Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Démanteler Areva et vendre ce qui peut l’être encore…

24 février 2015 · ana duarte

Illustration non retrou­vée dans les archives — 1_Areva au bord de la faillite

Alors que les citoyens de France sont sou­mis à l’austérité et la pré­ca­ri­té, que les ser­vices publics manquent cruel­le­ment de finan­ce­ments, il est abso­lu­ment injus­ti­fiable que l’argent public soit une nou­velle fois gas­pillé pour venir ren­flouer l’industrie nucléaire en per­di­tion. Il faut d’ailleurs rap­pe­ler que, en décembre der­nier, M Macron a fait rache­ter par l’État 27,4 mil­lions d’actions Areva à 30% au des­sus de leur cota­tion, gas­pillant déjà 334 mil­lions d’euros d’argent public [1].

Longtemps sur­nom­mée le « géant du nucléaire », l’entreprise Areva était en réa­li­té en situa­tion de pré-faillite depuis plu­sieurs années, ce que nous l’annoncions dès 2009, à l’époque pour le compte du Réseau Sortir du nucléaire [2]. Cotée à 82 euros il n’y pas si long­temps, l’action Areva à la bourse de Paris ne vaut aujourd’hui plus que 9 euros : qua­si­ment 90% de pertes.

Il est grand temps de prendre acte de ce que le nucléaire n’a plus d’avenir : la part de cette éner­gie dans l’électricité mon­diale s’est effon­drée de 17% en 2001 à 9% à ce jour, et ce pro­ces­sus va conti­nuer au fil des fer­me­tures défi­ni­tives de réac­teurs : la majo­ri­té des 390 encore en ser­vice approchent ou ont dépas­sé 30 ans d’âge. Ainsi, aux USA, déjà 5 réac­teurs ont été défi­ni­ti­ve­ment fer­més ces der­niers mois [3].

De fait, même du point de vue indus­triel, plus rien ne jus­ti­fie de ren­flouer encore l’entreprise Areva qui, au contraire, doit être déman­te­lée. Les acti­vi­tés encore utiles (par exemple dans le déman­tè­le­ment des réac­teurs) doivent être ven­dues tant qu’elles ont encore un peu de valeur.

Pendant des années, alors qu’une majo­ri­té de la presse conti­nuait à annon­cer (vai­ne­ment) un pré­ten­du « grand retour du nucléaire » [4], l’Observatoire du nucléaire n’a ces­sé d’alerter sur le crash annon­cé de l’industrie nucléaire en géné­ral et d’Areva en particulier.

Il est néces­saire aus­si de rap­pe­ler la cou­pable véné­ra­tion d’une par­tie de la presse pour Anne Lauvergeon, sur­nom­mée « Atomic Anne » ou même « La femme la plus puis­sante du monde ». Les por­traits dithy­ram­biques et les repor­tages com­plai­sants se sont mul­ti­pliés alors que les inves­tis­se­ments consen­tis étaient absurdes : affaire de cor­rup­tion Uramin, inves­tis­se­ments rui­neux aux USA pour construire des réac­teurs qui ne ver­ront jamais le jour, etc.

Par ailleurs, les trois réac­teurs EPR « ven­dus » ont en réa­li­té été bra­dés : un EPR à 3 mil­liards en Finlande pour un coût réel de plus de 10 mil­liards, et moins de 5 mil­liards en Chine pour DEUX îlots nucléaires d’EPR. Les Echos de ce jour recon­naissent d’ailleurs que cette vente a déga­gé « une marge nette néga­tive » [5], c’est-à-dire une perte finan­cière (d’ampleur encore inconnue).

En 2010, sans peur du ridi­cule, Mme Lauvergeon annon­çait encore la vente de… « 60 réac­teurs d’ici 2020 », sans que per­sonne ne fasse ces­ser cette mas­ca­rade : aucun réac­teur n’a en réa­li­té été ven­du, même si quelques pro­jets sont encore agi­tés ici où là avant d’être annu­lés à leur tour.

L’Observatoire du nucléaire, qui vient de rem­por­terune vic­toire pro­bante contre Areva en jus­tice, dénonce aus­si les méthodes nau­séa­bondes de l’industrie nucléaire et la pour­suite de la poli­tique colo­niale de la France au Niger pour s’accaparer à un tarif déri­soire l’uranium de ce pays : la pré­ten­due « indé­pen­dance éner­gé­tique » appor­tée par le nucléaire à la France est en réa­li­té basée sur les impor­ta­tions et le pillage.

La faillite d’Areva est la bonne oppor­tu­ni­té pour mettre défi­ni­ti­ve­ment à l’arrêt cette indus­trie mal­fai­sante qui laisse der­rière elle des cen­taines de réac­teurs à déman­te­ler et des déchets radio­ac­tifs qui vont res­ter dan­ge­reux pen­dant des millénaires…


[1Détournement de 334 mil­lions d’euros publics au pro­fit du Commissariat à l’énergie atomique

[2http://www.sortirdunucleaire.org/Publication-des-comptes-2008-d

[3Crystal River 3, San Onofre 1 et 2, Kewaunee 1 et Vermont Yankee

[4Par exemple cette cou­ver­ture deCourrier International

[5Les Echos, 24 février 2015 : http://bit.ly/1FSbgVw