui ont été arrêtés début novembre 2012 après la découverte de milliers de pièces non-conformes, et qui n’ont pas refonctionné de l’année (l’un d’eux a été remis en service début 2013).
  • 1 réacteur britannique (Wylfa-2) qui a cessé définitivement de fonctionner le 25 avril 2012

Sans le moindre scrupule, l’AIEA a compté ces 53 réacteurs dans les 437 qui "fonctionnaient fin 2012", ce qui est parfaitement mensonger.

Au pire, on pourrait comprendre que l’AIEA (dont la mission est de faire de la propagande pour l’atome) compte ensemble tous les réacteurs qui ont fonctionné dans l’année, même ceux qui ont produit très peu. Mais au nom de quoi compter les 41 réacteurs japonais qui n’ont pas fonctionné un seul jour en 2012 ?

De façon insidieuse, en totalisant la puissance de tous les réacteurs, y compris de ceux qui sont restés arrêtés, l’AIEA annonce pour 2012 "une capacité totale de production d’électricité de 372,5 gigawatts, en hausse par rapport à 2011."

Non seulement l’AIEA ment, mais elle fait aussi dans la tromperie en communiquant habilement sur la "capacité de production", fort théorique, et non sur la production elle-même. A titre de comparaison, si vous possédez une automobile et que vous achetez en plus une épave incapable de rouler, et si vous êtes aussi malhonnête que l’AIEA, vous pouvez annoncer fièrement que vous avez doublé votre capacité de déplacement en automobile, ce qui est théoriquement vrai mais formellement mensonger.

L’objectif de l’AIEA est d’arriver à faire croire à l’opinion que la production nucléaire mondiale a augmenté entre 2011 et 2012, alors qu’elle a baissé !

Comme par hasard, le chiffre de la production nucléaire de 2012 n’a pas été publié, et il ne le sera que dans quelques semaines, après que les médias auront parlé de nucléaire à l’occasion du second anniversaire de Fukushima… et hélas repris pour certains la thèse trompeuse de la "hausse" du nucléaire, voire même de sa "prolifération".

Mais nous ne sommes pas condamnés à attendre ce chiffre car nous avons des éléments de comparaison entre 2012 et 2011. Ainsi, nous avons déjà vu que :

  • en 2012, 41 réacteurs japonais n’ont pas fonctionné du tout, et les 9 autres ont fonctionné à peine quelques semaines. Or, en 2011, le parc nucléaire japonais (de 54 réacteurs à l’époque) a fonctionné jusqu’au 11 mars (Fukushima), puis les réacteurs ont été arrêtés peu à peu au fil de l’année, et d’ailleurs sept réacteurs fonctionnaient encore fin 2011.
  • le réacteur britannique Wylfa-2 n’a plus produit après le 25 avril 2012, or il fonctionnait en 2011.
  • deux réacteurs belges sont arrêtés depuis mi-2012 et ont donc peu produit pendant cette année.
  • idem, à un degré moindre, pour deux réacteurs coréens qui sont arrêtés depuis début novembre 2012.

A cela il faut ajouter deux données cruciales :

  • les 8 réacteurs qui ont été définitivement arrêtés en Allemagne après Fukushima ont produit pendant deux mois et demi, début 2011, alors qu’ils n’ont évidemment rien produit en 2012.
  • la production nucléaire française a baissé de 3,8% en 2012 par rapport à 2011 (16 Twh en moins, l’équivalent de la production annuelle de 2 à 3 réacteurs)

De fait, même si quelques réacteurs ont pu être mis en service (en particulier en Chine) fin 2011 et en 2012, il est absolument évident que, contrairement à ce que la propagande de l’AIEA laisse habilement croire, la production mondiale d’électricité nucléaire a baissé en 2012 par rapport à 2011. D’ailleurs, elle avait déjà fortement baissé en 2011 par rapport à 2010 [2] : 112 Twh en moins, l’équivalent de la production annuelle de 20 réacteurs !

A l’occasion du second "anniversaire" de la catastrophe de Fukushima, les médias devraient donc annoncer que la production mondiale d’électricité nucléaire est en forte baisse pour la deuxième année consécutive, à condition de ne pas tomber - comme c’est déjà hélas le cas ici ou là - dans le piège de l’AIEA qui souhaite voire retranscrits ses mensonges et tromperies.

Stéphane Lhomme
Observatoire du nucléaire
Mardi 5 mars 2013


[1Fin 2011, seulement 7 réacteurs japonais fonctionnaient encore (Dépêche Platts 19 décembre 2011). Ils ont été stoppés l’un après l’autre et, le 5 mai 2012, les 50 réacteurs japonais étaient tous à l’arrêt. Les 5 et 20 juillet 2012, 2 réacteurs de la centrale de Ohi ont été remis en service. Ce qui signifie que seulement 9 des 50 réacteurs japonais ont fonctionné en 2012 (et encore, quelques semaines à peine pour la plupart)

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