Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Un sujet du brevet des collèges bafoue la vérité scientifique pour promouvoir le nucléaire et dénigrer les renouvelables

3 juin 2017 · Stéphane Lhomme

L’Observatoire du nucléaire sou­tient la démarche de deux ensei­gnants et for­ma­teurs en Physique-Chimie de Lyon, atta­chés à leur mis­sion de for­ma­tion des futurs citoyens que sont les col­lé­giens, qui pro­testent (cf fichiers liés) contre un sujet du bre­vet des col­lèges qui, de façon cari­ca­tu­rale et trom­peuse, dénigre les éner­gies renou­ve­lables et fait la pro­mo­tion de l’atome.

Ce sujet va jusqu’à mettre en pra­tique les argu­ments les plus écu­lés des anti-éoliens lorsqu’il est deman­dé de cal­cu­ler la sur­face qui serait occu­pée par les éoliennes si elles devaient répondre à la tota­li­té de la consom­ma­tion fran­çaise d’électricité.
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Les auteurs de ce sujet cari­ca­tu­ral font mine de ne pas savoir que la pre­mière chose à faire, en France, est de réduire la consom­ma­tion d’électricité, absur­de­ment éle­vée, en sup­pri­mant par exemple l’option du chauf­fage élec­trique, tel­le­ment anti-écologique et anti-sociale qu’elle est car­ré­ment inter­dite dans cer­tains pays. 
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Seuls les cer­veaux de séides de l’atome peuvent avoir l’idée insen­sée de deman­der aux éoliennes d’alimenter les mil­lions de chauf­fages élec­triques… qui n’ont été ins­tal­lés que pour « jus­ti­fier » le nucléaire.
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Par ailleurs, [*les auteurs du sujet bafouent allè­gre­ment la véri­té scien­ti­fique*] lorsqu’ils pré­tendent noir sur blanc à l’existence de trois caté­go­ries d’énergies, les éner­gies renou­ve­lables, les éner­gies non-renouvelables et… le nucléaire, ce der­nier étant pla­cé à part alors qu’il fait offi­ciel­le­ment et incon­tes­ta­ble­ment par­tie des éner­gies non-renouvelables : le com­bus­tible du nucléaire, l’uranium, est un mine­rai dont les réserves dimi­nuent et qui ne « repousse » pas.
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D’autres affir­ma­tions erro­nées ou orien­tées jalonnent cet incroyable sujet et sont expli­ci­tées par la tri­bune rédi­gée par ces deux ensei­gnants qui n’acceptent pas que les élèves soient ain­si trompés.
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L’Observatoire du nucléaire demande au minis­tère de l’Éducation natio­nale et au Ministère de l’écologie (M. Hulot étant ministre d’Etat, il a le droit et, de fait, le devoir d’intervenir dans ce dos­sier) le retrait immé­diat de ce sujet et la dif­fu­sion auprès des ensei­gnants et des élèves d’une cir­cu­laire qui réta­blit la vérité.
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Il est de bon ton ces temps-ci de railler M. Trump et ses posi­tions rétro­grades et erro­nées mais, aujourd’hui autant qu’hier, la France pro­nu­cléaire pra­tique de façon com­pa­rable néga­tion­nisme et dés­in­for­ma­tion et ce jusqu’auprès des élèves.
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Message transféré --------

Jacques Vince et Julien Machet
Enseignants et for­ma­teurs en Physique-Chimie à Lyon
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Nouveau bre­vet : un pre­mier sujet inquié­tant pour la formation
à l’esprit cri­tique… et pour la tran­si­tion énergétique…
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Le sujet de sciences du Diplôme National du Brevet don­né à Pondichéry, pre­mier publié depuis la réforme du col­lège de 2016, était atten­du avec impa­tience par les ensei­gnants de sciences. Espérons que les mes­sages véhi­cu­lés par les sujets futurs ne soient pas aus­si cari­ca­tu­raux, pour ne pas dire scan­da­leux, du point de vue de la for­ma­tion des futurs citoyens que sont les col­lé­giens de 3ème.
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Dans la par­tie de physique-chimie, il s’agit de mon­trer pour­quoi le déve­lop­pe­ment de l’énergie éolienne n’a pas été fait « à grande échelle » (entendre « sur tout le ter­ri­toire fran­çais »). Pour ceci, après avoir fait esti­mer qu’il fau­drait cou­vrir l’équivalent d’un dépar­te­ment fran­çais d’éoliennes actuelles (aucune allu­sion aux inno­va­tions tech­niques à venir dans le domaine) pour répondre à la consom­ma­tion actuelle, on demande aux can­di­dats de for­mu­ler uni­que­ment un avis « à charge » en for­mu­lant deux argu­ments pour conclure que l’énergie éolienne ne peut pas être le seul choix pour répondre aux « besoins crois­sants » en élec­tri­ci­té (effi­ca­ci­té et sobrié­té éner­gé­tiques ne sont jamais évoquées).
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La par­tie Sciences de la vie et de la Terre est encore bien plus cari­ca­tu­rale : on demande en effet aux élèves de trou­ver quel mode de pro­duc­tion d’énergie est plus adap­té à dif­fé­rentes villes fran­çaises. Tout semble dis­cu­table, tant sur le fond que sur la forme : une clas­si­fi­ca­tion des éner­gies pour le moins ori­gi­nale (les éner­gies non renou­ve­lables, les éner­gies renou­ve­lables… et l’énergie nucléaire), un cen­trage sur trois éner­gies renou­ve­lables seule­ment (qui oublie bio­masse et l’hydraulique) en pré­sen­tant des cartes de France (répar­ti­tion du débit d’énergie géo­ther­mique, moyenne d’ensoleillement et vitesse des vents), ou encore un tableau très par­tiel et par­tial pré­sen­tant appa­rem­ment les avan­tages et les incon­vé­nients de ces trois éner­gies alors qu’il omet tota­le­ment, par exemple, la ques­tion des rejets pol­luants. L’élève-citoyen doit alors se posi­tion­ner et indi­quer la ou les éner­gies renou­ve­lables per­ti­nentes pour trois villes fran­çaises, puis, enfin, pro­po­ser une solu­tion d’approvisionnement éner­gé­tique (alors qu’il n’est ques­tion ici que d’électricité) pour la ville de Reims, qui ne répond évi­dem­ment à aucune condi­tion d’exploitation des trois éner­gies renouvelables.
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En résu­mé on demande donc qu’avec si peu d’informations, en oubliant deux tiers des éner­gies renou­ve­lables, en omet­tant com­plè­te­ment la ques­tion du trans­port de l’énergie, celle de l’utilisation d’énergie non élec­trique, et toutes celles liées aux rejets pol­luants et en pas­sant tota­le­ment sous silence la ques­tion de la place de la tech­nique dans la socié­té l’élève-citoyen puisse conclure à un logique recours au nucléaire pour la ville de Reims.
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Il nous parait inad­mis­sible que ce sujet de bre­vet ne res­pecte pas une cer­taine éthique dans l’appropriation citoyenne des résul­tats scientifiques.Il pro­pose de façon insi­dieuse un choix orien­té des résul­tats pré­sen­tés puis demande d’en tirer une conclu­sion appa­rais­sant comme logique, objec­tive et neutre poli­ti­que­ment. Cette manière de faire du tri dans l’information trans­mise, de prio­ri­ser cer­tains cri­tères face à d’autres relève bel et bien de choix poli­tiques et non d’une objec­ti­vi­té scientifique.
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Pour que la science ne soit pas remise en cause et délé­gi­ti­mée par les citoyens il nous appa­rait néces­saire de dis­tin­guer le résul­tat scien­ti­fique qui se doit d’être objec­tif, de son appro­pria­tion par les citoyens et du tri des infor­ma­tions qui relèvent d’un choix poli­tique per­son­nel influen­cé par d’autres res­sources que seule­ment scien­ti­fiques. Dans ce sujet de bre­vet, non seule­ment la dis­tinc­tion n’est pas faite mais de plus, la seule exper­tise néces­saire à la prise de déci­sion poli­tique relè­ve­rait de la science … Cela porte un nom : cela s’appelle du scientisme.
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Cette manière par­tielle et par­tiale de pré­sen­ter le pro­blème est très conno­tée poli­ti­que­ment. Elle s’inscrit dans un contexte his­to­rique et est au ser­vice d’une cause éco­no­mique spé­ci­fi­que­ment fran­çaise : le nucléaire. En tant qu’enseignant et édu­ca­teur nous sommes donc sen­sé dif­fu­ser ce docu­ment, faire tra­vailler nos élèves de 3ième sur ce sujet … exem­plaire ! Un joli mes­sage pour for­mer nos élèves à l’esprit critique…
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Produire un sujet simple sur une ques­tion de socié­té com­plexe n’est évi­dem­ment pas chose aisée. Mais rele­ver ce défi ne doit pas conduire à confondre sim­pli­fi­ca­tion et orien­ta­tion forte du débat sous cou­vert d’une appa­rente neu­tra­li­té scientifique.
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Jacques Vince, Julien MACHET
Enseignants et for­ma­teurs en Physique-chimie dans l’académie de Lyon