Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Fermeture annoncée de 17 réacteurs : la transition énergétique pour ne pas avouer le délabrement avancé du parc nucléaire

10 juillet 2017 · Stéphane Lhomme

L’annonce de fer­mer « jusqu’à 17 réac­teur nucléaires » par le ministre Nicolas Hulot est pré­sen­tée comme la mise en œuvre de l’objectif fixé par la Loi de tran­si­tion éner­gé­tique de 2015, objec­tif confir­mé par le nou­veau Président de la République, à savoir 50% d’électricité nucléaire en France contre envi­ron 75% aujourd’hui.

Or, en réa­li­té, les auto­ri­tés fran­çaises et EDF ne veulent pas avouer que la baisse impor­tante de la part du nucléaire n’est pas un objec­tif (M. Macron est tout aus­si pro­nu­cléaire que son pré­dé­ces­seur M Hollande) mais la consé­quence d’une situa­tion inex­tri­cable illus­trée par deux données :

- le déla­bre­ment avan­cé du parc nucléaire français
- l’état catas­tro­phique des finances d’EDF

Prolonger la durée de vie des réac­teurs nucléaires néces­site de très lourds tra­vaux qui coûtent des sommes gigan­tesques, de l’ordre de plu­sieurs cen­taines de mil­liards d’euros, bien plus lourdes que celles qu’EDF veut bien admettre.

Dans le même temps, EDF est confron­tée à la baisse très impor­tante et struc­tu­relle du prix de l’électricité en Europe, du fait d’une dimi­nu­tion conti­nue de la consom­ma­tion d’électricité depuis 2008 et de l’augmentation mas­sive de la pro­duc­tion d’électricité par des sources renou­ve­lables à un tarif de moins en moins cher.

La réa­li­té est donc que le parc nucléaire fran­çais n’est plus ren­table (à sup­po­ser qu’il l’ait été, sachant que des coûts sub­stan­tiels sont repous­sés dans le temps : déman­tè­le­ment, déchets, etc), qu’EDF est inca­pable de finan­cer sa réno­va­tion et a for­tio­ri inca­pable de construire de nou­veaux réac­teurs comme démon­tré par les catas­trophes indus­trielles et finan­cières des chan­tiers EPR de Finlande (Areva) et Flamanville (EDF).

Cette situa­tion illustre d’ailleurs le carac­tère tota­le­ment absurde du pro­jet rui­neux de construire deux EPR en Grande-Bretagne, l’Observatoire du nucléaire conti­nue d’ailleurs de pré­voir que ces réac­teurs ne seront pas mis en chan­tier ou, au « mieux », pas terminés.

La France doit même se pré­pa­rer à la fer­me­ture de réac­teurs bien plus nom­breux que le chiffre de 17 mis sur la table dans un pre­mier temps : la majo­ri­té des 58 réac­teurs fran­çais sont dans un état déplo­rable et sont sus­cep­tibles de devoir être fer­més dans les années à venir.

Il ne faut cepen­dant pas oublier que, suite à la catas­trophe de Fukushima, le Japon a fer­mé ses 54 réac­teurs et à fonc­tion­né plu­sieurs années avec 0% d’électricité nucléaire et avec une part très réduite depuis : si 130 mil­lions de japo­nais peuvent se pas­ser du nucléaire, il est évident que 65 mil­lions de fran­çais peuvent aus­si le faire…