Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Fessenheim : M. Hollande bafoue sa promesse présidentielle

8 septembre 2015 · Stéphane Lhomme

En condi­tion­nant la fer­me­ture de la cen­trale nucléaire de Fessenheim à la mise en ser­vice préa­lable de l’EPR de Flamanville, le Président de la République et le gou­ver­ne­ment avaient ouvert la voie au non res­pect de la pro­messe de cam­pagne de François Hollande, c’est-à-dire la fer­me­ture de la cen­trale nucléaire de Fessenheim pen­dant le quin­quen­nat (2012-2017)

En effet, consi­dé­rant les innom­brables décon­ve­nues, mal­fa­çon et retards du chan­tier de l’EPR de Flamanville, il était évident que ce der­nier n’entrerait pas en ser­vice en 2017. On assiste donc à une habile manoeuvre poli­ti­cienne per­met­tant à la fois de « jus­ti­fier » le non res­pect d’une pro­messe… et de recy­cler cette pro­messe pour l’élection sui­vante : il fau­drait donc à nou­veau voter pour M Hollande pour obte­nir enfin la fer­me­ture de Fessenheim ???

Depuis la catas­trophe de Fukushima et les lourdes décon­ve­nues de l’industrie nucléaire fran­çaise (faillite d’Areva, désastres des chan­tiers EPR, etc), les citoyens ne se laissent plus trom­per par la pro­pa­gande pro­nu­cléaire qui leur a été infli­gée depuis 40 ans. Il est donc impro­bable qu’ils se laissent abu­ser par la manoeuvre gros­sière de M Hollande.

Et ce d’autant que, contrai­re­ment à ce qui a été annon­cé ces der­niers jours par EDF et par Mme Royal, il est tout à fait impro­bable que l’EPR entre en ser­vice en 2018, non seule­ment parce que ce chan­tier connaî­tra imman­qua­ble­ment de nou­veaux retards, mais aus­si parce que la cuve de ce réac­teur pré­sente de graves fai­blesses : l’Observatoire du nucléaire pré­pare d’ailleurs les pro­cé­dures judi­ciaires qui per­met­tront d’interdire l’utilisation de cette cuve.

De fait, si elle est condi­tion­née à la mise en ser­vice de l’EPR, la fer­me­ture de la cen­trale de Fessenheim n’aura pro­ba­ble­ment… jamais lieu !

Mais une don­née cru­ciale semble avoir échap­pé à l’ensemble des acteurs de cette farce radio­ac­tive : les deux réac­teurs de Fessenheim arri­ve­ront à 40 ans de fonc­tion­ne­ment res­pec­ti­ve­ment le 7 mars 2017 et le 27 juin 2017 (dates anni­ver­saires de « pre­mière diver­gence ») or, jusqu’à preuve du contraire, l’Autorité de sûre­té nucléaire n’a accor­dé aucune auto­ri­sa­tion de fonc­tion­ne­ment au-delà de 40 ans. (*)

L’Observatoire du nucléaire pré­pare donc les pro­cé­dures judi­ciaires qui per­met­tront d’inter­dire le fonc­tion­ne­ment des réac­teurs de Fessenheim au-delà des 7 mars 2017 et 27 juin 2017, c’est-à-dire bien avant l’année 2018 évo­quée par Mme Royal.

(*) Le docu­ment « POURSUITE D’EXPLOITATION DU RÉACTEUR N°2 DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FESSENHEIM APRÈS TRENTE ANNÉES DE FONCTIONNEMENT » pré­cise bien ceci :

« L’ASN n’a pas iden­ti­fié d’éléments géné­riques met­tant en cause la capa­ci­té d’EDF à maî­tri­ser la sûre­té des réac­teurs de 900 MWe jusqu’à qua­rante ans après leur pre­mière diver­gence. »

Cf : http://www.asn.fr/content/download/54237/368983/file/Poursuite-exploitation-fessenheim-2.pdf