Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Réacteur EPR de Flamanville repoussé à 2018 : l’arrêté de création sera caduc dès le 11 avril 2017 !

3 septembre 2015 · Stéphane Lhomme

 L’arrêté offi­ciel pré­voit un char­ge­ment en com­bus­tible avant le 11 avril 2017
 L’Enquête publique et le Débat natio­nal sont caducs et devront être refaits
 L’abandon du pro­jet est désor­mais inévitable

Le 10 avril 2007, signant le décret de créa­tion de l’EPR de Flamanville(*), le Premier ministre Dominique de Villepin pen­sait voir vrai­ment large en accor­dant 10 ans à EDF pour construire le réac­teur et le char­ger en com­bus­tible, le chan­tier devant théo­ri­que­ment être bou­clé en 4 ans et demi.

Or, de mal­fa­çons en acci­dents de chan­tier, d’erreurs de concep­tions en fautes de construc­tion, EDF recon­nait aujourd’hui que le réac­teur EPR ne sera pas mis en ser­vice avant « le qua­trième semestre 2018 ». Il est donc avé­ré que la date limite du 11 avril 2017 ne sera pas res­pec­tée, comme l’Observatoire du nucléaire le pré­voyait dès 2012 (**).

Une bataille juri­dique se pro­file : les auto­ri­tés fran­çaises vont pro­ba­ble­ment signer à la sau­vette un arrê­té com­plé­men­taire repous­sant de quelques années la date limite de char­ge­ment du réac­teur mais ce sub­ter­fuge sera atta­qué en jus­tice et ne mas­que­ra pas la réa­li­té : l’arrêté de créa­tion sera caduc le 11 avril 2017, ain­si que l’enquête publique et le Débat natio­nal(***) offi­ciel (CNDP) qui devront donc être refaits.

Ces pro­cé­dures pren­dront plu­sieurs années et repous­se­ront d’autant la mise en ser­vice de l’EPR, à sup­po­ser que la cuve du réac­teur - qui pré­sente des zones de fai­blesse lar­ge­ment en deçà des limites exi­gées - soit uti­li­sable, ce qui fera aus­si l’objet d’une bataille juri­dique si l’Autorité de sûre­té nucléaire ne prend pas ses res­pon­sa­bi­li­tés en inter­di­sant l’utilisation de cette cuve.

Comme démon­tré par la catas­trophe de Fukushima, tout réac­teur nucléaire fait peser un dan­ger immense sur la popu­la­tion, mais le risque est assu­ré­ment des plus éle­vés avec l’EPR, véri­table dino­saure qu’il serait irres­pon­sable de mettre en ser­vice près de 30 ans après sa concep­tion au début des années 90.

Le mieux serait assu­ré­ment de suivre les exemples de réac­teurs nucléaires entiè­re­ment construits mais jamais mis en ser­vice, comme à :

Lemoniz (Espagne)
Zwentendorf (Autriche)
Bataan (Philippines)
ou Kalkar (Allemagne).

(*) http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000276348&categorieLien=cid
(**) http://www.observatoire-du-nucleaire.org/spip.php?article40
(***) http://cpdp.debatpublic.fr/cpdp-epr/index-2.html