Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Bonus « écologique » pour voiture électrique : écologiquement inefficace, socialement injuste

5 février 2015 · ana duarte

Débranchez les voi­tures électriques/nucléaires !!!

Pour ten­ter de doper les achats de voi­tures élec­triques, Mme Royal a annon­cé la mise en place d’un bonus pré­ten­du « éco­lo­gique » pou­vant aller jusqu’à 10 000 euros pour qui aban­don­ne­rait une vieille voi­ture die­sel. Il ne faut cepen­dant pas oublier que, d’ores et déjà, l’Etat offre 6300 euros sans condi­tion à tout ache­teur de voi­ture élec­trique, ce bonus étant sou­vent com­plé­té par un autre venant de la Région.

Cela signi­fie que des lourdes sommes publiques sont gas­pillées pour une démarche qui est inef­fi­cace sur le plan éco­lo­gique et injuste sur le plan social  : l’argent de tous est offert aux indus­triels et aux gens aisés (car ce ne sont pas les ouvriers ou les smi­cards qui achètent des voi­tures électriques)

Inefficace sur le plan écologique

Il est absurde et vain de dépen­ser de l’argent public pour rem­pla­cer des voi­tures pol­luantes (ther­miques) par d’autres voi­tures pol­luantes (élec­triques, et en réa­li­té nucléaires puisque rechar­gées sur le réseau ErDF, à 75% ali­men­té par le nucléaire).

Pour mémoire, l’Observatoire du nucléaire a contraint les prin­ci­paux construc­teurs de voi­tures élec­triques à reti­rer les mots « propre » ou « éco­lo­gique » de leurs publi­ci­tés [1], en par­ti­cu­lier parce que le rechar­ge­ment des bat­te­ries est effec­tué en France à 75% par de l’électricité nucléaire, et parce que la construc­tion des voi­tures élec­triques et de leurs bat­te­ries a des consé­quence graves sur l’environnement (par exmeple par les mines de lithium, métal uti­li­sé pour les batteries).

Par ailleurs, l’Ademe a mon­tré que, même pour les émis­sions de CO2, la voi­ture élec­trique n’est pas plus ver­tueuse que la voi­ture ther­mique [2] : il faut avoir rou­lé de 50 000 à 100 000 km en voi­ture élec­trique pour com­men­cer à émettre moins de co2 qu’avec une voi­ture ther­mique. Cela cor­res­pond à 10 à 20 km par jour 365 jours par an pen­dant 10 ans ! Or les tra­jets en voi­tures élec­triques sont très courts : il est pro­bable que ces kilo­mé­trages ne seront sou­vent pas atteints, ou alors à peine dépassés.

D’autre part, sauf à se sou­mettre à la com­mu­ni­ca­tion du lob­by nucléaire, il n’y a pas que les émis­sions de co2 et de par­ti­cules qui posent pro­blème : l’électricité fran­çaise est certes moins « car­bo­née », mais elle vient majo­ri­tai­re­ment de cen­trales nucléaires qui pro­duisent des déchets radio­ac­tifs… fort peu éco­lo­giques. A nou­veau, les expres­sions « voi­ture propre » et « voi­ture éco­lo­gique » sont des absur­di­tés que l’on regrette de voir reprises telles quelles ici où là…

Qui plus est, il faut rap­pe­ler que les voi­tures élec­triques de M Bolloré (en par­ti­cu­lier les sys­tèmes Autolib à Paris, Bluecub à Bordeaux, Bluely à Lyon) consomment de l’électricité même lorsque leurs bat­te­ries sont pleines afin de les main­te­nir à 80° : gas­pillage d’électricité et pro­duc­tion sup­plé­men­taire de co2 et de déchets radioactifs…

Une insup­por­table délo­ca­li­sa­tion de la pollution

Bien sûr, la voi­ture élec­trique ne pol­lue pas (ou peu) au moment où elle roule : les pol­lu­tions ont lieu avant, après, et sur­tout ailleurs. Il s’agit d’une insup­por­table délo­ca­li­sa­tion de la pol­lu­tion au pro­fit d’urbains occi­den­taux aisés qui « paradent » en voi­tures élec­triques… tout en pol­luant loin de chez eux.

Mme Royal ferait bien de regar­der com­ment la ville de Berlin a consi­dé­ra­ble­ment assai­nit son air [3] en impo­sant des condi­tions dra­co­niennes aux voi­tures ther­miques… et non en ten­tant vai­ne­ment de rem­pla­cer la peste (voi­tures ther­miques) par le cho­lé­ra (voi­tures électriques).

Antidémocratique et anti-social

Poursuivi en jus­tice par Bolloré qui a por­té plainte contre les débran­che­ments d’Autolib (Paris) ou de Bluecub (Bordeaux) en charge sur la voie publique, l’Observatoire du nucléaire ne se laisse pas inti­mi­der et conti­nue à dénon­cer les men­songes des construc­teurs de voi­tures élec­triques (Renault et Bolloré en tête). Ce com­bat sera d’ailleurs illus­tré dans l’émission Envoyé spé­cial de ce jeu­di [4].

L’Observatoire du nucléaire dénonce avec la même vigueur le fait que l’argent public soit gas­pillé en étant offert par les pou­voirs publics aux construc­teurs de voi­tures et de bornes élec­triques, au lob­by nucléaire (la qua­si tota­li­té de bornes pré­vues seront ali­men­tées par ErDF, à 75% par le nucléaire) et aux citoyens aisés (99% des ache­teurs de voi­tures élec­triques) qui béné­fi­cient donc de l’argent de tous.

Les bonus pré­ten­dus « éco­lo­giques » sont de fait injus­ti­fiables tant sur le plan éco­lo­gique que sur celui de la jus­tice sociale, de même d’ailleurs que le finan­ce­ment des bornes de rechar­ge­ment par l’état, les com­munes et autres col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales : lorsqu’il appa­rai­tra que ces bornes sont inutiles et déjà obso­lètes, et que l’argent public aura été mas­si­ve­ment gas­pillé, ce dos­sier fera l’objet d’un scan­dale de la plus grande ampleur [5].


[1France5 : La voi­ture élec­trique n’est ni « propre » ni « éco­lo » : L’ODN contre la voi­ture élec­trique… et nucléaire

[2La Tribune, 4 décembre 2013

[3JT 13h France 2 du 8 décembre 2014, cur­seur à 14min30

[4Envoyé spé­cial

[5Économie matin, 28 novembre 2014