Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Areva change de nom pour tenter d’effacer un lourd passé industriel… et médiatique

30 janvier 2018 · Stéphane Lhomme

Lutte impla­cable entre Dominique Seux (France inter) et Axel de Tarlé (Europe1) pour la palme du jour­na­liste éco­no­mique le plus incompétent

Par Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

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Areva devient donc Orano. Changer de nom, une bonne vieille méthode uti­li­sée depuis qu’existent la cor­rup­tion, les faillites, les échecs indus­triels. Le nucléaire en a d’ailleurs sou­vent usé : en Grande-Bretagne, après un très grave acci­dent en 1957, le site de Windscale est deve­nu Sellafield. En Corée du Sud, en 2013, deux cen­trales ont chan­gé de nom pour moins nuire à l’économie locale.

En France, en 2001, les noms sul­fu­reux de Framatome et Cogéma ont été effa­cés au pro­fit d’une trou­vaille d’agence de com, Areva, sous la hou­lette d’une « grande prê­tresse » de l’atome, Anne Lauvergeon. En 15 ans, cette dame a pro­ba­ble­ment bat­tu tous les records en matière de désastre indus­triel et finan­cier. Pour ne pas las­ser, nous n’évoquerons ici que les plus fameux de ses « exploits ».
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[*Quelques « exploits » d’Anne Lauvergeon*]

En 2003, celle que la majo­ri­té des médias vénèrent brade pour 3 mil­liards à la Finlande un réac­teur de type EPR, assu­rant le construire en 4 ans et demi. Nous sommes en 2018 et le chan­tier ne voit tou­jours pas son terme, la fac­ture dépasse les 10 mil­liards et la jus­tice inter­na­tio­nale s’apprête à condam­ner la France à rem­bour­ser plu­sieurs mil­liards aux Scandinaves.

En 2005, Areva lance à grands frais aux USA la construc­tion d’usines pour fabri­quer les com­po­sants des « nom­breux » EPR qui vont « sous peu » être ven­dus aux Américains. Des dépenses rui­neuses pour rien : aucun EPR vendu.

En 2007, Mme Lauvergeon fait ache­ter pour 3 mil­liards par Areva la désor­mais fameuse Uramin, une entre­prise pro­prié­taire de mines d’uranium… sans ura­nium. Aujourd’hui, la dame et son mari, M. Fric le bien nom­mé, sont mis en exa­men dans cette ten­ta­cu­laire affaire de cor­rup­tion.

En 2011, « Atomic Anne » est exfil­trée d’Areva, le soin d’annoncer la faillite de l’entreprise étant lais­sé à ses suc­ces­seurs. Pourquoi le Président Sarkozy a-t-il pris soin de dédoua­ner Mme Lauvergeon de son bilan catas­tro­phique ? Et pour­quoi l’affaire Uramin traine-t-elle en lon­gueur ? Assurément parce que la dame en sait long sur beau­coup de tur­pi­tudes et menace d’entrainer du beau monde dans son éven­tuelle chute…

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[*Aujourd’hui, Areva a été scin­dée en trois par­ties :*]

 l’une a été renom­mée (iro­ni­que­ment ?) Framatome et bra­dée à EDF ;

 la seconde est une struc­ture de défai­sance sur le modèle du fameux consor­tium qui a autre­fois repris la dette abys­sale du Crédit Lyonnais : une fois encore, ce sont les citoyens qui vont hono­rer la dou­lou­reuse facture ;

 la troi­sième se voit donc désor­mais appe­ler Orano pour ten­ter d’enterrer le sul­fu­reux pas­sé indus­triel d’Areva.

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[*Lourde res­pon­sa­bi­li­té de nom­breux médias*]

Mais il est une cor­po­ra­tion qui se dépêche aus­si d’enterrer Areva pour faire oublier ses propres erre­ments, il s’agit de ce que l’on appelle « les médias ». Bien sûr, tous les jour­na­listes et tous les médias n’ont pas été com­plices d’Anne Lauvergeon et d’Areva mais, pen­dant 15 ans, beau­coup l’ont été et cer­tains de façon plus que dithy­ram­bique. Voici d’ailleurs un petit flo­ri­lège très loin d’être exhaus­tif :

Challenges - 1er jan­vier 2004
[** Anne Lauvergeon, l’énergie du nucléaire*]
Sous sa fémi­ni­té, qui a séduit la gauche comme la droite, une poigne de fer au ser­vice d’un pari : la relance de l’industrie ato­mique française.

Le Figaro du 11 novembre 2004
[** Anne Lauvergeon, de l’Élysée à Areva*]
Les pion­nières qui ont mar­qué le XXe siècle

Les Echos - 04/11/2005
[** Anne Lauvergeon, femme puis­sante*]
Anne Lauvergeon, quarante-six ans, la pré­si­dente du groupe nucléaire, reste bien la femme d’affaires la plus puis­sante dans le monde, hors Etats-Unis

Le Monde - 07.07.06 - Jean-Michel Bezat
[** Anne Lauvergeon, la forte tête du nucléaire*]
Tout la sert, son pas­sé de sher­pa, ses voyages régu­liers avec le pré­sident de la République, son rôle d’ambassadrice du nucléaire made in France.

L’expansion - 01/01/2008
[** Anne Lauvergeon, l’électron libre*]
Fonceuse et obs­ti­née, la diri­geante d’Areva n’a besoin de per­sonne pour bâtir un géant mon­dial du nucléaire. A bon entendeur…

Challenges - 28.02.2008
[** Comment « Atomic Anne » a impo­sé Areva*]
Regrouper les acteurs au nucléaire fran­çais dans une même enti­té ? Le pari était osé. Retour sur ce tour de force d’Anne Lauvergeon, aujourd’hui à la tête du groupe fran­çais le plus prometteur.

Télégramme - 30 octobre 2008
[** Anne Lauvergeon, la reine de l’atome*]
Présidente d’Areva depuis 1999, « Atomic Anne », comme la sur­nomme la presse amé­ri­caine, a réus­si à rendre le nucléaire respectable.

Les Echos - 25 février 2009
[** Le mys­tère Lauvergeon*]
Adulée par les uns, détes­tée par les autres, cette femme à poigne, qui pré­sente aujourd’hui les résul­tats de son groupe, confirme qu’elle est une figure à part du patro­nat français.

TF1 - 20 août 2009
[** Anne Lauvergeon, Française la plus puis­sante du monde !*]

Les Echos - 19/01/2010 - Dominique Seux
[** Mic-mac nucléaire*]
L’Etat doit tenir compte du fait que [*dans la durée Areva est une vraie réus­site *] qui a un car­net de com­mandes plein et qu’Anne Lauvergeon a un cha­risme assez exceptionnel.

Le Parisien - 10 mars 2010
[**Un jour avec…Anne Lauvergeon, PDG du groupe AREVA*]
Une pres­sion que l’ancienne sher­pa de François Mitterrand, saluée comme l’une des femmes les plus influentes du monde dans les pal­ma­rès inter­na­tio­naux, absorbe avec flegme et distance.

Marianne - 21 mai 2011
[**Anne Lauvergeon, la femme que per­sonne n’arrive à ato­mi­ser*]
Portrait de la reine de l’atome

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[*La palme pour Dominique Seux…*]

La palme revient très cer­tai­ne­ment à l’inénarrable Dominique Seux, édi­to­ria­liste ultra libé­ral des Echos qui béné­fi­cie de façon inex­pli­cable, et depuis de longues années, de l’antenne du ser­vice public (France Inter) pour infli­ger son idéo­lo­gie par­ti­sane aux audi­teurs, sans per­sonne pour le contredire.

Le plus incroyable est que, au nom jus­te­ment de son idéo­lo­gie ultra-libérale, il devrait condam­ner le nucléaire qui ne (sur)vit que sous per­fu­sion d’argent public, de reca­pi­ta­li­sa­tions par l’Etat, etc. Or M. Seux a été depuis le début du siècle l’un des plus fidèles zéla­teurs d’Areva et d’Anne Lauvergeon, allant jusqu’à écrire des choses stu­pé­fiantes comme « L’Etat doit tenir compte du fait que dans la durée Areva est une vraie réus­site qui a un car­net de com­mandes plein et qu’Anne Lauvergeon a un cha­risme assez excep­tion­nel. » (Les Echos, 19 jan­vier 2010).

Hélas le ridi­cule - dans la durée ! - ne tue pas et du coup M. Seux, loin de faire amende hono­rable, est encore là et entonne aujourd’hui exac­te­ment le même refrain, comme s’il ne s’était pas déjà tant trom­pé et décon­si­dé­ré. Ainsi, lors de la récente visite de M Macron en Chine, comme au bon vieux temps de Sarkozy et Lauvergeon, il a célé­bré la pré­ten­due vente d’une usine de retrai­te­ment des déchets radio­ac­tifs le 10 jan­vier sur France Inter. Voyez un peu :

« Pour Areva, ce sont 10 à 12 mil­liards d’euros garan­tis, c’est beau­coup », « ces contrats, quoi que l’on pense du nucléaire, sont la recon­nais­sance de la qua­li­té des ingé­nieurs fran­çais », « on espère bien sûr que les auto­ri­tés de sûre­té nucléaire chi­noises sont aus­si sérieuses qu’en France ».

En réa­li­té, comme annon­cé le jour même par l’Observatoire du nucléaire (**), et confir­mé par Le Monde le 23 jan­vier (***), la vente de cette usine est plus que vir­tuelle et n’a ser­vi qu’à égayer la visite de M. Macron (les Chinois sont des ôtes pré­ve­nants… avant d’être des négo­cia­teurs intraitables).

Il n’y a donc aucune recon­nais­sance d’une pré­ten­due « qua­li­té des ingé­nieurs fran­çais » dans le nucléaire alors que, faut-il le rap­pe­ler, les désastres des chan­tiers des EPR de Finlande et Flamanville et le scan­dale des mil­liers de pièces défec­tueuses pro­duites pen­dant des décen­nies par Areva au Creusot ont démon­tré la nul­li­té de l’industrie nucléaire fran­çaise et l’incompétence (ou la com­pli­ci­té) de l’Autorité de sûre­té nucléaire qui n’a rien vu (ou rien dit) de ces malfaçons (****).

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[*… désor­mais dépas­sé par Axel de Tarlé*]

Mais, mal­gré son zèle, Dominique Seux est assu­ré­ment dépas­sé par un concur­rent plus jeune et plus ridi­cule encore, Axel de Tarlé qui, tou­jours le 10 jan­vier 2018, a bat­tu tous les records comme vous pou­vez le constater :

« La France est le pays de l’excellence en matière nucléaire et les Chinois le prouvent. « , « Le fameux EPR que nous avons du mal à faire démar­rer, en Chine il fonc­tionne », « Et puis sur­tout, il y a eu ce méga-contrat de 10 mil­liards d’euros pour une usine de retrai­te­ment des déchets », les Chinois sont en train de sau­ver cette filière fran­çaise aus­si bien sur le plan finan­cier que dans nos têtes »

Or per­sonne ne peut prou­ver que la France serait « le pays de l’excellence nucléaire » puisqu’elle est au contraire celui du ridi­cule et de l’incompétence ato­mique, les Chinois ne sauvent rien puis­qu’ils n’achètent pas cette usine (et s’ils l’achètent fina­le­ment, cela coû­te­ra des mil­liards… à la France !), quant à l’EPR, il ne fonc­tionne pas plus en Chine qu’en France ou en Finlande et pré­sente là aus­si des mil­liards de sur­cout, des années de retard et des cuves défec­tueuses (car livrées par Areva !).

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[*École de jour­na­lisme et Fleury-Mérogis*]

A défaut de chan­ger de nom comme leur chère (très chère !) Areva, MM Seux et de Tarlé devraient être ren­voyés à l’école de jour­na­lisme, et M. Fric et Mme Lauvergeon relo­gés à Fleury-Mérogis.

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Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org

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(*) https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-10-janvier-2018
(Attention dan­ger, vous ris­quez de mou­rir de rire)

(**) http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article347

(***) http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/01/23/areva-devient-orano-pour-tourner-la-page-des-annees-lauvergeon_5245799_3234.html
(cf encart en bas de page)

(****) Pour ceux qui avancent encore, par igno­rance ou mal­hon­nê­te­té, que « le scan­dale des pièces défec­tueuses au Creusot a au moins per­mis de démon­trer la com­pé­tence de l’Autorité de sûre­té nucléaire », lire ceci : http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article336

(*****) http://www.europe1.fr/emissions/axel-de-tarle-vous-parle-economie/areva-decroche-un-contrat-record-en-chine-3542060