Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Climat : le nucléaire est médusé

7 septembre 2026

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Alors que ses pro­mo­teurs pré­tendent encore que le nucléaire serait un moyen fiable de pro­duire de l’élec­tri­ci­té, les évè­ne­ments démontrent clai­re­ment que ce n’est pas ou plus le cas.

Ainsi, en cet été 2026 qui est una­ni­me­ment décrit comme cani­cu­laire mais qui sera sous peu consi­dé­ré comme en fait très ordi­naire, divers pays nucléa­ri­sés sont obli­gés de bais­ser la puis­sance de leurs réac­teurs nucléaires voire de les arrê­ter.

Il n’est ain­si pas du tout anec­do­tique de noter que trois réac­teurs de la cen­trale nucléaire de Gravelines (Nord) ont dû être arrê­tés en urgence le 11 août de par l’as­pi­ra­tion, dans les cir­cuits de refroi­dis­se­ments, de mil­liers de méduses.

En effet, ces mal­heu­reux orga­nismes - impi­toya­ble­ment broyés par EDF - se démul­ti­plient sous l’ef­fet du réchauf­fe­ment des océans : cet évè­ne­ment, qui s’é­tait déjà pro­duit au même endroit un an aupa­ra­vant jour pour jour, est donc appe­lé à se repro­duire de plus en plus sou­vent.

Par ailleurs, sous l’ef­fet de la cha­leur, l’eau de divers fleuves et rivières - Danube, Rhône, Meuse, Moselle, Garonne, etc - est trop chaude ou bien son débit est trop faible pour pou­voir refroi­dir cor­rec­te­ment les réacteurs.

Parfois, il s’a­git « seule­ment » de res­pec­ter les normes envi­ron­ne­men­tales car, peu de gens le savent encore, les cen­trales nucléaires rejettent dans les rivières et les océans des quan­ti­tés mas­sives de pro­duits chi­miques et radio­ac­tifs, le tout dans une eau réchauf­fée qui menace la faune et la flore.

Tous ces pro­duits très pol­luants - alors que le nucléaire est sou­vent pré­sen­té comme une éner­gie « propre » ! - se diluent d’au­tant moins que le débit est faible.

Les auto­ri­tés de sûre­té, à com­men­cer par la très indul­gente ASNR fran­çaise, accordent aux exploi­tants toutes les déro­ga­tions qu’ils exigent mais, lorsque l’eau vient ou vien­dra à man­quer, même les décrets les plus com­plai­sants seront inopérants.

Nous conseillons d’ailleurs de sur­veiller atten­ti­ve­ment le débit de la Loire, rame­né par endroits à un filet d’eau. Ce sont quatre cen­trales - Belleville, Dampierre, Saint-Laurent et Chinon - qui sont en sur­sis. Les diri­geants d’EDF prient pour l’ar­ri­vée de pluies mira­cu­leuses mais, même si c’est le cas cette année, le miracle ne se repro­dui­ra pas tous les ans.

La véri­té est en effet que le réchauf­fe­ment du cli­mat condamne irré­mé­dia­ble­ment le fonc­tion­ne­ment des 38 réac­teurs fran­çais situés en bord de rivières. Quant aux 19 autres, situés en bord de mer ou d’es­tuaire, c’est le risque de sub­mer­sion qui les menace de plus en plus au fur et à mesure de la mon­tée du niveau des océans cau­sée par le réchauffement.

Nous en avons déjà eu un petit aper­çu dans la nuit du 27 au 28 décembre 1999 lorsque la cen­trale giron­dine du Blayais a été gra­ve­ment inon­dée et a frô­lé, douze ans à l’a­vance, le sce­na­rio dra­ma­tique sur­ve­nu en 2011 à Fukushima (Japon).

Pourtant, bien que tota­le­ment décon­si­dé­ré et finis­sant, le pou­voir macro­nien tente, avec la com­pli­ci­té de la direc­tion d’EDF, de rendre irré­ver­sible le lan­ce­ment d’un pro­gramme de nou­veaux réac­teurs : les fameux EPR2, qua­si iden­tiques à l’EPR qu’EDF ne par­vient tou­jours pas à faire fonc­tion­ner à Flamanville… alors que cela devait être théo­ri­que­ment le cas dès 2012 !

Le pro­blème n’est pas seule­ment l’in­ca­pa­ci­té d’EDF - démon­trée sur plu­sieurs chan­tiers en France et en Angleterre - à construire ses propres réac­teurs, et le finan­ce­ment injus­ti­fiable de ces pro­jets par le « vol » déli­bé­ré de l’argent du Livret A, pour­tant pré­vu pour le loge­ment social.

Le pro­blème est que, si par extra­or­di­naire EDF retrouve la notice et par­vient à construire cor­rec­te­ment des réac­teurs, ces der­niers com­men­ce­ront à fonc­tion­ner dans les années 2040 et 2050.

MM Macron, Lecornu et Fontana (le Pdg d’EDF) vont-il expli­quer aux gens qui crèvent de cha­leur désor­mais tous les étés, que la situa­tion pour­rait s’a­mé­lio­rer dans 25 ou 30 ans ?

Tout le monde sait que c’est immé­dia­te­ment qu’il faut agir, à défaut de l’a­voir fait depuis de nom­breuses années mal­gré les mul­tiples aver­tis­se­ments lan­cés par les anti­nu­cléaires et autres éco­los aujourd’­hui accu­sés de tous les maux… pour la simple rai­son qu’ils les ont annon­cés et dénon­cés en premier !

Au lieu de cap­ter encore une fois des dizaines voire des cen­taines de mil­liards pour les offrir à l’in­dus­trie nucléaire, les diri­geants poli­tiques doivent lan­cer immé­dia­te­ment des plans de déve­lop­pe­ment des éner­gies renou­ve­lables (sans pour autant défo­res­ter pour ins­tal­ler des parcs solaires !), d’a­dap­ta­tion au chan­ge­ment cli­ma­tique et sur­tout, grande absente des dis­cours et actes de la plu­part de poli­ti­ciens, de sobrié­té.

Nous n’a­vons pas la place ici - il fau­dra une autre tri­bune - pour expli­ci­ter pour­quoi la fuite en avant macro­nienne vers le « tout élec­trique » est une héré­sie qui ne peut mener qu’à une nou­velle impasse, sur­tout quand il s’a­git de faire venir des centres de don­nées (data cen­ters) qu’il fau­dra ali­men­ter mas­si­ve­ment et en conti­nu… au lieu de répondre aux besoins vitaux de la popu­la­tion.

Ces der­nières années, nous avons noté des effets d’an­nonces de construc­tion de réac­teurs nucléaires dans divers pays du monde. Il faut croire que, pour la plu­part des pré­si­dents, rois, guides ou sur­tout dic­ta­teurs, par­ler de nucléaire confère encore un cer­tain prestige.

Mais heu­reu­se­ment, la réa­li­té est bien dif­fé­rente : la quasi-totalité de ces annonces ne sont sui­vies d’au­cun effet et, don­née publique et recon­nue par les agences inter­na­tio­nales, la part du nucléaire dans la pro­duc­tion mon­diale d’élec­tri­ci­té est pas­sée de 17,1% en 2001 à 8,85% en 2025 : ce n’est pas une baisse mais un véri­table effon­dre­ment, qui se pour­suit inexo­ra­ble­ment année après année. Pendant ce temps, la part des éner­gies renou­ve­lables approche des 40% et monte de façon exponentielle.

Il est donc grand temps d’annu­ler tous les pro­jets nucléaires, à com­men­cer le pro­gramme fran­çais EPR2 et, au lieu de res­ter médu­sés, de se pro­je­ter dans l’a­dap­ta­tion au cli­mat bru­lant qui nous frappe déjà et attend nos descendants…