Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Fermeture d’un tiers du parc nucléaire français : l’habillage politique d’une impasse industrielle

10 février 2016 · Stéphane Lhomme

Avec son rap­port publié ce jour, la Cour des comptes apporte sa cau­tion à la véri­table mys­ti­fi­ca­tion mise en place par le pou­voir poli­tique en plein accord avec la direc­tion d’EDF.

Le sub­ter­fuge consiste à pré­tendre que le pro­gramme dit de « grand caré­nage », à savoir la rafis­to­lage à grand frais des réac­teurs nucléaires fran­çais, tous vieillis­sants, per­met­trait à EDF de main­te­nir sa pro­duc­tion d’électricité nucléaire pen­dant de longues années, voire des décennies.

De fait, la baisse de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la pro­duc­tion élec­trique fran­çaise, néces­si­tant pro­ba­ble­ment la fer­me­ture d’un tiers du parc nucléaire, serait seule­ment la consé­quence d’une déci­sion poli­tique « cou­ra­geuse », voire même rele­vant de l’engagement « écologiste ».

Or, en réa­li­té, EDF est inca­pable d’assumer - tant sur le plan finan­cier que sur celui des res­sources humaines - le rafis­to­lage de tous les réac­teurs nucléaires, et même ceux qui seront réno­vés n’auront pas pour autant la cer­ti­tude de pou­voir fonc­tion­ner encore bien long­temps, vu le déla­bre­ment avan­cé de l’ensemble du parc.

Donc, EDF va dans tous les cas se résoudre à fer­mer de nom­breux réac­teurs. Mais l’objectif de tout ce beau monde est de mettre ces fer­me­tures sur le compte d’une déci­sion poli­tique… qu’ils n’hésiteront d’ailleurs pas par la suite à qua­li­fier d’ « irresponsable ».

C’est d’ailleurs exac­te­ment le même tour de passe-passe qui a pré­va­lu lors de la fer­me­ture du sur­gé­né­ra­teur Superphénix en 1997 : cette déci­sion a été pré­sen­tée comme un cadeau du pre­mier ministre Lionel Jospin à sa ministre verte Dominique Voynet, voire comme un suc­cès du par­ti Les Verts, qui aurait donc subi­te­ment été capable d’obtenir la fer­me­ture de cette centrale.

Il ne s’agissait bien sûr que d’une fable : EDF avait déci­dé de mettre un terme à l’aventure de Superphénix, désas­treuse tant sur le plan indus­triel que finan­cier. Les Verts ont ser­vi d’ « idiots utiles », cou­vrant invo­lon­tai­re­ment l’abandon du pro­jet par EDF. Aujourd’hui encore, les pro­nu­cléaires dénoncent une déci­sion « poli­ti­cienne » sans laquelle Superphénix aurait assu­ré­ment accom­pli nombre d’exploits !

De la même façon, mettre aujourd’hui la fer­me­ture inévi­table de dizaines de réac­teurs déla­brés sur le compte de la loi de Transition éner­gé­tique est un tour de passe-passe dont l’objectif est à la fois de mas­quer l’impasse indus­trielle dans laquelle se trouve la parc nucléaire fran­çais, tout en sou­ti­rant à nou­veau de lourdes sommes aux citoyens : ces fer­me­tures étant « poli­tiques », les indus­triels devront donc être dédom­ma­gés par l’argent public !

De toute façon, EDF étant une entre­prise d’Etat, tout comme Areva, les faillites res­pec­tives de ces deux « fleu­rons de l’atome » seront quoi qu’il arrive assu­mées par les citoyens.

Les « élites » fran­çaises, impli­quées depuis 40 ans de l’irresponsable aven­ture du lob­by nucléaire, com­plices des erre­ments insen­sés de Mme Lauvergeon à la tête d’Areva, couvrent aujourd’hui encore l’impasse indus­trielle et finan­cière dans laquelle elles nous ont amené.

Mais l’heure de véri­té arrive iné­luc­ta­ble­ment et il serait anor­mal que Mme Lauvergeon, jus­te­ment pour­sui­vie dans l’affaire de pro­duc­tion Uramin, soit la seule à devoir rendre des comptes…