Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Non, « le Japon » ne relance pas « le nucléaire » - Oui, le Japon a vécu deux ans sans nucléaire - Oui, le nucléaire mondial continue sa chute

11 août 2015 · Stéphane Lhomme

A l’occasion de la remise en ser­vice d’un réac­teur nucléaire au Japon, impo­sée par le pou­voir poli­tique à une popu­la­tion qui s’y oppose majo­ri­tai­re­ment, de nom­breux édi­to­ria­listes célèbrent une pré­ten­due « relance du nucléaire ».

L’éditocratie fran­çaise croit à cette occa­sion tenir sa revanche après s’être décon­si­dé­rée depuis 15 ans en annon­çant conti­nuel­le­ment un « grand retour du nucléaire » qui n’est jamais venu, en sou­te­nant aveu­glé­ment Areva et Mme Lauvergeon (rebap­ti­sée « Atomic Anne) et en célé­brant le catas­tro­phique réac­teur EPR, si sou­vent pré­ten­du « fleu­ron » de l’industrie nucléaire.

L’atome fran­çais étant en bout de course (Areva en faillite, EDF lour­de­ment endet­tée, parc nucléaire déla­bré, chan­tiers EPR en déroute, cuves des EPR mal réa­li­sées, etc), l’éditocratie croit trou­ver en Asie de quoi se réconforter.

C’est ain­si qu’on peut lire à peu près par­tout que « le Japon » relan­ce­rait « le nucléaire ». En réa­li­té, le pre­mier ministre ultra-nationaliste Shinzo Abe impose la relance d’UN réac­teur, sur les 54 en ser­vice avant Fukushima.

M Abe espère certes la relance de quelques autres réac­teurs, tou­jours de façon aus­si « démo­cra­tique », mais la véri­té est que la majo­ri­té des réac­teurs japo­nais ne refonc­tion­ne­ra jamais et que ceux qui vont (peut-être) redé­mar­rer feront à nou­veau cou­rir des risques insen­sés à la population.

Les édi­to­ria­listes sont en majo­ri­té tant aveu­glés par l’atome (dont les indus­triels achètent, il est vrai, beau­coup d’espaces publi­ci­taires dans de nom­breux médias) qu’il en oublient les ensei­gne­ments prin­ci­paux de cette affaire : le Japon, un des pays les plus indus­tria­li­sés de la pla­nète, a

 arrê­té ses 54 réac­teurs nucléaires en quelques mois. Un excellent exemple pour la France et ses 58 réac­teurs : qui peut encore pré­tendre qu’il fau­drait 25 ou 30 ans pour en faire de même ?
 fonc­tion­né pen­dant deux ans avec 0% de nucléaire.

Plus glo­ba­le­ment, il faut noter que :

 la part du nucléaire dans l’électricité mon­diale est pas­sée de 17% en 2001 à 10% à ce jour, un véri­table effon­dre­ment com­men­cé bien avant Fukushima et qui va conti­nuer inexo­ra­ble­ment avec la fer­me­ture de dizaines de réac­teurs en fin de vie (plus de la moi­tié des 400 réac­teurs en ser­vice sur Terre a dépas­sé 30 ans d’âge).

 les pro­jets de nou­veaux réac­teurs sont majo­ri­tai­re­ment vir­tuels, les effets d’annonce avec tam­bours et trom­pettes étant la plu­part du temps sui­vis de dis­crètes annu­la­tions. Les rares pro­jets réels seront très loin de com­pen­ser les innom­brables et inévi­tables fermetures.

 la Chine est certes le der­nier pays à avoir encore des pro­jets nucléaires non-négligeables mais, même si tous les réac­teurs annon­cés sont (hélas) construits, la part du nucléaire dans l’électricité chi­noise res­te­ra en des­sous de 5%, ce qui cor­res­pon­dra à moins de 1% de la consom­ma­tion d’énergie du pays.

En résu­mé, l’éditocratie fran­çaise ferait bien d’en finir avec ses ridi­cules salves pro­nu­cléaires, tou­jours démen­ties par les faits, et de se concen­trer sur les scan­dales de l’industrie de l’atome, comme les affaires de cor­rup­tion (affaire Uramin, affaire du « don d’Areva » au Niger, etc), les rejets volon­taires de plu­to­nium par EDF dans la Loire, les men­songes sur les mal­fa­çons des cuves des réac­teurs EPR, les des­sous du pro­jet d’enfouir les déchets radio­ac­tifs à Bure (Meuse), etc. Quitte à perdre au pas­sage quelques lucra­tives pages de publicités…