Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Industrie nucléaire – Falsifications au Creusot : l’Autorité de sûreté nucléaire fait partie des coupables

26 octobre 2016 · Stéphane Lhomme

L’Observatoire du nucléaire rap­pelle qu’il a dépo­sé plainte devant le pro­cu­reur de Chalon-sur-Saône dès le 4 mai 2016 et que l’Autorité de sûre­té nucléaire fait par­tie des cou­pables de cette affaire tentaculaire.

L’ASN n’a pas vu les fal­si­fi­ca­tions d’Areva au Creusot… depuis 1965 !

 

Mardi 25 octobre, l’Autorité de sûre­té nucléaire (ASN) a été enten­due à l’Assemblée natio­nale par le très nucléo­phile Office par­le­men­taire des choix scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques (OPECST) à pro­pos de l’affaire des pièces nucléaires mal réa­li­sées par Areva dans ses usines du Creusot et cou­vertes par des cer­ti­fi­cats de sûre­té fal­si­fiés.

A cette occa­sion, l’ASN a annon­cé sai­sir à son tour le Procureur de la République, sem­blant se pla­cer d’elle-même du bon côté du pré­toire, ce qui est tota­le­ment contes­table.

En effet, l’Observatoire du nucléaire rap­pelle que ce ne sont pas seule­ment les entre­prises Areva et EDF qui sont cou­pables dans cette affaire : depuis 1965, l’ASN (et les struc­tures qui l’ont pré­cé­dée) n’a donc – au mieux - rien vu de ces mil­liers de fautes indus­trielles et de ces nom­breuses fal­si­fi­ca­tions docu­men­taires.

Une telle incom­pé­tence et une telle céci­té sont-elles plau­sibles ? Comment écar­ter l’hypothèse d’une cou­pable com­pli­ci­té de la part de l’ASN qui, dans « l’intérêt supé­rieur » de l’industrie nucléaire, aurait déli­bé­ré­ment cou­vert ces graves fautes et ces falsifications ?

Pendant des décen­nies, les citoyens ont été trom­pés par les diri­geants indus­triels et poli­tiques qui leur ont van­té une indus­trie nucléaire fran­çaise « à la pointe de la tech­no­lo­gie », « que le monde entier nous envie », sur­veillée par l’Autorité de sûre­té « la plus com­pé­tente et la plus stricte qui soit »…

Ces dis­cours men­son­gers ont hélas été relayés sans le moindre recul par cer­tains médias qui sont donc en par­tie res­pon­sables de la situa­tion inouïe dans laquelle se trouve aujourd’hui la France : un parc nucléaire en véri­table état de déla­bre­ment, des dizaines de réac­teurs conte­nant un nombre incon­nu de pièces défec­tueuses, une Autorité de sûre­té prise en fla­grant délit d’incompétence ou de com­pli­ci­té, et EDF qui conti­nue à faire sa loi en déci­dant elle-même du calen­drier d’arrêt des réac­teurs devant subir des vérifications.

Qui plus est, ces véri­fi­ca­tions sont opé­rées par… EDF et Areva, sous le contrôle de… l’ASN  : com­ment accor­der le moindre cré­dit à ces véri­fi­ca­tions réa­li­sées par ceux-là même qui ont tri­ché, rien vu ou rien dit ? Il est néces­saire que des experts étran­gers et indé­pen­dants soient mis­sion­nés pour sur­veiller l’ensemble de ces opérations.

Hélas, le per­son­nel poli­tique fran­çais est une fois de plus com­plice des tur­pi­tudes de l’industrie ato­mique puisque l’on n’entend qua­si­ment aucun « res­pon­sable » s’exprimer sur cette affaire pour­tant gra­vis­sime qui devrait d’ailleurs faire tous les soirs la Une des JT de 20h au lieu d’être trai­tée épi­so­di­que­ment et entre la météo et la bourse.

L’Observatoire du nucléaire entend que sa plainte lui per­mette d’accéder dès que pos­sible au dos­sier et sou­haite que la jus­tice fasse la preuve de son indé­pen­dance en éta­blis­sant dans cette affaire les mul­tiples res­pon­sa­bi­li­tés et com­pli­ci­tés, et en déci­dant des sanc­tions les plus lourdes.

Plus géné­ra­le­ment, les citoyens de France et d’au-delà (on sait depuis Tchernobyl que les nuages radio­ac­tifs ne s’arrêtent pas aux fron­tières) ne doivent plus accep­ter de lais­ser leur sécu­ri­té entre les mains de l’industrie nucléaire dont il est défi­ni­ti­ve­ment avé­ré qu’elle navigue entre incom­pé­tence et escro­que­rie.