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Publié le 30 janvier 2010

Le nucléaire français : 40 ans de déconvenues

Contrairement à ce qui est prétendu depuis des décennies, la France ne fait aucunement preuve de maestria dans le secteur nucléaire :

  • C’est peu connu, mais 54 des 58 réacteurs nucléaires français sont en réalité américains : au début des années 1970, c’est la technologie de Westinghouse qui a été choisie (et payée fort cher) par EDF au détriment de la filière française "graphite-gaz" développée par le Commissariat à l’énergie atomique. Cf par exemple ici, page 10. Extrait : "De 1958 à 1981, Westinghouse nous a apporté l’appui technique déterminant sans lequel nous n’aurions pu acquérir la maîtrise de cette technique." CQFD.
  • L’usine d’enrichissement de l’uranium, actuellement en construction au Tricastin (Drôme), va utiliser des centrifugeuses payées par Areva à son concurrent Urenco (Allemagne, Pays-Bas, Grande-Bretagne) : contrairement à divers pays dont l’Iran, la France nucléaire ne maîtrise pas le technologie des centrifugeuses. Cf par exemple ici. Extrait "La technologie retenue est celle de l’enrichissement par centrifugation, un dispositif acheté auprès du du consortium Urenco. Les centrifugeuses installées à l’usine GB2 en 2009 seront tout simplement les mêmes que les 200 000 machines présentes en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Allemagne". CQFD
  • Aucune solution n’existe pour les déchets nucléaires produits depuis cinquante ans en France : les envoyer en Sibérie (comme le fait EDF, voir par exemple ici) ou les enfouir dans le sous-sol (comme c’est prévu à Bure, dans la Meuse, voir par exemple ici) sont des options irresponsables mais en aucun cas des solutions.
  • EDF peine à exploiter correctement son parc de 58 réacteurs dont la disponibilité est tombée à 75 % (voir par exemple ici) lorsque d’autres pays (Belgique, USA) sont à plus de 90 %. Cela signifie que, en France, un réacteur nucléaire est arrêté un jour sur quatre en moyenne. Et dire que les pro-nucléaires reprochent aux éoliennes de ne pas tourner tout le temps…
  • Les réacteurs purement français ont connu des déconvenues majeures : abandon de la filière "graphite-gaz" sus-citée (dont une dizaine d’exemplaires, arrêtés depuis des décennies, restent à démanteler), le surgénérateur Superphénix (10 milliards d’euros gaspillés en vain, voir par exemple ici), et actuellement l’EPR (réacteur nucléaire de troisième génération) qui connaît les pires déboires sur les chantiers de Finlande et de Flamanville (Manche), voir par exemple ici.
  • L’EPR a d’ailleurs été recalé par l’émirat d’Abu Dhabi qui a préféré des réacteurs sud-coréens, certes moins chers mais surtout un peu moins dangereux : le contrôle commande de l’EPR a été recalé par différentes autorités de sûreté (Grande-Bretagne, Finlande, USA, voir par exemple ici), la résistance à un crash d’avion est mise en cause par des documents issus d’EDF (voir par exemple ici), etc.

L’industrie nucléaire française n’est donc pas la "championne" si souvent vantée, bien au contraire. Il est donc tragique de voir les japonais, confrontés au drame en cours à Fukushima, demander l’aide de l’industrie nucléaire française, certainement... une des moins qualifiées pour intervenir !

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