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Publié le 4 décembre 2012

Comment EDF a menti dès 2005 pour obtenir la décision de construire l’EPR

  • Le coût de l’EPR annoncé au départ par EDF était de 2,8 milliards.
  • Les mensonges d’EDF ne concernaient pas seulement le prix de l’EPR.

EDF vient d’annoncer que le réacteur EPR en construction à Flamanville (Manche) coûterait 8,5 milliards, soit 2 milliards de plus… que lors de la précédente estimation, quelques mois plus tôt. En réalité, le surcoût à ce jour (il serait très surprenant qu’il n’y ait pas bientôt de nouvelles augmentations) est de 5,7 milliards.

En effet, le premier chiffre avancé par EDF en 2005 était de 2,8 milliards
(lire le Le Projet Flamanville 3), Le chiffre actuel de 8,5 milliards est donc le triple du prix annoncé au départ.

L’Etat étant l’actionnaire principal d’EDF (et même actionnaire unique jusqu’en 2005), l’aval des parlementaires était indispensable pour le lancement du chantier de l’EPR, ce qui a été le cas avec l’adoption de la Loi d’orientation sur l’énergie (LOE) de 2005 qui précise :
"L’Etat se fixe donc trois priorités. La première est de maintenir l’option nucléaire ouverte à l’horizon 2020 en disposant, vers 2015, d’un réacteur nucléaire de nouvelle génération"

Pour obtenir l’aval des parlementaires, EDF a lourdement menti sur le prix de l’EPR : ce dernier aurait-il été accepté si le coût de 8,5 milliards (à ce jour) avait été connu ?

Pire : pour éviter tout doute quant au coût réel, comme on peut le voir dans les documents publiés à la même époque par EDF pour le Débat public officiel (organisé par la Commission nationale du Débat public) en 2005 :

  • EDF a prétendu que le prix annoncé intégrait "les coûts de développement de l’EPR" :
    "En intégrant les coûts de développement de l’EPR, le projet “Flamanville 3” représente un investissement de l’ordre de 3 milliards d’euros."
    (Voir synthèse du débat public)
  • EDF a prétendu maîtriser "les coûts de construction de ses nouveaux ouvrages." :
    "Au fil du temps, EDF est devenu le véritable architecte de ses centrales. Cette compétence est stratégique pour l’entreprise car elle lui permet de faire évoluer son parc en maîtrisant les coûts de construction de ses nouveaux ouvrages."
    (Cf. page 3 du document PDF)
    "Au fil du temps, EDF a développé des compétences d’ingénierie et d’exploitation de centrales nucléaires. Ces compétences sont stratégiques pour l’entreprise. Elles lui permettent, aujourd’hui, d’être à la fois l’architecte et l’exploitant de ses centrales, d’avoir ainsi une pleine maîtrise de la sûreté et des coûts tout au long de la vie des installations."
    (Cf. page 3 de la synthèse du débat public)

Le décret de création de l’EPR, signé par le premier ministre de Villepin… 10 jours avant l’élection présidentielle de 2007, précise bien que la décision est prise, entre autre :


Vu la demande présentée le 9 mai 2006 par EDF et les dossiers joints à cette demande ;
Vu le compte rendu et le bilan du débat public organisé du 19 octobre 2005 au 18 février 2006 ;


(Cf. le texte du décret)

La décision a donc bien été prise… "vu les mensonges d’EDF" ! Bien sûr, les partis politiques qui se partagent le pouvoir depuis des décennies (principalement le PS et le RPR devenu UMP) sont pronucléaires, et leurs parlementaires votent mécaniquement tout texte qui soutient le lobby de l’atome.

Pour autant, il est injustifiable que les parlementaires, et plus généralement tous les citoyens, aient été trompés par EDF sur le prix de l’EPR. Car EDF savait parfaitement qu’il était impossible de construire un réacteur en 5 ans et à 3 milliards…

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