Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Loi de transition énergétique : réduction totalement fictive de la part du nucléaire

23 juillet 2015 · Stéphane Lhomme

Avec l’adoption défi­ni­tive de la loi « de tran­si­tion éner­gé­tique » le 22 juillet 2015, le gou­ver­ne­ment veut faire croire à une remise en cause par­tielle de l’énergie nucléaire et à la fin du pré­ten­du « tout nucléaire »

Prétendu « tout nucléaire » car, bien que posant de très graves pro­blèmes (dan­gers, cen­trales à déman­te­ler, déchets radio­ac­tifs ingé­rables, fac­tures incom­men­su­rables, etc.) l’industrie ato­mique n’a jamais cou­vert plus de 17% de la consom­ma­tion fran­çaise d’énergie (nous par­lons bien ici de l’énergie et non de la seule élec­tri­ci­té, laquelle ne repré­sente que 20% envi­ron de la consom­ma­tion d’énergie).

Il est donc impos­sible de sor­tir d’un « tout nucléaire »… qui n’existe pas. Ce sub­ter­fuge vise à faire oublier que c’est le nucléaire tout court qui est inac­cep­table, et pas seule­ment un pré­ten­du « tout nucléaire ». Il est d’ailleurs déplo­rable que des élus dits « éco­lo­gistes » accré­ditent ce tour de passe-passe dans le but évident de sécu­ri­ser les sièges de par­le­men­taires qui leur sont accor­dés par le très pro­nu­cléaire PS, et pour cer­tains dans l’espoir de deve­nir ministres en bafouant les man­dats qu’ils sont cen­sés défendre.

L’Observatoire du nucléaire dénonce aus­si le fait que les deux mesures les plus média­ti­sées de la loi, à savoir la dimi­nu­tion de la part du nucléaire dans la pro­duc­tion d’électricité et la fer­me­ture de la cen­trale nucléaire de Fessenheim, relèvent elles aus­si de la supercherie.

En effet, quel cré­dit accor­der à la pro­messe d’une dimi­nu­tion d’ici 2025 de 75% à 50% de la part du nucléaire dans la pro­duc­tion fran­çaise d’électricité… sachant que le man­dat de M Hollande s’arrête en 2017 ? En effet, cette mesure sera très pro­ba­ble­ment annu­lée par le pro­chain Président… y com­pris si c’est M Hollande lui-même : il est facile pour un poli­ti­cien pro­fes­sion­nel de s’appuyer sur « un contexte qui a chan­gé » pour jus­ti­fier l’enterrement ses propres engagements….

Cette réduc­tion est d’autant plus impro­bable que la loi votée n’impose pas de dimi­nu­tion de la pro­duc­tion nucléaire mais un simple pla­fon­ne­ment (à 63,2 giga­watts) : ce sys­tème absurde per­met à EDF de mettre en ser­vice de nou­veaux réac­teurs en échange de toute éven­tuelle fer­me­ture et, réci­pro­que­ment, de ne fer­mer des réac­teurs que lorsque de nou­veaux sont prêts à les rem­pla­cer ! Un enfant de 5 ans com­prend que ce n’est pas ain­si que l’on peut faire bais­ser la part du nucléaire…

Enfin, la seule fer­me­ture de cen­trale - celle de Fessenheim (Haut-Rhin) - annon­cée par M Hollande pour son man­dat 2012-2017 est d’ores et déjà com­pro­mise puisque le réac­teur EPR en chan­tier à Flamanville connaît de telles décon­ve­nues qu’il ne sera pas mis en ser­vice en 2017 et pour­rait même être aban­don­né du fait des graves fai­blesses de sa cuve. EDF n’aura donc qu’à mon­trer que le pla­fond légal de 63,2 giga­watts n’est pas dépas­sé pour main­te­nir en ser­vice Fessenheim et les autres cen­trales bien qu’elles soient déjà qua­si­ment toutes obso­lètes et déla­brées.

Alors que la part du nucléaire dans l’électricité mon­diale s’est effon­drée de 17% en 2001 à 10% à ce jour, la France conti­nue de s’enfoncer dans l’impasse nucléaire illus­trée par la faillite avé­rée d’Areva et celle à venir d’EDF, plom­bée par son parc nucléaire péri­mé. Si une gigan­tesque catas­trophe finan­cière est désor­mais cer­taine, c’est aus­si un Fukushima fran­çais qui est plus pro­bable que jamais à moyenne ou brève échéance. L’alerte est lan­cée, per­sonne ne pour­ra faire mine de tom­ber des nues…