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Publié le 10 mars 2021

Nucléaire : Nicolas Barré le menteur (Europe1)

Nicolas Barré trompe ses auditeurs en mentant en faveur de l'atome
Nicolas Barré trompe ses auditeurs en mentant en faveur de l’atome

Chacun a le droit d’être pour ou contre le nucléaire, éventuellement d’adorer l’atome et de trouver de façon subjective que c’est une énergie merveilleuse et admirable...

Mais, même pour faire de la propagande pronucléaire, un journaliste professionnel n’a pas le droit de mentir, qui plus est de façon éhontée comme le fait le dénommé Nicolas Barré, cumulard qui sévit aussi mal aux Echos que sur Europe1.

C’est d’ailleurs sur cette radio que, le 10 mars 2021, pour "fêter" à sa façon les dix ans de la catastrophe nucléaire de Fukushima, M. Barré a menti comme un arracheur de dents dans sa chronique (*).

D’emblée, il affirme que "au niveau mondial, l’atome reste une source d’énergie majeure", ce qui est officiellement totalement faux : selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE**), peu soupçonnable de militantisme antinucléaire, bien au contraire, le nucléaire représente 4,9% de l’énergie primaire mondiale. Et si l’on regarde l’énergie dite "finale" (c’est l’autre mode de comptabilisation des énergies), l’atome couvre moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie.

Dans les deux cas, que ce soit 2% ou 4,9%, il est clair que, alors qu’il cause de terribles problèmes (déchets, prolifération à des fins militaires, etc) et risques (catastrophes), le nucléaire est en fait une énergie marginale sur la planète, et en aucun cas " une source d’énergie majeure".

Ensuite, M ; Barré prétend que "dix ans après Fukushima, c’est comme si la catastrophe n’avait rien changé. Le nucléaire représente toujours environ 10% de la production d’électricité au niveau mondial, ça n’a pas bougé." Or, toujours selon l’AIE, en 2010 le nucléaire couvrait 12,9% de la production mondiale d’électricité. Depuis Fukushima, l’atome a donc perdu près d’un quart de sa "part de marché" : qui peut honnêtement prétendre que " ça n’a pas bougé" ?

Pire : après avoir posé qu’il fallait "compenser le caractère intermittent de l’éolien et du solaire", M. Barré ose affirmer qu’ "il n’existe pas d’autres sources non émettrices de CO2 que le nucléaire."

On passera vite sur le fait que le nucléaire est de façon mensongère présenté comme une énergie "non émettrice de co2"  : ses émissions sont certes faibles comparées à celle du charbon mais elles sont en réalité non négligeables, à savoir 6 gCO2/kWh d’après l’Ademe (et plus encore selon d’autres sources).

Mais le mensonge le plus énorme de M. Barré est d’ "oublier" délibérément - à moins qu’il ne soit d’une ignorance et d’une incompétence inouïe ! - l’existence même de l’hydroélectricité. Non seulement cette source émet moins de co2 que l’atome (4 gCO2/kWh d’après l’Ademe) mais elle produit sur la planète beaucoup plus d’électricité que le nucléaire  : selon l’Agence internationale de l’énergie, l’hydroélectricité a produit 4325 Twh en 2018 contre seulement 2710 Twh par le nucléaire.

De fait, prétendre qu’ "il n’existe pas d’autres sources non émettrices de CO2 que le nucléaire" est de la part de M. Barré une tromperie manifeste de ses auditeurs, de toute évidence pour leur faire croire de façon mensongère que l’on ne pourrait se passer de l’atome, ce qu’il prétend d’ailleurs de façon "triomphale" en conclusion : "La seule manière de développer le renouvelable à grande échelle, si l’on veut viser zéro émission de CO2, c’est de le coupler avec du nucléaire."

Ce à quoi nous répondrons que la seule façon d’informer honnêtement les auditeurs et lecteurs est de retirer à M. Barré sa carte de presse et de le remplacer par quelqu’un d’honnête.

Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
Le 10 mars 2021

(*) https://www.europe1.fr/emissions/L-edito-eco2/10-ans-apres-fukushima-le-nucleaire-nest-pas-mort-4030386
(**) Key world energy statistics, publication annuelle de l’AIE. Voir les éditions 2012 et 2020 (qui présentent respectivement les chiffres de 2010 et de 2018) pour comparer l’avant Fukushima à la situation actuelle.

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