Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Nouveau retard pour le réacteur nucléaire EPR : l’autorisation de mise en service est (encore) caduque !

20 juin 2019 · Stéphane Lhomme

Une nou­velle pro­lon­ga­tion, après celle obte­nue de jus­tesse par EDF de 2017 à 2020, semble impos­sible à jus­ti­fier : il faut reprendre toute la pro­cé­dure à zéro ou, mieux, déci­der enfin d’abandonner l’EPR de Flamanville…

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En avril 2007, en accor­dant 10 ans à EDF pour construire l’EPR et le char­ger en com­bus­tible, le pre­mier ministre Villepin pen­sait assu­ré­ment avoir fait preuve de la plus grande pru­dence sachant qu’EDF pré­ten­dait construire le réac­teur en seule­ment 4 ans et demi.
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Or, de mal­fa­çons et défec­tuo­si­tés, de fautes mineures en graves erreurs, le chan­tier a dépas­sé la date limite du 10 avril 2017. En catas­trophe, et en fai­sant preuve de la plus grande com­plai­sance pour EDF, le pre­mier ministre Bernard Cazeneuve a publié le 24 mars 2017 un décret rec­ti­fi­ca­tif se conten­tant de pré­ci­ser qu’ « Au II de l’article 3 du décret du 10 avril 2007 sus­vi­sé, le mot : « dix » est rem­pla­cé par le mot : « treize ». »
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Un simple chan­ge­ment de mot pour accor­der 3 ans de plus sans l’ombre d’une éva­lua­tion de la situa­tion qui, pour­tant, a consi­dé­ra­ble­ment évo­lué depuis 2007 : cuve de l’EPR défec­tueuse, catas­trophe de Fukushima, forte aug­men­ta­tion du prix de l’électricité nucléaire, effon­dre­ment du coût des éner­gies renou­ve­lables, situa­tion finan­cière d’EDF, etc.
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Saisi par l’Observatoire du nucléaire et d’autres asso­cia­tions, le Conseil d’Etat a fina­le­ment consen­ti à vali­der en avril 2019 la pro­lon­ga­tion de 3 ans de l’autorisation de créa­tion. Mais ce tour de passe-passe, déjà dif­fi­ci­le­ment jus­ti­fiable, semble impro­bable à réédi­ter, sauf si le Conseil d’Etat sou­haite tota­le­ment se ridiculiser.
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Après une nou­velle grave mal­fa­çon (d’importantes sou­dures mal réa­li­sées), l’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN), elle-même gra­ve­ment ridi­cu­li­sée par sa déci­sion de vali­da­tion de la cuve défec­tueuse de l’EPR, n’a pas eu d’autre choix que d’exiger la répa­ra­tion de ces sou­dures, opé­ra­tion très com­plexe sus­cep­tible d’endommager le réacteur.
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Persistant dans le déni de son incom­pé­tence, la direc­tion d’EDF annonce sim­ple­ment ce jour que la mise en ser­vice du réac­teur aura lieu cette fois en 2023, tablant pro­ba­ble­ment sur un nou­veau décret de conve­nance se conten­tant de rem­pla­cer le mot « treize » par « seize », ou « dix-sept », et pour­quoi pas « vingt » ou même « trente » pour plus de précautions ?!
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En réa­li­té, il est encore plus injus­ti­fiable aujourd’hui qu’en 2017 de récom­pen­ser l’incompétence de l’industrie nucléaire en accor­dant à EDF la pro­lon­ga­tion exi­gée : la situa­tion de l’EPR dans le contexte éner­gé­tique et indus­triel a encore évo­lué. Plus que jamais, la concep­tion de l’EPR, datant du début des années 90, en fait un dino­saure sans même qu’il ne soit terminé.
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Il va désor­mais être inté­res­sant de voir si l’ASN, le gou­ver­ne­ment et le conseil d’Etat vont conti­nuer à se ridi­cu­li­ser ou si l’une au moins de ces ins­ti­tu­tions va finir par prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés et mettre fin à la fuite en avant d’EDF.
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La moindre des choses serait d’imposer à EDF de refaire tota­le­ment la pro­cé­dure de créa­tion (ce qui pren­drait à nou­veau des années), en tenant compte de l’importante évo­lu­tion de la situa­tion depuis 2007. Mais le plus rai­son­nable est de mettre enfin un terme à l’aventure de l’EPR de Flamanville.
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Certes, il est déplo­rable que près de 12 mil­liards d’euros soient gas­pillés en vain dans ce chan­tier, mais il est clair que cet argent sera tout aus­si gas­pillé si l’EPR est un jour mis en ser­vice, avec de graves consé­quences pos­sibles et pro­bables : acci­dent nucléaire, désastre finan­cier, pro­duc­tion de déchets radio­ac­tifs, réac­teur irra­dié à déman­te­ler (il est immen­sé­ment moins pro­blé­ma­tique et cher de déman­te­ler un réac­teur qui n’a pas été mis en ser­vice). Affaire à suivre…