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Publié le 10 août 2020

Accident nucléaire au magazine Marianne

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Par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire
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Voir l’article de Marianne en fichier lié
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Le magazine Marianne cherche à faire le buzz en insultant les antinucléaires et autres écolos...
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C’est bien connu : lorsqu’un média a besoin d’audience, il lui suffit de faire dans le "disruptif", c’est-à-dire écrire n’importe quoi mais à condition que ce soit à contre courant de la dynamique du moment, et ce afin de faire le "buzz".
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De fait, après le succès des listes écologistes aux élections municipales, la rédaction de Marianne a publié un numéro estival (7 août 2020) élégamment titré "Ces écolos qui virent barjots", et qui agresse délibérément les antinucléaires en les traitant par exemple de "bas du front". Du grand journalisme...
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Personne à Marianne ne pense d’ailleurs un traitre mot de ce qui est écrit car, rappelez-vous, le seul but de l’opération est de vendre du papier. Mais encore fallait-il faire le sale boulot. De fait, la question du nucléaire a été confiée à Louis Nadau, un "journaliste" qui s’acquitte parfaitement de sa mission avec un article pronucléaire tellement bâclé que même les gens du service de communication-propagande d’EDF doivent s’en arracher les cheveux.
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Ainsi, l’auteur commence par présenter sans rire le nucléaire comme une "filière efficace", comme on peut effectivement en juger sur les chantiers sans fin des réacteurs EPR de Finlande (Areva, renommée Orano tant la honte est grande) et de Flamanville (EDF), qui devaient respectivement entrer en service en 2009 et 2012, ne sont toujours pas finis et continuent de démultiplier les malfaçons, retards et surcoûts par milliards. Ou encore dans les usines d’Orano-Areva du Creusot où des milliers de pièces défectueuses - dont la fameuse cuve de l’EPR de Flamanville - ont été produites pendant des années sans que l’ASN - la prétendue "Autorité" de prétendue "sûreté" nucléaire - ne s’aperçoive de quoi que ce soit.
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M. Nadau se ridiculise aussi en présentant le projet Iter (fusion nucléaire) comme susceptible de participer à la préservation du climat : il ignore évidement que, même si par extraordinaire il fonctionnait un jour (comme pour l’EPR, les retards, surcouts et déconvenues industrielles s’accumulent), le réacteur Iter n’est absolument pas prévu pour produire de l’électricité (il en consomme par contre énormément) : son objectif est seulement de maintenir un plasma de fusion pendant 400 secondes, sans que personne ne sache comment récupérer la moindre part de l’énergie mise en jeu. Mais, ayant bâclé son article en dix minutes, l’auteur n’en sait rien. Il aurait mieux fait d’écouter les physiciens eux-mêmes, qui disent : "la fusion nucléaire est une énergie d’avenir… mais elle le restera toujours !"
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Puis le curieux climatologue François-Marie Bréon - qui milite particulièrement, comme par hasard, pour "un grand programme nucléaire" - est mis à contribution pour "régler" en 3 secondes la question pourtant insoluble des déchets radioactifs en avançant "A ma connaissance, ils n’ont jamais tué personne". A lui le prix Nobel de physique !
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Le même bonhomme, décidément fort utile, se révèle être aussi un économiste "hors pair" - le seul à trouver que le nucléaire est peu cher - ainsi qu’un grand expert en gestion des réseaux électriques qui, évidemment, ne sauraient être alimentés correctement sans l’atome.
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Ce plaisantin ignore bien sûr que la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est faible et en déclin rapide, passée de 17,1% en 2001 à 10% à ce jour, une chute libre qui va continuer inexorablement au fil des innombrables fermetures de centrales : la plupart des 400 réacteurs encore en service sur Terre sont en fin de vie et les quelques réacteurs péniblement en chantier ici ou là, principalement en Chine (laquelle investit en réalité beaucoup plus dans les renouvelables), freineront à peine le processus irréversible de déconfiture de l’industrie nucléaire mondiale que même la très pronucléaire AIE (Agence internationale de l’énergie) reconnait (pour s’en désespérer : adieu veaux, vaches, cochons, commissions et retro-commissions...).
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Notons que ce ne sont d’ailleurs pas les antinucléaires, malgré leurs mérites, qui ont eux-mêmes remporté cette bataille : ce sont avant tout les industriels, munis de leurs calculettes, qui se détournent de l’atome, trop cher, trop dangereux (avec la perspective de devoir payer des dédommagements incommensurables), trop centralisé et trop fragile face à l’aggravation des périls climatiques, géopolitiques, terroristes…
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La rédaction de Marianne ne manquera d’ailleurs pas de se pencher dans quelques mois de façon enfin professionnelle sur la question du nucléaire et d’informer correctement ses lecteurs, une fois qu’elle aura fini de se ridiculiser, voire de s’irradier avec des dossiers "bas du front"…
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Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire

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