Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de Presse - Décembre 2014

1 janvier 2015 · Stéphane Lhomme

Charlie Hebdo, journal antinucléaire

Voici avec un peu de retard la revue de presse de décembre 2014. Elle est dédiée à Charlie-Hebdo, jour­nal qui a tou­jours raillé le nucléaire tant par des articles que par des des­sins. On nous per­met­tra d’ironiser un ins­tant sur les nucléo­crates qui ont assu­ré « Je suis Charlie »…

Nous avons une pen­sée par­ti­cu­lière pour Fabrice Nicolino, gra­ve­ment bles­sé à la jambe lors de l’attaque du 7 jan­vier, qui avait en grande par­tie réa­li­sé le numé­ro spé­cial de Charlie-Hebdo « L’escroquerie nucléaire » que nous avions pré­sen­té lors de sa sor­tie dans cette revue de presse, dont vous pou­vez voir la réclame ici : http://bit.ly/14QkLVc

Bien enten­du, cette revue de presse est agré­men­tée de des­sins anti­nu­cléaires de Charlie-Hebdo. Merci à leurs auteurs, vivants ou morts… mais de toute façon vivants.

Un numé­ro spé­cial de Charlie-Hebdo que vous pou­vez tou­jours ache­ter…

Chantier EPR : faire un réacteur nucléaire tue. Verdict le 25 février.

La reli­gion nucléaire, par Charb

Nous avons régu­liè­re­ment évo­qué cette affaire qui illustre les condi­tions moyen­âgeuses dans les­quelles sont exploi­tés les tra­vailleurs sur le chan­tier du réac­teur EPR de Flamanville. Et encore, bien que ce soit pro­ba­ble­ment lié, il ne s’agit même pas ici de reve­nir sur les graves mal­fa­çons et lourds retards de ce chan­tier catas­tro­phique, sans par­ler de la fac­ture mul­ti­pliée à ce jour par 3 (8,5 mil­liards au lieu de 2,8 et pro­ba­ble­ment bien plus au final).

En l’occurrence, c’est car­ré­ment la vie des ouvriers qui est en jeu, et elle est car­ré­ment mépri­sée par les don­neurs d’ordre, en par­ti­cu­lier EDF et Bouygues qui se cachent der­rière les sous-traitants aux­quels ils délèguent le sale bou­lot. De nom­breux acci­dents du tra­vail ne sont pas décla­rés et, comme démon­tré dans l’excellent repor­tage de Pascale Pascariello, les res­pon­sable de la sécu­ri­té du tra­vail sont licen­ciés s’ils tentent de faire cor­rec­te­ment leur tra­vail.

C’est ain­si que deux tra­vailleurs sont morts en 2011 sur le chan­tier EPR. Condamnées lors d’un pre­mier pro­cès, les socié­tés Bouygues et Tissot ont bien enten­du fait appel et, étran­ge­ment, l’avocat géné­ral de la cour d’appel de Caen a requis une peine allé­gée pour Bouygues. La déci­sion a été mise en déli­bé­ré au 25 février pro­chain.

Voiture électrique (nucléaire) : un flop à tout prix !

La voi­ture électrique/nucléaire, par Cabu

Malgré une dés­in­for­ma­tion mas­sive par la publi­ci­té mais aus­si par de nom­breux articles ou repor­tages com­plai­sants, la voi­ture élec­trique ne décolle pas. Mieux : le mois der­nier, les Échos révé­laient qu’à peine 30% des ventes étaient dues aux par­ti­cu­liers : « Les flottes d’entreprise, les réseaux d’autopartage et les conces­sions assurent plus des deux tiers des débou­chés. » (cf http://bit.ly/1tGbXrm )

L’Observatoire du nucléaire a mené une croi­sade qua­si soli­taire depuis des mois contre la voi­ture rechar­gée au nucléaire mais aus­si contre le gas­pillage mas­sif d’argent public pour ins­tal­ler par­tout en France des bornes de rechar­ge­ment qui seront obso­lètes à peine ins­tal­lées (cf http://bit.ly/1AmnWBL ).

Mais on peut noter enfin quelques fré­mis­se­ments ici où là. Après l’excellent repor­tage de France5 (rap­pel : http://bit.ly/1ywEXIJ ), et avant un atten­du Envoyé spé­cial, c’est Que choi­sir qui s’y colle, pru­dem­ment tou­te­fois, en deman­dant « Est-il rai­son­nable d’imposer aux pro­mo­teurs immo­bi­liers des équi­pe­ments de recharge pour les véhi­cules élec­triques dans tous les bâti­ments neufs ? » et en recon­nais­sant que « L’éventualité que ces équi­pe­ments ne servent jamais ne peut être exclue. »

Pour sa part, Le Monde se demande (il est grand temps !) « A quoi sert vrai­ment une Autolib ? » et conclut « Pour résu­mer, Autolib’ appa­raît comme un ser­vice, très pra­tique mais très coû­teux, per­met­tant aux cadres de sexe mas­cu­lin d’éviter de prendre le RER ou de cher­cher un taxi quand ils rentrent tard du bureau… »
.

Ainsi que nous l’avons déjà noté, il se confirme qu’avec ses voi­tures nucléaires, M. Bolloré (Autolib à Paris, Bluecub à Bordeaux, Bluely à Lyon) attire à la voi­ture indi­vi­duelle des gens qui pre­naient aupa­ra­vant les trans­ports en com­mun : quelle « réus­site » pour un sys­tème d’autopartage sen­sé réduire la place de la voi­ture et pro­té­ger l’environnement !

Cigeo : l’enfouissement des déchets nucléaires prend l’eau (chaude)

L’enfouissement des déchets radio­ac­tifs par Tignous

Lorsque les nucléo­crates ont cher­ché un endroit pour enfouir leurs déchets radio­ac­tifs, ils ont fait sem­blant de recher­cher un site appro­prié sur le plan géo­lo­gique. En réa­li­té, ce n’était pas la résis­tance de la roche qu’ils tes­taient, mais la résis­tance de la popu­la­tion.
C’est ain­si qu’ils ont fina­le­ment choi­si Bure, un lieu presque désert aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne. Pas de chance, le site sur­plom­bait un gise­ment poten­tiel de géo­ther­mie, cas exclu par la loi. Qu’à cela ne tienne : le vrai domaine de com­pé­tence de l’industrie nucléaire étant le men­songe, l’Andra (Agence natio­nale des déchets radio­ac­tifs) décré­ta qu’il n’y avait pas de poten­tiel géo­ther­mique à Bure.
Les cou­ra­geuses asso­cia­tions locales en lutte contre la créa­tion de cette pou­belle nucléaire ont sai­si la jus­tice. On ver­ra bien si celle ci s’en lave les mains (à l’eau chaude, ça va de soi) ou si elle fait son tra­vail en annu­lant de pro­jet d’enfouissement…

Les corrompus de l’atome se disputent le magot

Cabu

La Contribution éco­no­mique ter­ri­to­riale, qui a suc­cé­dé à la Taxe pro­fes­sion­nelle, fait tou­jours sali­ver les « cor­rom­pus de l’atome » : ces élus qui doivent leur place à leur sou­mis­sion à l’industrie nucléaire, laquelle les récom­pense en retour en leur ver­sant de belles taxes qui leur per­mettent d’être réélus, etc.
Après des décen­nies à tou­cher le magot sans en lais­ser une miette aux voi­sins, les com­munes d’implantation des cen­trales ont été obli­gées de par­ta­ger un peu par le biais des com­mu­nau­tés de com­munes et des dépar­te­ments. Mais les clés de répar­ti­tions font l’objet d’âpres négo­cia­tions : la concur­rence est rude entre cor­rom­pus et plus encore avec ceux qui vou­draient tel­le­ment l’être !

EDF dans les mains d’une véritable mafia…

Charb

Édifiant article de Médiapart qui montre que le nou­veau PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, est sous la coupe des réseaux de Gérard Longuet, ancien membre du groupe fas­ciste « Occident » dans les années 1970. D’ailleurs, M Lévy a immé­dia­te­ment offert un contrat (avec notre argent, bien sûr) à l’agence de com­mu­ni­ca­tion de la sul­fu­reuse Anne Meaux, ancienne membre d’Occident elle aus­si, et lar­ge­ment impli­quée dans le désastre d’Areva. Une sorte de mafia réac­tion­naire abon­dam­ment abreu­vée d’argent public.

On n’osera pas par­ler aus­si de mafia à pro­pos de la Cour admi­nis­tra­tive d’appel de Lyon, mais on sera pour le moins éton­né de voir qu’elle a annu­lé le juge­ment du tri­bu­nal admi­nis­tra­tif qui avait reca­lé le per­mis de construire de l’installation Iceda (dans le site de la cen­trale nucléaire du Bugey) où EDF entend entre­po­ser les déchets issus du pro­chain déman­tè­le­ment des 9 pre­miers réac­teurs fran­çais (ceux des années 50 et 60).

Tenez-vous bien : pour le Conseil d’État, la phrase : « sont inter­dites toutes les occu­pa­tions et uti­li­sa­tions non liées et néces­saire à l’activité de la cen­trale » peut être consi­dé­rée comme « n’imposant pas que ces tra­vaux aient pour objet exclu­sif de répondre à ses besoins ». Non non, rien à voir avec une mafia…

Mafia nucléaire (suite) : l’argent public détourné par Macron

Areva par Charb

On lit encore ici où là que Areva serait le « géant du nucléaire ». Or, cette entre­prise échoue par­tout où elle passe, et en par­ti­cu­lier sur le chan­tier du réac­teur EPR de Finlande. Sans oublier l’affaire de cor­rup­tion Uramin (sou­vent évo­quée dans nos colonnes). A tel point que l’action Areva à la bourse de Paris, intro­duite à 82 euros, ne vaut plus que 9 euros : 90% de pertes !
Face à ce désastre, le ban­quier Macron, dégui­sé en ministre « de gauche », a orga­ni­sé une écoeu­rante opé­ra­tion de détour­ne­ment de l’argent public : l’Etat (c’est à dire nous) a ache­té au Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) 27 412 875 actions d’Areva au prix de 334 300 010 euros.
Saisissant sa cal­cu­lette, l’Observateur du nucléaire montre que cela fait 12,2 euros par action, soit 35% au des­sus du cours bour­sier. Et 100% au des­sus de la valeur réelle de l’action Areva, qui est nulle. En résu­mé, Macron a offert 334 mil­lions d’euros au CEA. Un véri­table détour­ne­ment d’argent public. Encore des pra­tiques mafieuses ! Que fait la police ?

Encore un réacteur fermé aux USA !

par Charb

Après les réac­teurs San Onofre 1 et 2, Crystal River 3 et Kewaunee 1 en 2013, c’est celui de Vermont Yankee qui a été défi­ni­ti­ve­ment fer­mé 29 décembre 2014 mal­gré une pro­lon­ga­tion de durée de vie à 60 ans qui per­met­tait son exploi­ta­tion jusqu’en 2032.
Les pro­prié­taires de ces réac­teurs ont fait les comptes et sont arri­vés à la conclu­sion que pro­duire de l’électricité nucléaire était une acti­vi­té lar­ge­ment défi­ci­taire et qu’il fal­lait ces­ser les frais.
Après avoir long­temps été de 104, le nombre de réac­teurs en ser­vice aux USA est, pour la pre­mière fois depuis des décen­nies, repas­sé en des­sous de 100. Et ce n’est que le début de la décon­fi­ture de l’atome…

Nucléaire en Europe : plus dure est la chute

Fessenheim par Catherine

L’atome euro­péen n’est pas plus flam­boyant que celui des USA : sur les 131 réac­teurs en fonc­tion­ne­ment dans l’Union euro­péenne, 75% tournent depuis plus de 27 ans, et la moi­tié des uni­tés sont en acti­vi­té depuis plus de 29 ans. Et 25% des uni­tés sont en pro­duc­tion depuis 33 ans ou plus. Or, construire un réac­teur prend au moins 15 ans et, de toute façon, coûte si cher que presque plus per­sonne ne veut se lan­cer dans une telle aven­ture. En clair, des dizaines de réac­teurs vont fer­mer dans les années à venir, et ils ne seront qua­si­ment pas rem­pla­cés.

Bien sûr, de façon irres­pon­sable, des pro­lon­ga­tion de durée de vie sont accor­dées, par exemple en Suisse, en Belgique, en France. Mais cela ne fait qu’accorder un sur­sis à l’industrie de l’atome, qui est irré­mé­dia­ble­ment condam­née. Elle devrait cepen­dant nous gra­ti­fier de quelques acci­dents ou catas­trophes, et lais­se­ra de toute façon à nos enfants des cen­trales à déman­te­ler, des déchets radio­ac­tifs et de lourdes fac­tures.

La version russe du fantomatique « grand retour » du nucléaire

Nucléaire russe par Riss

Depuis le début des années 2000, abon­dam­ment relayée par les jour­na­listes spé­cia­li­sés dans l’énergie (en France dans Les Échos, Le Monde, Le Figaro, la Tribune, etc), l’industrie nucléaire annonce avec tam­bours et trom­pettes la construc­tion « pro­chaine » d’innombrables réac­teurs nucléaires à peu près par­tout sur la pla­nète.

Et, depuis 15 ans, les effets d’annonce suc­cèdent aux effets d’annonce sans que jamais ne se pro­duise la ruée vers l’atome. Bien au contraire puisque, depuis 2001, la part du nucléaire dans la pro­duc­tion mon­diale d’électricité s’est effon­drée de 17% à 9%. Pas de quoi refroi­dir les Russes qui, à leur tour, mul­ti­plient… les annonces.

Ainsi, Rosatom avance un car­net de com­mandes de 100 mil­liards de dol­lars, et pas moins de 81 réac­teurs en pro­jet. Une liste sidé­rante… dont on peut illi­co rayer 32 réac­teurs « à l’étude » (100% bla bla), ain­si que 26 réac­teurs « en cours de négo­cia­tion » (à peine moins vir­tuels que les pré­cé­dents).

Quant aux 23 pro­jets res­tants, il faut lire avec atten­tion la légende de l’infographie des Echos : « pro­jets de construc­tion en route ». Attention : cette for­mule laisse croire que les chan­tiers sont com­men­cés, ce qui est faux pour la qua­si tota­li­té des cas ! En effet, la plu­part des clients poten­tiels hésitent devant le coût gigan­tesque d’un réac­teur nucléaire. Mais les Russes ont trou­vé la « solu­tion » : ils pro­posent de payer eux-mêmes le réac­teur, à charge pour eux de se rem­bour­ser ensuite par la vente d’électricité.

Ces effets d’annonce sont déjà ridi­cules en temps ordi­naire, ils le sont encore plus actuel­le­ment alors que le prix du pétrole et du gaz s’effondre, ce qui entraîne à la fois une concur­rence redou­table pour le nucléaire et une chute bru­tale des ren­trées de devises pour les pays pro­duc­teurs d’hydrocarbures… et en par­ti­cu­lier la Russie, confron­tée par ailleurs à la déroute du rouble. En clair : Rosatom est tota­le­ment inca­pable de finan­cer les chan­tiers annon­cés. Le bla-bla ne fait (heu­reu­se­ment) pas pous­ser les réac­teurs…

Le nucléaire sud-coréen vérolé

En décembre 2009, la pré­ten­due « équipe de France du nucléaire (EDF, Areva, CEA) essuyait un échec reten­tis­sant aux Émirats arabes unis : ces der­niers ayant déci­dé de s’offrir une cen­trale nucléaire, dif­fé­rents construc­teurs s’étaient pro­po­sés et la vic­toire ne pou­vait évi­dem­ment pas échap­per à l’atome hexa­go­nal.

Badaboum, ce sont en réa­li­té les Coréens du Sud qui ont décro­ché le mar­ché. Il faut dire que, même si les Émirats sont très riches, la dif­fé­rence de prix était énorme. Par ailleurs le désastre des chan­tiers EPR (Finlande, Flamanville) prou­vait déjà que la sûre­té n’était pas non plus du côté fran­çais.

Mais, en 2012, un scan­dale incroyable était révé­lé concer­nant le nucléaire sud-coréen (cf notre revue de presse du 2 novembre 2012 : http://bit.ly/1z00IRn ) : cor­rup­tion, opa­ci­té, uti­li­sa­tion dans les cen­trales de plus de 7000 pièces fal­si­fiées, etc ! Pas de quoi effrayer les Émirs qui ont main­te­nu leur confiance à Séoul.

Et voi­là qu’aujourd’hui le nucléaire sud-coréen est atta­qué par des virus ! Le voi­sin nord-coréen est soup­çon­né, mais peu importe le cou­pable : ce qui est cer­tain, c’est que la situa­tion est grave et, d’ailleurs, un acci­dent ayant cau­sé 3 morts dans une cen­trale est sup­po­sé avoir été cau­sé par les attaques infor­ma­tiques. Bon cou­rage aux Émirats…

Niger, uranium, avion et cie…

Arlit par Tignous

C’est un numé­ro « spé­cial Vietnam » mais il pré­sente cepen­dant un remar­quable repor­tage sur le Niger, comme on peut en juger avec le début de l’Edito : « Il fau­drait son­ger à eux à chaque fois qu’on allume la lumière ou qu’on recharge son télé­phone por­table. Aux habi­tants de ces vil­lages du Niger, qui voient du mine­rai d’uranium explo­ser sous leurs yeux, les pous­sières toxiques infil­trer leurs sols et conta­mi­ner leurs nappes phréa­tiques. La fée nucléaire fran­çaise, à qui nous devons 76 % de notre élec­tri­ci­té, porte aus­si en elle ses malé­fices. ».

Et enfin, le résul­tat du pro­cès d’Areva contre l’Observatoire du nucléaire sera annon­cé le 21 jan­vier.
Pour révi­ser : http://observ.nucleaire.free.fr/accueil-proces-areva.htm