Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Accord EDF-Chine en Grande-Bretagne : EDF assumera 100% des pertes en cas d’échec (probable)

20 octobre 2015 · Stéphane Lhomme

EDF s’apprête à annon­cer avoir trou­vé un accord avec les groupes chi­nois CGN et CNNC pour le finan­ce­ment de deux réac­teurs EPR à Hinkley Point en Grande-Bretagne.

Or, EDF cache la véri­té sur ce deal : selon les infor­ma­tions recueillies par l’Observatoire du nucléaire, si les Chinois sont dis­po­sés à finan­cer 30% du pro­jet, ce sont par contre 100% des risques qui seront assu­més par EDF, c’est-à-dire in fine par les citoyens français.

L’Observatoire du nucléaire demande donc à ce que EDF rende publics les termes du contrat accor­dé à CGN et CNNC et révèle les clauses exemp­tant ces groupes de tout risque finan­cier.

EDF a en effet cédé sur toute la ligne face aux exi­gences des Chinois qui, fort logi­que­ment, n’ont vou­lu prendre aucun risque dans un pro­jet qui ne sera pro­ba­ble­ment jamais mené à son terme et qui va consti­tuer un nou­veau désastre indus­triel et finan­cier pour l’industrie nucléaire française (*).

Si les Chinois ont accep­té de finan­cer 30% de ce pro­jet d’ores et déjà mori­bond, ce n’est évi­dem­ment pas du fait des « qua­li­tés » du réac­teur EPR mais seule­ment du fait de la contre­par­tie stra­té­gique qu’ils ont impo­sée : la pos­si­bi­li­té de construire leurs propres réac­teurs sur un autre ter­rain déte­nu par EDF en Grande-Bretagne, à Bradwell.

(*) Les lourdes incer­ti­tudes qui planent sur le pro­jet EPR

Pour mémoire, le pro­jet d’EDF de construire deux réac­teurs EPR à Hinkley Point a toutes les chances de ne jamais abou­tir du fait des lourdes incer­ti­tudes qui planent sur ce pro­jet, tant sur le plan finan­cier que sur le plan industriel.

- incer­ti­tudes finan­cières : la pro­duc­tion d’électricité avec des réac­teurs nucléaires est une acti­vi­té tel­le­ment défi­ci­taire que Londres a accor­dé à EDF des condi­tions inouïes de rachat de cette élec­tri­ci­té (le double du prix de gros actuel, et ce sur 35 ans !), au détri­ment des usa­gers et contri­buables bri­tan­niques. Ce mon­tage ; qui relève d’un dum­ping gros­sier, est atta­qué devant la jus­tice euro­péenne par l’Autriche et par des socié­tés de pro­duc­tion d’énergies renou­ve­lables. Par ailleurs, des voix de plus en plus nom­breuses s’élèvent en Grande-Bretagne, y com­pris par­mi les défen­seurs de l’atome, pour dénon­cer une véri­table tra­hi­son des citoyens bri­tan­niques par le gou­ver­ne­ment Cameron.

 incer­ti­tudes indus­trielles : les chan­tiers EPR d’EDF (à Flamanville) et d’Areva (en Finlande) sont de véri­tables désastres avec une fac­ture mul­ti­pliée au moins par trois et des durées de construc­tion de plus de 10 ans au lieu des 4 ans et demi annon­cés à l’origine. Par ailleurs, ces réac­teurs pré­sentent de graves mal­fa­çons dont la plus emblé­ma­tique est assu­ré­ment celle des fai­blesses détec­tées sur la cuve de l’EPR de Flamanville : des sub­ter­fuges sont actuel­le­ment éla­bo­rés pour ame­ner l’Autorité de sûre­té nucléaire à auto­ri­ser tout de même l’utilisation de cette cuve, en dépit de sens des res­pon­sa­bi­li­tés, mais des pro­cé­dures en Justice empê­che­ront cette mise en dan­ger déli­bé­rée de la vie de mil­lions de citoyens.