Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Réacteur EPR : référé le 10 octobre à Paris pour empêcher l’Autorité de sûreté nucléaire de valider la cuve

15 septembre 2017 · Stéphane Lhomme

Ayant sai­si la jus­tice dès mai 2016 (*) dans le cadre de l’affaire des pièces défec­tueuses sor­ties des usines Areva du Creusot, et dési­gné l’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN) par­mi les res­pon­sables de cet incroyable scan­dale, l’Observatoire du nucléaire conteste logi­que­ment à l’ASN le droit de vali­der la cuve du réac­teur EPR de Flamanville, car cette cuve fait pré­ci­sé­ment par­tie des dites pièces défectueuses.

Installée dans le réac­teur depuis jan­vier 2014, la cuve de l’EPR de Flamanville est défec­tueuse mais l’Autorité de « sûre­té » s’apprête à la vali­der mal­gré tout…
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Contrairement à ce que veulent faire croire les pro­mo­teurs du nucléaire, qui tentent de réha­bi­li­ter l’ASN pour béné­fi­cier de sa cou­pable indul­gence, ce n’est pas l’ASN qui a sai­si la jus­tice : elle n’a fait que rejoindre la plainte de l’Observatoire du nucléaire, six mois après lui, de toute évi­dence pour essayer de se pla­cer du bon côté de la barre.

Mais la ficelle est gros­sière et ne sau­rait exo­né­rer l’ASN de ses fautes majeures. En effet, l’ASN est néces­sai­re­ment cou­pable dans cette affaire car elle n’a au « mieux » rien vu, au pire rien dit pen­dant des années, et elle a aus­si com­mis une lourde faute en décembre 2013 en auto­ri­sant EDF à ins­tal­ler la cuve dans le réac­teur en construction.

Et, comme nous l’avons dénon­cé depuis des années et comme cela a été récem­ment confir­mé de façon incon­tes­table par l’enquête menée pour Radio-France par Sylvain Tronchet, l’ASN savait bien avant 2013 que la cuve de l’EPR était pro­ba­ble­ment défectueuse.

L’Observatoire du nucléaire a donc dépo­sé devant la jus­tice un réfé­ré pour inter­dire à l’ASN de vali­der la cuve de l’EPR, au moins le temps que ses res­pon­sa­bi­li­tés soient éta­blies et sanc­tion­nées dans l’affaire du Creusot.

L’audience est fixée au mar­di 10 octobre à 9h au Tribunal de Grande ins­tance de Paris.

Il est très impor­tant de noter qu’il s’agit là pro­ba­ble­ment de la der­nière chance d’éviter une irres­pon­sable mise en ser­vice de l’EPR avec sa cuve défec­tueuse, et la pers­pec­tive d’une catas­trophe tou­chant l’Europe entière.

Alors que des voix s’élèvent - même venues de chez les indus­triels - pour s’émouvoir de cette prise de risque insen­sée, il appa­rait que seule la jus­tice est aujourd’hui en mesure de reprendre la situa­tion en main.

Il ne s’agit d’ailleurs pas de prendre une posi­tion anti­nu­cléaire mais « seule­ment » de contraindre l’industrie de l’atome, et l’organisme sen­sé assu­rer la sûre­té, à res­pec­ter… leurs propres préconisations.

Il est d’ailleurs pro­bable que de nom­breuses per­sonnes, tant chez EDF et AREVA qu’à l’ASN, pla­cées dans l’impossibilité de s’exprimer sous peine de perdre leurs emplois, espèrent que la jus­tice sau­ra prendre la déci­sion qui s’impose, à savoir inva­li­der l’utilisation de la cuve de l’EPR.

Rendez-vous est donc don­né mar­di 10 octobre à 9h au Tribunal de Grande ins­tance de Paris. L’ASN, EDF et AREVA, impli­qués à des degrés divers, sont tous trois convoqués.

(*) [https://www.romandie.com/news/Areva-lObservatoire-du-nucleaire-depose-plainte-pour-faux-et-mise-en-danger-/700617.rom]