Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Actualité du nucléaire - Automne 2018

2 décembre 2018 · Stéphane Lhomme

Actualité du nucléaire - Automne 2018

[*Cigéo / Bure : labo­ra­toire du tota­li­ta­risme d’Etat*]

Pour impo­ser Cigéo, l’Etat nucléaire écrase l’opposition
Reporterre, 18 octobre 2018 : https://bit.ly/2KQ4LJG

Bure : un vil­lage pai­sible deve­nu une obses­sion sécuritaire

Libération, 14 novembre 2018 : https://bit.ly/2rhtugO

L’affectation dou­teuse de plu­sieurs mil­lions d’euros issus de la « cagnotte » nucléaire Cigéo
Bastamag, 26 octobre 2018 : https://bit.ly/2Q5VDGK

Jean-Pierre Remmele était un homme digne et droit

Dossier de VilleSurTerre, 28 octobre 2018 : https://bit.ly/2Sm7gWr

La France n’est peut-être pas encore une dic­ta­ture, certes, mais elle en prend clai­re­ment le che­min et expé­ri­mente même le tota­li­ta­risme d’État dans cer­taines zones, comme par exemple autour du site Cigeo d’enfouissement des déchets radio­ac­tifs à Bure (Meuse).

Il faut déjà se rap­pe­ler que, pro­fi­tant cyni­que­ment des récentes cam­pagnes d’attentats qui ont eu lieu en France, le pou­voir a inté­gré dans la loi « ordi­naire » des mesures gra­ve­ment liber­ti­cides rele­vant de l’État d’urgence.

S’il était déjà légi­time de contes­ter la per­ti­nence de ces mesures en situa­tion d’État d’urgence, que dire main­te­nant qu’elles sont deve­nues « nor­males » ? Eh bien il faut dire que l’État fran­çais mène autour de Bure une ignoble chasse aux oppo­sants (qui n’ont pour­tant rien à voir avec des ter­ro­ristes), usant de gardes à vue pro­lon­gés, de per­qui­si­tions sans pas­ser par la déci­sion d’un juge, de mul­tiples mesures admi­nis­tra­tives aus­si liber­ti­cides qu’injustifiées.

C’est dans ce contexte nau­séa­bond qu’un homme droit a tiré sa révé­rence : Jean-Pierre Remmele, long­temps maire de Bonnet (près de Bure), un des rares maires du coin à ne pas s’être lais­sé ache­ter par l’argent sale déver­sé par l’Andra (Agence pour la ges­tion des déchets radioactifs).

La pirouette est facile, certes, mais dif­fi­ci­le­ment contes­table : le site du Bure est avant tout un labo­ra­toire d’enfouissement de la démo­cra­tie. Cela se passe en 2018, en France.

[*

Le déclin irré­ver­sible du nucléaire sur Terre
*]

« Le nucléaire est en voie de disparition »
Rapport World Nuclear Industry Status Report 2018 : https://bit.ly/2OYVzTI

L’énergie nucléaire jugée de moins en moins com­pé­ti­tive… par l’AIEA !

AFP, 10 sep­tembre 2018 : https://bit.ly/2P1750O

L’industrie nucléaire est mori­bonde (par l’Observatoire du nucléaire)

Le Monde, 23 novembre 2018 : https://lemde.fr/2QxQV3G

Pendant que les « élites » fran­çaises croient encore pou­voir per­pé­tuer la poli­tique ato­mique lan­cée il y a 70 ans par De Gaulle (voir ci-dessous), le nucléaire s’effondre par­tout où il est pré­sent sur Terre : annu­la­tion de la quasi-totalité des pro­jets de construc­tion, fer­me­tures de plus en plus nom­breuses des réacteurs

Les fidèles lec­teurs de cette revue de presse pour­ront en témoi­gner : cela fait des années que nous signa­lons que, mal­gré les innom­brables effets d’annonce des indus­triels de l’atome, l’énergie nucléaire n’a plus aucun ave­nir (hor­mis par ses conta­mi­na­tions et ses déchets !)

Eh bien aujourd’hui, c’est sous la plume de l’AIEA (Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique) que l’on peut lire : « L’énergie nucléaire fait face à une baisse de com­pé­ti­ti­vi­té qui pour­rait se tra­duire par une chute de plus de 10% du parc mon­dial de réac­teurs d’ici à 2030 ».

Alors certes, l’organe prin­ci­pale du lob­by de l’atome tente encore de don­ner le change en uti­li­sant le condi­tion­nel et en limi­tant la chute à envi­ron 10 % (ce sera en réa­li­té bien plus). Mais, il y a encore peu, ces gens s’amusaient à publier des pré­vi­sions sidé­rantes de déve­lop­pe­ment du nucléaire un peu par­tout sur Terre.

Mais désor­mais, même avec la pire des mau­vaises foi, il n’est plus pos­sible de cacher la véri­té, elle même mar­te­lée année après année par le World Nuclear Industry Status Report diri­gé par l’excellent Mycle Schneider, ou par l’Observatoire du nucléaire par exemple dans une nou­velle tri­bune publiée par Le Monde.
[*


PPE : Les diri­geants fran­çais contre le sens de l’Histoire !
*]

Macron ren­voie la baisse du nucléaire à ses successeurs

Reporterre, 28 novembre 2018 : https://bit.ly/2SlOzCo

L’industrie nucléaire est mori­bonde (par l’Observatoire du nucléaire)
Le Monde, 23 novembre 2018 : https://lemde.fr/2QxQV3G

L’« effet falaise », ou pour­quoi il faut pré­pa­rer des fer­me­tures de cen­trales nucléaires

Le Monde, 21 novembre 2018 : https://lemde.fr/2DRikYI

Nucléaire : ces signes de vieillis­se­ment qu’EDF vou­drait faire disparaître

Médiapart,12 sep­tembre 2018 : https://bit.ly/2CKlhKA

Déjà confron­té au mou­ve­ment des « gilets jaunes », lequel a démar­ré à pro­pos du prix des car­bu­rants avant d’évoluer vers une véri­table révolte sociale, le ban­quier (dégui­sé en pré­sident de la République) Macron avait à son agen­da l’annonce des grandes lignes de la PPE : Programmation annuelle de l’énergie.

Il s’agit de feuille de route cen­sée pilo­ter la poli­tique éner­gé­tique de la France sur les périodes 2019-2023 et 2024-2028 et, dans un contexte de bou­le­ver­se­ments éco­no­miques et géo­po­li­tiques un peu par­tout sur Terre, il est plus que jamais sou­hai­table de prendre des déci­sions cou­ra­geuses, sen­sées, voire visionnaires.

Rien de tout cela avec Macron dont la mis­sion, faut-il le rap­pe­ler, est de détruire tout ce qui repose sur la soli­da­ri­té afin de per­mettre aux classes sociales « supé­rieures » de s’en mettre plein les poches au détri­ment de la popu­la­tion. Et une des meilleurs façons d’y arri­ver est de ne rien déci­der sur le plan de l’énergie afin que la situa­tion ne puisse que deve­nir inex­tri­cable et jus­ti­fier des mesures en catas­trophe comme le ren­floue­ment par l’argent public, la pri­va­ti­sa­tion par le bra­dage, etc.

C’est ain­si que ce cher (rui­neux) Macron a pris concer­nant le nucléaire des déci­sions fra­cas­santes… qu’il ne sera jamais en situa­tion de mettre en œuvre ! En effet, comme le signale l’excellent site Reporterre, « Macron ren­voie la baisse du nucléaire à ses successeurs ».

Ceci dit, comme expli­qué plus haut, les fer­me­tures de réac­teurs ont toutes les chances d’être bien plus rapides et nom­breuses qu’envisagées, non pas du fait du moindre cou­rage poli­tique mais impo­sées par la réa­li­té indus­trielle et finan­cière. En espé­rant que ce pro­ces­sus ne s’accompagne pas d’un ou plu­sieurs Fukushima français…

[*Réacteur EPR : la farce du siècle*]

L’EPR, le cau­che­mar d’EDF
Le Monde, 16 sep­tembre 2018 : https://lemde.fr/2KLNzVE

Nucléaire : un rap­port pré­co­nise la construc­tion de six nou­veaux EPR

Le Monde, 1er sep­tembre 2018 : https://lemde.fr/2onpA4A

Cuve de l’EPR : une consul­ta­tion publique !

ASN, 3 sep­tembre 2018 : https://bit.ly/2R9EMPC

Nucléaire : à Flamanville, les sou­dures de la discorde
Le Monde, 16 sep­tembre 2018 : https://lemde.fr/2zAq0KQ

La pro­duc­tion de l’EPR fin­lan­dais encore retardée
Reuters, 29 novembre 2018 : https://bit.ly/2rfOhRX

L’atome hexa­go­nal n’en fini plus de se ridi­cu­li­ser, mul­ti­pliant les démons­tra­tions de la plus totale incom­pé­tence, comme par exemple avec l’affaire des mil­liers de pièces défec­tueuses pro­duites pen­dant des décen­nies dans les usines Areva du Creusot.

Mais bien sûr, la vais­seau ami­ral de la nul­li­té du nucléaire fran­çais n’est autre que le fameux réac­teur EPR, véri­table dino­saure conçu au siècle der­nier, et qua­si­ment impos­sible à construire même par ses concepteurs !

Alors qu’il devait entrer en ser­vice en 2009, l’EPR en chan­tier en Finlande voir désor­mais sa date de lan­ce­ment repous­sée à 2020 (en atten­dant de nou­veaux reports) : 11 ans de retard, 15 ans de chan­tier, près de 20 ans depuis la déci­sion de le construire. Entre temps, tout a chan­gé sur la mar­ché de l’énergie, et même les indus­triels de l’atome pro­meuvent des réac­teurs plus petits que ce pauvre EPR.

En France, à Flamanville, EDF pour­suit son che­min de croix avec son propre EPR : déjà 7 ans de retard, de gra­vis­simes mal­fa­çons dont bien sûr la cuve défec­tueuse mais aus­si une flo­pée de sou­dures mal réalisées.

Et pour­tant, des zozos n’hésitent pas à se ridi­cu­li­ser en pré­co­ni­sant la construc­tion en France de 6 EPR, alors qu’EDF est inca­pable d’en faire un seul (sans par­ler de l’impossibilité de finan­cer de tels dinosaures) !

[*

Un pan­tin et deux héros : Paulette et Didier Anger*]

François de Rugy : « Il faut sor­tir de la guerre de reli­gion sur le nucléaire »

Le Monde, 10 sep­tembre 2018 : https://lemde.fr/2AJwzKP

Didier et Paulette Anger : une vie de com­bat contre le nucléaire récompensée

France3, 23 octobre 2018 : https://bit.ly/2reRmle

Certaine com­pa­rai­sons sont pra­ti­que­ment indé­centes. Les hasards de l’actualité nous amènent pour­tant à évo­quer deux par­cours par­fai­te­ment emblé­ma­tiques… et tota­le­ment différents.

D’une part, le pan­tin François de Rugy : faux éco­lo, d’abord dépu­té EELV (dans une cir­cons­crip­tion offerte par le très pro­duc­ti­viste PS), puis adepte du regret­table Valls lorsque ce der­nier avait la main, avant de chan­ger illi­co de crè­me­rie lorsqu’il est appa­ru que Macron allait rafler la mise.

C’est ain­si que ce véri­table pros­ti­tué poli­tique a car­ré­ment pu s’asseoir plus d’un an dans le fau­teuil de pré­sident de l’Assemblée natio­nale, où il a été si nul que Macron l’a fina­le­ment exfil­tré pour en faire un ministre de l’écologie par­fai­te­ment servile.

Aucune com­pa­rai­son pos­sible avec le par­cours d’un couple admi­rable, Paulette et Didier Anger, dont la vie d’engagement a été jus­te­ment récom­pen­sée mer­cre­di 24 octobre à Salzbourg avec le prix « Lifetime achie­ve­ment » remis par la fon­da­tion Nuclear-Free Future Award. Courage, droi­ture, dés­in­té­res­se­ment finan­cier, etc : à l’époque où triomphent les cyniques, oppor­tu­nistes, men­teurs, tri­cheurs, voi­là bien une tra­jec­toire exemplaire.