Observatoire du nucléaire

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Japon - Un antinucléaire élu gouverneur de la région de la plus grande centrale nucléaire du monde

17 octobre 2016 · Stéphane Lhomme

L’autorisation du gou­ver­neur est requise pour la remise en ser­vice des réac­teurs arrê­tés depuis Fukushima !

Cette infor­ma­tion de la plus haute impor­tance ne fait hélas pas la Une des médias en France, et l’AFP elle-même ne l’évoque que pour en signa­ler ses lourdes consé­quences… sur le cours en bourse de Tepco, le mau­dit pro­prié­taire de la cen­trale nucléaire de Fukushima et d’autres cen­trales comme, pré­ci­sé­ment, celle de Kashiwasaki.

Rappelons que cette cen­trale avait été sérieu­se­ment bous­cu­lée par un impor­tant séisme en juillet 2007 et que votre Observateur du nucléaire pré­fé­ré, pré­sent sur le pla­teau de « C dans l’air » (France 5), avait expli­qué (cur­seur à 20 min 30s) qu’il fal­lait fer­mer d’urgence et défi­ni­ti­ve­ment au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on vou­lait évi­ter un nou­veau Tchernobyl. Avertissement bien sûr non pris en compte, et, trois ans plus tard, c’était Fukushima.

Il est à noter que, suite au séisme de 2007, l’Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique avait dépê­ché une mis­sion diri­gée par le fran­çais Philippe Jamet, haut diri­geant de l’Autorité de sûre­té nucléaire fran­çaise (ASN). Mais le rap­port publié s’était conten­té de quelques recom­man­da­tions ano­dines, assu­rant que les cen­trales japo­naises pou­vaient résis­ter à tout évè­ne­ment sis­mique ou cli­ma­tique : une nou­velle démons­tra­tion de la « com­pé­tence » de l’ASN…

Aujourd’hui, 3 seule­ment des 54 réac­teurs nucléaires japo­nais sont en ser­vice mais le gou­ver­ne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pro­nu­cléaire) Shinzo Abe use de toutes les pres­sions pour essayer d’obtenir la redé­mar­rage d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la population.

Mais ces réou­ver­tures sont contre­car­rées par des déci­sions de jus­tice ou par le véto de cer­tains gou­ver­neurs régio­naux. Voilà pour­quoi l’élection de Ryuichi Yoneyama à la tête de la région de Niigata est un coup ter­rible por­té aux pro­jets fous des pro­nu­cléaires (et au cours en bourse de Tepco) : ce cou­ra­geux nou­veau gou­ver­neur va refu­ser la remise en ser­vice des 7 réac­teurs de Kashiwasaki. Bravo à lui et à ses électeurs.

Sous peu, les trois réac­teurs japo­nais en ser­vice devront s’arrêter pour main­te­nance et, comme ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­ne­ra à nou­veau avec 0% de nucléaire. Or, si 130 mil­lions de Japonais peuvent vivre sans nucléaire, com­ment pré­tendre encore que c’est « impos­sible » pour deux fois moins de Français ? CQFD.