Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Les nouvelles révélations sur la cuve du réacteur EPR confirment les lourdes fautes de l’Autorité de sûreté nucléaire

31 mars 2017 · Stéphane Lhomme

Il est de fait impos­sible de lais­ser l’ASN déci­der de la vali­di­té de la cuve

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L’Observatoire du nucléaire rap­pelle d’abord que, lorsqu’il a dépo­sé plainte en jus­tice en mai 2016 à pro­pos des mal­fa­çons et fal­si­fi­ca­tions à l’usine du Creusot ( cf AFP : http://bit.ly/2oFE3XX ), il a dési­gné l’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN) par­mi les cou­pables présumés.

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C’est d’ailleurs seule­ment six mois plus tard que cette der­nière a sai­si à son tour le pro­cu­reur, parce qu’elle y était contrainte par la loi mais aus­si… pour essayer de se pla­cer du bon côté de la barre lors du pro­cès à venir.

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Mais il est d’ores et déjà avé­ré que l’ASN est gra­ve­ment fau­tive puisqu’elle n’a rien vu, ou pire rien dit, pen­dant de longues années : d’une part les pra­tiques délic­tueuses au Creusot concer­nant les pièces nucléaires durent depuis 1965, d’autre part la cuve de l’EPR de Flamanville a été (mal) fabri­quée en 2006 et 2007.

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Or, lorsque l’ASN a auto­ri­sé en décembre 2013 l’installation de la fameuse cuve dans l’EPR en construc­tion, elle était déjà par­fai­te­ment infor­mée des déboires de fabri­ca­tion de cette cuve :

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 Dès juillet 2007, l’ASN a « rap­pe­lé à Areva la néces­si­té de réa­li­ser des essais com­plé­men­taires en zone cou­rante sur les équi­pe­ments des­ti­nés à l’EPR de Flamanville. »

 En mars 2011, l’ASN a confir­mé à Areva « son exi­gence de réa­li­sa­tion d’essais complémentaires »

 En sep­tembre 2012, Areva a pro­po­sé à l’ASN de réa­li­ser des essais des­truc­tifs de trac­tion et de rési­lience sur la calotte supé­rieure d’une cuve fabri­quée à l’avance pour les EPR qui devaient être ven­dus aux USA… et qui n’ont jamais vu le jour !

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Les révé­la­tions de Radio-France de ce jour confirment (l’Observatoire du nucléaire évo­quait ces faits dès avril 2015 : http://bit.ly/2nmbZrq ) que l’ASN, EDF et Areva savaient de longue date que les forges du Creusot allaient pro­ba­ble­ment pro­duire des pièces défectueuses

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Si la culpa­bi­li­té d’Areva (sen­sée fabri­quer des pièces conformes) et celle d’EDF (sen­sée véri­fier la confor­mi­té des pièces) est évi­dente, celle de l’ASN ne l’est pas moins puisque, par­fai­te­ment infor­mée de ces graves pro­blèmes, elle a néan­moins auto­ri­sé EDF à ins­tal­ler la fameuse cuve dans l’EPR en chan­tier à Flamanville.

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Cette auto­ri­sa­tion don­née en décembre 2013 pèse aujourd’hui de façon ter­rible puisque, en trois ans et demi jusqu’à aujourd’hui, et mal­gré ses incom­pé­tences, EDF a pour­sui­vi le chan­tier autour de la cuve qui ne peut désor­mais être extraite qu’au prix de la des­truc­tion par­tielle du réacteur !

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Qui plus est, EDF n’a plus le temps avant la fin du chan­tier – qui touche tant bien que mal à sa fin avec 7 ans de retard ! - de faire fabri­quer une autre cuve (si pos­sible conforme !), alors qu’il en était encore temps fin 2013. L’ASN est donc tota­le­ment cou­pable de la situa­tion inex­tri­cable dans laquelle elle se trouve aujourd’hui.

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En effet, il est évident que l’ASN n’est pas en capa­ci­té de résis­ter à la pres­sion d’EDF et de l’Etat, au chan­tage à l’emploi, aux accu­sa­tions de por­ter gra­ve­ment tort à l’industrie et l’image de la France si elle pre­nait la seule déci­sion accep­table, à savoir reca­ler la cuve de l’EPR.

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Il faut d’ailleurs ajou­ter que l’ASN a de la même façon accep­té l’exportation des deux cuves ven­dues à la Chine et ins­tal­lées le 5 juin 2012 et le 30 octobre 2014 dans les réac­teurs EPR en construc­tion à Taïshan : reca­ler la cuve de Flamanville impli­que­rait de reca­ler aus­si ces deux autres cuves, avec les consé­quences que l’on devine en terme finan­cier et géo­po­li­tique, ce qui achève de rendre impos­sible la déci­sion par l’ASN d’invalider la cuve de l’EPR.

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Il est donc désor­mais avé­ré que la déci­sion concer­nant l’avenir de la cuve de l’EPR (et de fait des deux cuves livrées aux Chinois) ne peut et ne doit en aucun cas être prise par l’ASN. Il est tout aus­si évident que ce n’est pas le per­son­nel poli­tique qui est en capa­ci­té de prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés : il serait très éton­nant que, pour la pre­mière fois depuis 50 ans, la majo­ri­té des dépu­tés qui vont être élus en juin pro­chain ne soit pas comme tou­jours sou­mise au lob­by nucléaire.

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Par ailleurs, le Conseil d’Etat a démon­tré cet hiver son inca­pa­ci­té à prendre des res­pon­sa­bi­li­tés puisque, sai­si en urgence par l’Observatoire du nucléaire, il a lais­sé l’ASN auto­ri­ser EDF à redé­mar­rer des réac­teurs défec­tueux (dotés de pièces mal fabri­quées par Areva mais aus­si par le four­nis­seur japo­nais JCFC) au simple motif qu’il fai­sait froid et qu’il fal­lait pro­duire plus d’électricité.

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L’Observatoire du nucléaire attend que sa plainte soit ins­truite avec la plus grande impli­ca­tion par la jus­tice pénale et civile et que les « res­pon­sables » d’EDF, d’Areva et de l’ASN soient mis hors d’état de nuire. A défaut, la popu­la­tion pour­rait être contrainte de prendre elle-même les mesures néces­saires pour assu­rer sa sécurité.