Observatoire du nucléaire

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Nucléaire : l’effet d’annonce de Mme Royal est encore plus risible que celui de M. Sarkozy en 2008

14 janvier 2015 · ana duarte

CHARB, Charlie-Hebdo, jour­nal anti-nucléaire Charb

Il a donc suf­fit d’un simple effet d’annonce de Mme Royal - « Il faut pro­gram­mer la construc­tion d’une nou­velle géné­ra­tion de réac­teurs qui pren­dront la place des anciennes cen­trales lorsque celles-ci ne pour­ront plus être réno­vées » - pour que les zéla­teurs habi­tuels de l’atome s’enflamment et titrent ici où là sur le « grand retour de l’atome »… annon­cé depuis 15 ans mais jamais au rendez-vous.

Rappelons donc que, le 25 sep­tembre 2008, alors Président de la République, M Sarkozy s’autorisait déjà exac­te­ment ce même effet d’annonce sans len­de­main : « Le rem­pla­ce­ment de nos cen­trales nucléaires par les cen­trales de la nou­velle géné­ra­tion sera accé­lé­ré » (Cf. dépêche AFP du 25/09/2008 [1]).

Jamais avare de vaines décla­ra­tions, M. Sarkozy avait même annon­cé quelques mois plus tard le choix du site de Penly pour un second EPR en France : « Le pré­sident de la République confirme le lan­ce­ment à Penly, en Seine-Maritime, de la réa­li­sa­tion d’une deuxième cen­trale nucléaire de type EPR en France » (Cf. dépêche AFP du 29/01/2009 [2]). Tout ceci a été aban­don­né entre temps.

Six ans et demi plus tard, non seule­ment les rêves des nucléo­crates n’ont pas pro­gres­sé d’un pouce, mais la situa­tion de l’atome hexa­go­nal s’est tel­le­ment dégra­dée que l’annonce de Mme Royal n’est plus seule­ment vaine (comme celles de M. Sarkozy), elle est aus­si tota­le­ment ridicule.

Ainsi, après avoir atteint 87 euros et 82 euros à la bourse de Paris, les cota­tions d’EDF et d’Areva se sont effon­drées à 21 euros et 9 euros, res­pec­ti­ve­ment 75% et 90% de pertes. Un véri­table « triomphe ». Il est désor­mais de noto­rié­té publique qu’Areva est en situa­tion de faillite, plom­bée entre autre par le chan­tier catas­trophe de l’EPR fin­lan­dais et par l’affaire de cor­rup­tion Uramin, mais aus­si par le mar­ché mon­dial du nucléaire, en totale déconfiture.

Un « joli » bilan pour Mme Lauvergeon qui a pour­tant été encen­sée par la presse pen­dant ses années de règne, sur­nom­mée « la femme la plus puis­sante du monde » ou « Atomic Anne », et féli­ci­tée pour avoir remis l’industrie nucléaire « sur les bons rails » : il s’agissait en fait d’une voie de garage, avec pro­ba­ble­ment une déri­va­tion vers la case pri­son si la jus­tice n’est pas empê­chée de faire son travail.

La situa­tion d’EDF est à peine moins dra­ma­tique, elle-même plom­bée par son propre chan­tier EPR de Flamanville (Manche) mais aus­si par la pro­duc­tion de plus en plus mas­sive d’électricité renou­ve­lable en Europe : après avoir raillé si long­temps ces éner­gies renou­ve­lables pré­ten­dues « négli­geables », les ato­mistes se plaignent désor­mais de leur pro­duc­tion trop mas­sive… et trop bon marché !

Et ce d’autant plus que, pen­dant ce temps, le coût du nucléaire a explo­sé : pour pou­voir pré­tendre que l’électricité nucléaire était « bon mar­ché », et même « la moins chère du monde », les nucléo­crates ont repous­sé dans le temps les lourdes fac­tures inhé­rentes à cette indus­trie. Mais l’heure des comptes a sonné.

Ainsi, les aug­men­ta­tions du prix de l’électricité en France se suc­cèdent à un rythme effré­né et ne sont pas près de s’arrêter. Et encore, EDF a à peine enta­mé le pro­gramme pom­peu­se­ment appe­lé « grand caré­nage » qui consiste dépen­ser - et non à « inves­tir » comme le pré­tend EDF, terme mal­heu­reu­se­ment repris tel quel par de nom­breux médias - pour rafis­to­ler à grands frais les réac­teurs en com­men­çant par les plus délabrés.

Annoncé à 55 mil­liards, le coût de ce pro­gramme sera pro­ba­ble­ment de 100 ou 150, voire 200 mil­liards : dans le nucléaire, les fac­tures réelles sont tou­jours beau­coup plus lourdes qu’annoncé, comme le démontre ce pauvre réac­teur EPR dont le coût est pas­sé de 2,8 mil­liards au départ à près de 10 mil­liards aujourd’hui, en atten­dant les fac­tures finales pour Areva et EDF.

L’industrie nucléaire fran­çaise va avoir de grandes dif­fi­cul­tés pour sim­ple­ment sur­vivre, il est donc tota­le­ment impro­bable de la voir construire de nou­veaux réac­teurs, ce dont elle s’avère d’ailleurs tota­le­ment inca­pable tech­ni­que­ment tant en Finlande qu’à Flamanville, mais aus­si financièrement.

La construc­tion du parc nucléaire actuel a été déci­dée au début des années 70 par quelques per­sonnes, sans même l’aval de l’Assemblée natio­nale, et elle a été finan­cée par l’argent public qui cou­lait encore à flots à l’époque (c’était encore la période dite des « Trente glo­rieuses »). Les « élites » actuelles n’hésiteraient abso­lu­ment pas à réédi­ter le même coup de force anti­dé­mo­cra­tique mais, cette fois, les caisses sont vides…

Les décla­ra­tions de Mme Royal sont donc par­fai­te­ment vaines et ridi­cules, il n’y aura pas de nou­veau parc nucléaire. EDF va juste essayer de faire durer le plus long­temps pos­sible les réac­teurs actuels… pro­ba­ble­ment jusqu’à ce que l’un d’entre eux devienne le Fukushima français.


[1L’effet d’annonce de M Sarkozy en 2008, qui semble avoir fait aujourd’hui l’objet d’un « copier col­ler » de la part de Mme Royal :
Sarkozy veut accé­lé­rer le rem­pla­ce­ment des cen­trales nucléaires

AFP - 25 sep­tembre 2008 - Le pré­sident Nicolas Sarkozy a annon­cé jeu­di à Toulon son inten­tion d’accélérer le rem­pla­ce­ment des cen­trales nucléaires « par les cen­trales de la nou­velle géné­ra­tion ». « Le rem­pla­ce­ment de nos cen­trales nucléaires par les cen­trales de la nou­velle géné­ra­tion sera accé­lé­ré », a décla­ré le chef de l’Etat dans un dis­cours sur la situa­tion éco­no­mique, après avoir assu­ré que le gou­ver­ne­ment allait « déve­lop­per mas­si­ve­ment les pro­grammes de recherche dans les nou­velles sources d’énergie » et « les tech­no­lo­gies propres ». M. Sarkozy avait annon­cé début juillet la construc­tion, en France, d’un deuxième réac­teur nucléaire de troi­sième géné­ra­tion EPR dont la construc­tion pour­rait démar­rer en 2011. Un pre­mier EPR est actuel­le­ment en chan­tier à Flamanville (Manche, ouest) et doit entrer en ser­vice en 2012.

[2L’annonce gra­tuite de M Sarkozy en jan­vier 2009. Il n’a plus jamais repar­lé de ce pro­jet qui a été enter­ré depuis par EDF. A noter que la construc­tion devait « com­men­cer en 2012 »…

Sarkozy confirme la construc­tion d’un 2eme EPR à Penly

AFP - 29 jan­vier 2009 - Le pré­sident Nicolas Sarkozy a annon­cé jeu­di soir par un com­mu­ni­qué la construc­tion d’une deuxième cen­trale nucléaire EPR à Penly (Seine-Maritime), confir­mant les infor­ma­tions du site inter­net du Figaro.

Le chef de l’Etat confirme aus­si que GDF Suez sera asso­cié mino­ri­taire du pro­jet conduit par EDF. « Le pré­sident de la République confirme le lan­ce­ment de la réa­li­sa­tion d’une deuxième cen­trale nucléaire de type EPR en France », indique un com­mu­ni­qué de l’Elysée.

« L’État valide le pro­jet d’EDF de réa­li­ser cette cen­trale sur le site de Penly, en Seine-Maritime », lit-on ensuite : « EDF réa­li­se­ra cet équi­pe­ment dans le cadre d’une socié­té de pro­jet dont il aura la majo­ri­té. GDF SUEZ sera asso­cié à ce pro­jet. D’autres par­te­naires dési­reux de par­ta­ger l’investissement et l’approvisionnement élec­trique seront invi­tés à y participer ».

L’Élysée pré­cise qu’EDF « dépo­se­ra dans les pro­chaines semaines un dos­sier sur ce grand pro­jet à la com­mis­sion natio­nale du débat public, en vue de com­men­cer la construc­tion en 2012 et de rac­cor­der la cen­trale au réseau en 2017 ». Enfin, « dans la pers­pec­tive du déve­lop­pe­ment ulté­rieur de la filière, l’État recon­naît la volon­té de GDF SUEZ d’assumer la maî­trise d’ouvrage et l’exploitation de l’EPR sui­vant », c’est-à-dire le troi­sième du genre.