Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Rejets délibérés de plutonium : l’Observatoire du nucléaire porte plainte contre EDF et Marcel Boiteux

7 mai 2015 · julienschwartz

Bien que com­men­cés en 1980, il est très pos­sible que ces rejets cri­mi­nels, qui se sont pour­sui­vis pen­dant des années, ne soient pas prescrits

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A la suite des révé­la­tions faites par le docu­men­taire Spécial inves­ti­ga­tion dif­fu­sé par Canal + lun­di 4 mai 2015, l’Observatoire du nucléaire a sai­si son avo­cat pour por­ter plainte en jus­tice contre EDF et son PDG de l’époque Marcel Boiteux, et contre les diri­geants poli­tiques éven­tuel­le­ment complices.
Titré Nucléaire : la poli­tique du men­songe, le docu­men­taire de Canal + revient sur l’accident nucléaire sur­ve­nu le 13 mars 1980 à la cen­trale nucléaire de Saint-Laurent-les-Eaux (Loir-et-Cher). Bien que qua­si­ment occul­té à l’époque, l’existence de cet acci­dent était connu, évo­qué par exemple dans l’ouvrage L’Insécurité nucléaire [1].

Mais ce que révèle le docu­men­taire de Canal +, et qui est d’une incroyable gra­vi­té, c’est que les rejets radio­ac­tifs qui ont eu lieu (et qui se sont pour­sui­vis pen­dant des années) n’ont pas eu lieu de façon acci­den­telle mais de façon déli­bé­rée :[* EDF a déci­dé de se débar­ras­ser dis­crè­te­ment, dans l’environnement, des matières radio­ac­tives concer­nées par l’accident, à com­men­cer par le plus toxique des élé­ments, le plutonium.*]

Le carac­tère déli­bé­ré de ces actes cri­mi­nels est recon­nu par le PDG d’EDF de l’époque, Marcel Boiteux, d’ailleurs tou­jours Président d’honneur d’EDF à ce jour. Il est très pro­bable que des rive­rains de la cen­trale ont déve­lop­pé des can­cers sans jamais savoir qu’ils ont été cau­sés par ces rejets volontaires.

Il est impor­tant de noter que, même si l’accident a eu lieu en 1980, les rejets opé­rés par EDF ne sont pas néces­sai­re­ment pres­crits car ils ont eu lieu pen­dant des années : seule une enquête déci­dée par la Justice, appuyée par des experts indé­pen­dants, pour­ra déter­mi­ner quand ces rejets ont ces­sé. Or, en cas d’infraction dans la durée, la pres­crip­tion court à par­tir du der­nier jour de l’acte délictuel.

Dans tous les cas, le gou­ver­ne­ment doit prendre ses res­pon­sa­bi­li­tés et faire toute la lumière sur cette affaire gra­vis­sime… et sur les pro­bables autres qui n’ont jamais été révé­lées : com­ment croire que les diri­geants d’EDF, capables de reje­ter secrè­te­ment du plu­to­nium dans l’environnement, n’ont pas com­mis d’autres actes aus­si graves et criminels ?

De façon plus géné­rale, alors que le parc nucléaire d’EDF s’approche de sa fin de vie, que les révé­la­tions se suc­cèdent concer­nant graves fautes indus­trielles et finan­cières d’EDF et d’Areva, et dans le contexte de la catas­trophe de Fukushima, cette affaire démontre qu’il faut au plus vite mettre un terme à la regret­table aven­ture nucléaire dans laquelle les diri­geants poli­tiques ont plon­gé la France.

La déci­sion d’arrêter au plus vite le nucléaire en France est la seule façon d’éviter une nou­velle catas­trophe nucléaire, de ne pas aggra­ver les consé­quences finan­cières désas­treuses qui s’annoncent (faillite d’Areva, graves défi­cits chez EDF…), et d’empêcher les diri­geants de l’industrie nucléaire de conti­nuer à men­tir aux citoyens et de nuire à leur san­té en les conta­mi­nant acci­den­tel­le­ment et par­fois délibérément.


[1L’Insécurité nucléaire, 2006, Éd Yves Michel, cf http://tchernobyl.en.france.free.fr