Observatoire du nucléaire

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Durée de vie des réacteurs nucléaires : Mme Royal déconnectée de la réalité du parc nucléaire et des finances d’EDF

28 février 2016 · Stéphane Lhomme

En se décla­rant prête à « pro­lon­ger de 10 ans la durée de vie des cen­trales nucléaire », Mme Royal a fait une annonce pure­ment poli­ti­cienne tota­le­ment décon­nec­tée de la réa­li­té de la situation.

En effet, le parc nucléaire fran­çais est dans un état de dégra­da­tion avan­cé alors même que, dans le sillage de la faillite d’Areva, les finances d’EDF sont extrê­me­ment dégra­dées.

De fait, EDF va se révé­ler inca­pable de finan­cer le pro­gramme dit du « grand caré­nage » visant à la réno­va­tion de ses 58 réac­teurs nucléaires. Annoncé à 55 mil­liards d’euros dans un pre­mier temps, le coût de ce pro­gramme serait désor­mais éva­lué à plus de 100 mil­liards et, comme tou­jours dans le nucléaire, sera au final encore bien plus cher.

Or, seuls les réac­teurs réno­vés pour­ront obte­nir des pro­lon­ga­tions de durée de vie de la part de l’Autorité de sûre­té nucléaire (*). Il est donc très pro­bable que, dans les 10 ans qui viennent, la direc­tion d’EDF soit ame­née à fer­mer d’elle-même une bonne ving­taine de réac­teurs nucléaires, les plus anciens et le plus dégra­dés, afin d’essayer de sau­ver momen­ta­né­ment les autres.

Il est notable que la dégra­da­tion avan­cée du parc nucléaire fran­çais se pro­duit au moment même où la pro­duc­tion des éner­gies renou­ve­lables est de plus en plus mas­sive et à des tarifs de plus en plus bas.

De fait, au delà même des pro­blé­ma­tiques cru­ciales du risque de catas­trophe et de la pro­duc­tion de déchets radio­ac­tifs, le parc nucléaire se révèle être désor­mais pour la France un ter­rible bou­let sur le plan éco­no­mique.

Une des consé­quences de cette situa­tion est l’abandon inévi­table par EDF de son pro­jet de construire des réac­teurs EPR en Grande-Bretagne.

Contrairement à l’Allemagne qui a lan­cé la sor­tie du nucléaire et enta­mé sa tran­si­tion éner­gé­tique en l’an 2000, la France se retrouve pour sa part sans la moindre alter­na­tive alors même que l’option du nucléaire arrive dans une impasse.

En construi­sant à marche for­cée une soixan­taine de réac­teurs en quelques années, ce qui a été pré­sen­té comme un extra­or­di­naire exploit indus­triel, la France avait en réa­li­té pro­gram­mé son arri­vée dans un piège pour 30 à 40 ans plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, et ce ne sont pas les belles paroles de Mme Royal qui chan­ge­ront quelque chose à cette situa­tion inextricable.

(*) Il est impor­tant de noter que, même « réno­vés », les réac­teurs nucléaires res­te­ront dans un état inquié­tant et seront de plus en plus sus­cep­tibles de cau­ser une catas­trophe com­pa­rable à celle de Fukushima.