Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Redémarrage des réacteurs nucléaires défectueux : le Conseil d’Etat est lui aussi soumis au lobby nucléaire

18 janvier 2017 · Stéphane Lhomme

 L’ASN se plie aux exi­gences d’EDF et accorde le redé­mar­rage de réac­teurs non conformes
 Le Conseil d’Etat valide les bri­co­lages concoc­tés par EDF et l’ASN

DERNIÈRE MINUTE : Saisi en urgence par l’Observatoire du nucléaire, le Conseil d’Etat a fina­le­ment auto­ri­sé EDF à exploi­ter les réac­teurs dotés de géné­ra­teurs de vapeur défectueux.

L’Observatoire du nucléaire déplore que per­sonne dans ce pays, pas même le Conseil d’Etat, ne prenne ses res­pon­sa­bi­li­tés pour empê­cher EDF d’exploiter des réac­teurs nucléaires dans des condi­tions anor­males et l’ASN d’accorder des déro­ga­tions insensées.

Pour mémoire, la plainte en jus­tice dépo­sée par l’Observatoire du nucléaire, dans l’affaire des pièces défec­tueuses et des cer­ti­fi­cats fal­si­fiés, vise aus­si l’ASN, cou­pable de n’avoir rien vu ou, pire, rien dit pen­dant des années.

Les réac­teurs nucléaires sont dan­ge­reux même lorsqu’ils sont exploi­tés cor­rec­te­ment, il est donc insen­sé, sous pré­texte qu’il fait froid, de les exploi­ter dans des condi­tions rele­vant d’un étrange bri­co­lage. La catas­trophe nucléaire, ça n’arrive pas qu’aux autres…)

 

Rappel com­mu­ni­qué du 22 décembre 2016

L’Observatoire du nucléaire alerte les citoyens sur la situa­tion ubuesque et irres­pon­sable qui pré­vaut actuel­le­ment concer­nant le fonc­tion­ne­ment des réac­teurs nucléaires français.

Pour mémoire, depuis avril 2015, les révé­la­tions se mul­ti­plient concer­nant des pièces mal fabri­quées par Areva au Creusot et par le japo­nais Japan Casting & Forging Corp (JCFC).

Outre la ques­tion cru­ciale de la cuve du réac­teur EPR en construc­tion à Flamanville (Manche), il est appa­ru que de nom­breux réac­teurs actuel­le­ment en ser­vice sont dotés de géné­ra­teurs de vapeur non conformes, sus­cep­tibles de rompre et de cau­ser une catas­trophe nucléaire. [1]

Une dou­zaine de réac­teurs sont actuel­le­ment arrê­tés pour véri­fi­ca­tions or, sous la pres­sion d’EDF qui est obli­gée d’importer de grandes quan­ti­tés d’électricité, l’ASN auto­rise de façon irres­pon­sable la remise en marche de ces réacteurs.

C’est ain­si le cas du réac­teur Dampierre 3, relan­cé hier mer­cre­di, et des réac­teurs Tricastin 3 et Gravelines 2 dont la remise en ser­vice est annon­cée pour demain vendredi.

Or l’ASN ne publie pas ses auto­ri­sa­tions, ce qui a pour effet d’empêcher qu’elles soient contes­tées en jus­tice : de toute évi­dence, l’ASN pro­tège les inté­rêts indus­triels avant la sûre­té des citoyens, et bafoue les droits de ces der­niers en les empê­chant d’exercer les recours qu’ils ont pour­tant le droit de lancer.

L’Observatoire du nucléaire, qui veut contes­ter en jus­tice les auto­ri­sa­tions de relance des réac­teurs, dénonce le jeu de l’ASN et exige la publi­ca­tion des auto­ri­sa­tions dès qu’elles sont signées, afin que les recours légi­times puissent être mis en oeuvre.


[1Dans les démons­tra­tions de sûre­té, la rup­ture de la cuve ou d’un géné­ra­teur de vapeur est dite « exclue », ce qui signi­fie… qu’il ne faut sur­tout pas qu’elle se pro­duise : il n’y a alors aucune parade pos­sible et c’est la pers­pec­tive d’une catas­trophe qui peut être de la gra­vi­té de celles de Tchernobyl et Fukushima.