Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

L’Observatoire du nucléaire conteste les 3 ans supplémentaires accordés à EDF pour construire le réacteur EPR de Flamanville

24 mars 2017 · Stéphane Lhomme

En 2007, le 1er ministre De Villepin
pen­sait avoir vu large en accordant
à EDF 10 ans pour construire l’EPR…

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C’est par le biais d’un arrê­té par­ti­cu­liè­re­ment dis­cret que le gou­ver­ne­ment a accor­dé aujourd’hui à EDF, sans aucune rai­son valable, un délai sup­plé­men­taire de 3 ans pour construire le réac­teur nucléaire EPR de Flamanville (Manche). Ce décret se contente de pré­ci­ser qu’ « Au II de l’article 3 du décret du 10 avril 2007 sus­vi­sé, le mot : « dix » est rem­pla­cé par le mot : « treize ». »

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En accor­dant à EDF dix ans pour construire un réac­teur qui devait être ache­vé en quatre ans et demi, le pre­mier ministre de l’époque, Dominique de Villepin, pen­sait avoir vu large. Mais c’était oublier l’incompétence géné­ra­li­sée de l’industrie nucléaire fran­çaise, inca­pable de construire son propre réacteur.

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En 2007, EDF ne se pri­vait pas de railler Areva qui était déjà lar­ge­ment empê­trée dans son propre chan­tier EPR en Finlande : com­men­cé en 2005, le réac­teur devait entrer en ser­vice en 2009… mais il n’est tou­jours pas ache­vé à ce jour. Avec leur arro­gance légen­daire, les diri­geants d’EDF cla­maient qu’ils allaient démon­trer la « maes­tria » et la supé­rio­ri­té de leur entre­prise, laquelle s’est en réa­li­té tout autant ridi­cu­li­sée qu’Areva.

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C’est ain­si que la vali­di­té du décret de 2007 arrive à échéance sans que l’EPR de Flamanville ne soit ache­vé. Si la meilleure option serait incon­tes­ta­ble­ment d’abandonner ce chan­tier (**), sa conti­nua­tion devrait a mini­ma faire l’objet d’une nou­velle pro­cé­dure admi­nis­tra­tive, avec un nou­veau débat natio­nal de la CNDP (***) et une nou­velle enquête publique, tant le contexte a chan­gé en dix ans.

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Mais EDF a pu comp­ter sur un com­plice de poids, le pre­mier ministre actuel Bernard Cazeneuve qui, faut-il le rap­pe­ler, était sur­nom­mé « le dépu­té du nucléaire » lorsqu’il était par­le­men­taire. C’est une nou­velle démons­tra­tion de ce que les lob­byistes ne se content plus d’influencer les poli­ti­ciens, ils prennent désor­mais car­ré­ment leur place et ce jusqu’à la tête du gouvernement.

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Loin de deman­der des comptes à EDF qui gas­pille pour­tant par mil­liards l’argent des Français – annon­cé à 2,8 mil­liards, le prix de l’EPR a déjà dépas­sé les 10 mil­liards… en atten­dant la fac­ture finale – le pre­mier ministre a donc accor­dé à EDF 3 ans de plus pour ter­mi­ner son EPR.

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En coopé­ra­tion avec d’autres orga­ni­sa­tions, l’Observatoire du nucléaire va contes­ter en jus­tice la léga­li­té et la légi­ti­mi­té de ce délai.

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Il est par ailleurs néces­saire de sou­li­gner la défaite totale du Président de la République François Hollande qui tenait avec l’EPR la pos­si­bi­li­té de contraindre EDF à res­pec­ter la pro­messe pré­si­den­tielle de fer­mer la cen­trale nucléaire de Fessenheim (Alsace) : il lui suf­fi­sait de dire à EDF « Vous fer­mez Fessenheim et je vous accorde le délai pour l’EPR ».

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Au contraire, c’est EDF qui a dic­té sa loi à M. Hollande en lui disant « Nous ne fer­me­rons Fessenheim que si vous nous accor­dez d’abord le délai pour l’EPR ». Aussi incroyable que cela puisse paraitre, alors que c’est lui qui était en posi­tion de force, M. Hollande s’est sou­mis à EDF qui, de toute évi­dence, ne fer­me­ra pas la cen­trale de Fessenheim ou deman­de­ra sa réou­ver­ture immé­diate dès le départ (immi­nent) de M Hollande…


(*) Journal offi­ciel : http://bit.ly/2myLUKc

(**) Un réac­teur qui n’est pas entré en ser­vice est immen­sé­ment plus facile à démanteler

(***) Commission Nationale du Débat Public