Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Nucléaire : les fanfaronnades de Mme Pannier-Runacher, « Tartarine des électrons »

8 janvier 2024 · Stéphane Lhomme

La ministre se rêve « un des­tin à la Giscard » et croit pou­voir lais­ser son nom dans l’Histoire en par­se­mant le pays de réac­teurs nucléaires qui, pour la plu­part, ne ver­ront en réa­li­té jamais le jour.

.

Dans l’édition du dimanche 7 jan­vier 2024 du quo­ti­dien La Tribune, la ministre de la Transition éner­gé­tique, Mme Pannier-Runacher, s’est à nou­veau ridi­cu­li­sée par des fan­fa­ron­nades en faveur du nucléaire, dans la lignée de ses pré­cé­dentes déclarations.

Ainsi, alors qu’Areva (deve­nue Orano) et EDF ont démon­tré leur totale inca­pa­ci­té à construire des réac­teurs nucléaires sans que la durée des chan­tiers et leurs bud­gets ne soient mul­ti­pliés de façon insen­sée, Mme Pannier-Runacher avance sans rire qu’EDF va non seule­ment par­ve­nir à construire les 6 EPR annon­cés par M. Macron dans son dis­cours du 10 février 2022, mais que beau­coup d’autres réac­teurs seront ensuite construits.

Ainsi, la ministre annonce l’équivalent de 8 autres EPR, voire plus encore, mais « sans gra­ver dans le marbre telle ou telle tech­no­lo­gie » : Mme Pannier-Runacher pour­rait donc sor­tir de son cha­peau magique un mys­té­rieux nou­veau modèle de réac­teur, dont per­sonne n’a enten­du par­ler, à moins qu’elle n’entende com­man­der des cen­trales à Pékin ou Moscou.

M. Macron et Mme Pannier-Runacher ne sont pas les seuls à se ridi­cu­li­ser : ces der­niers mois, plu­sieurs diri­geants poli­tiques de divers pays se sont eux aus­si lais­sé aller à faire des effets d’annonce concer­nant la construc­tion de cen­trales, étant clai­re­ment igno­rants de la sombre réa­li­té de l’industrie atomique.

Ainsi, selon les sta­tis­tiques les plus offi­cielles (en par­ti­cu­lier celles de l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie), la part du nucléaire dans la pro­duc­tion mon­diale d’électricité est pas­sée de 17,1% en 2001 à 9,2% en 2022. Ce véri­table effon­dre­ment va d’ailleurs conti­nuer avec la fer­me­ture iné­luc­table de plus de 150 réac­teurs anciens dans les 10 ans à venir et avec l’incroyable essor des éner­gies renouvelables.

En effet, après avoir été long­temps raillées, les éner­gies renou­ve­lables battent par­tout dans le monde des records de pro­duc­tion à des tarifs remar­qua­ble­ment bas, sub­mer­geant le nucléaire dont, a contra­rio, les coûts montent en flèche. Les récentes annonces d’un tri­ple­ment de la capa­ci­té mon­diale du nucléaire relèvent de la pure science-fiction, le simple main­tien du niveau actuel sem­blant déjà inatteignable.

Appuyée sur ce dos­sier par le RN, les Républicains et le Parti com­mu­niste, la macro­nie est en train de faire man­quer à la France le train des éner­gies renou­ve­lables et à per­sis­ter bête­ment dans la voie de garage du nucléaire

Mme Pannier-Runacher pousse l’aveuglement jusqu’à décla­rer que « l’invasion de l’Ukraine nous a rap­pe­lé à quel point il était impor­tant de se pro­té­ger des aléas géo­po­li­tiques », oubliant que la cen­trale nucléaire de Zaporidja est l’objet de bom­bar­de­ments et que, par­se­mée de cen­trales, la France est d’une totale vul­né­ra­bi­li­té face à d’éventuels ennemis.

Tout à son « des­tin », la ministre ne sait pas encore qu’elle ne ver­ra jamais les 6 à 14 EPR annon­cés, et encore moins les réac­teurs sup­plé­men­taires dont elle rêve pour se croire impor­tante. En revanche, on peut hélas pen­ser qu’EDF va pou­voir lan­cer les chan­tiers de deux EPR à Penly (Seine-Maritime), qui ne man­que­ront pas de tour­ner au désastre indus­triel et finan­cier, sui­vant le dra­ma­tique exemple des EPR de Finlande, de Flamanville et d’Hinkley Point (Angleterre).

Les retards et sur­coûts des deux EPR en ser­vice en Chine ont été moindres mais néan­moins très impor­tants, et les graves dys­fonc­tion­ne­ments de ces réac­teurs - dont le pre­mier est arrê­té depuis des mois suite à d’importantes fuites radio­ac­tives - ne man­que­ront pas de se pro­duire sur les autres exem­plaires… si EDF par­vient tou­te­fois à les mettre en service !

En fin de compte, il assez plau­sible que Mme Pannier-Runacher laisse effec­ti­ve­ment son nom dans l’Histoire de France, avec M. Macron et les diri­geants d’EDF, mais ce sera pour avoir aveu­glé­ment cru en l’atome et avoir plon­gé la France dans une dra­ma­tique impasse énergétique.