Observatoire du nucléaire

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Nucléaire / EPR : le gouvernement profite de la crise du Coronavirus pour accorder 4 ans de plus à EDF…

27 mars 2020 · Stéphane Lhomme

Un décret publié ce jour au Journal offi­ciel accorde un nou­veau délai à EDF pour ten­ter de mettre en ser­vice le réac­teur mau­dit en chan­tier à Flamanville depuis 2008

Illustration non retrou­vée dans les archives

Le chan­tier du réac­teur nucléaire EPR, lan­cé en 2008 à Flamanville (Manche), devait être ache­vé en 2012. Le 10 avril 2007, entre les deux tours de l’élection pré­si­den­tielle, le pre­mier ministre De Villepin pen­sait donc avoir vu très large en accor­dant 10 ans à EDF pour mettre le réac­teur en service.

Or, les mal­fa­çons et autres erreurs ont été si nom­breuses que, en 2017, le gou­ver­ne­ment a été ame­né à accor­der en catas­trophe 3 ans de plus à EDF pour ache­ver le chan­tier, jusqu’au 10 avril 2020, sans remettre en cause ce chan­tier mal­gré l’explosion expo­nen­tielle de son coût, pas­sé de 2,8 mil­liards (*) à plus de 12 milliards .

Mais les nou­velles décon­ve­nues ren­con­trées par EDF, en par­ti­cu­lier les fameuses sou­dures défec­tueuses qui doivent encore être répa­rées (à sup­po­ser que ce soit pos­sible pour 8 d’entre elles, extrê­me­ment dif­fi­ciles à reprendre), ont entraî­né de nou­veaux retards, ren­dant à nou­veau insuf­fi­sant le délai pour­tant géné­reu­se­ment accordé.

C’est avec le plus grand cynisme que le gou­ver­ne­ment Macron/Philippe pro­fite de ce que l’actualité est obé­rée par l’affaire du Coronavirus pour accor­der cette fois à EDF quatre ans de plus.

Pourtant, encore plus que celle de 2017, une telle ral­longe ne va abso­lu­ment pas de soi : les condi­tions éco­no­miques, indus­trielles et finan­cières qui pré­va­laient en 2007 ont radi­ca­le­ment chan­gé. En par­ti­cu­lier, le coût de la pro­duc­tion d’électricité renou­ve­lable s’est effon­dré alors que cette pro­duc­tion est deve­nue mas­sive. Entre temps, ayant été conçu au début des années 1990, le réac­teur EPR est deve­nu un véri­table dino­saure, même du point de vue pronucléaire.

Il est donc abso­lu­ment néces­saire qu’un débat public soit orga­ni­sé pour envi­sa­ger l’arrêt défi­ni­tif de ce chan­tier. Bien sûr, un tel arrêt signi­fie­rait que des mil­liards ont été gas­pillés en vain, mais c’est de toute façon déjà le cas : avant même la mise en chan­tier de l’EPR, les groupes anti­nu­cléaires affir­maient que ce pro­jet était une ineptie.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’il est immen­sé­ment plus simple de déman­te­ler un réac­teur qui n’a pas été mis en ser­vice et qui n’est donc pas radio­ac­tif. Il est donc par­fai­te­ment sen­sé de mettre un terme au chan­tier de l’EPR plu­tôt que de lais­ser EDF conti­nuer à englou­tir en vain des mil­liards qui seraient tel­le­ment plus appro­priés dans les plans d’économies d’énergie et de déve­lop­pe­ment des éner­gies renouvelables.

(*) Premier chiffre annon­cé par EDF, cf https://observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article41