Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Les derniers soubresauts d’une industrie finissante

13 octobre 2014 · ana duarte

L’industrie nucléaire orga­nise un « salon inter­na­tio­nal » du 14 au 16 octobre au Bourget pour ten­ter vai­ne­ment d’enrayer son effon­dre­ment spec­ta­cu­laire amor­cé depuis 2001.

Les hasards du calen­drier font que, quelques jours à peine avant la tenue du World Nuclear Exhibition, l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie (AIE) a publié son docu­ment annuel [1] Key World Energy Statistics 2014 [2] . La consul­ta­tion de ce docu­ment est abso­lu­ment édi­fiante, et plus encore sa com­pa­rai­son avec l’édition 2003 [3] que l’Observatoire du nucléaire met en ligne pour la bonne infor­ma­tion de toutes et tous.

A la page 24 (la pré­sen­ta­tion étant la même d’une année sur l’autre, il suf­fit de com­pa­rer les pages por­tant le même numé­ro), on constate que le nucléaire pro­dui­sait 17,1% de l’électricité mon­diale en 2001, et n’en pro­dui­sait plus que 10,9% en 2012.

Production d’éléctricité dans le monde 2001-2012

Aujourd’hui, cette part est très pro­ba­ble­ment pas­sée en des­sous des 10% car le Japon fonc­tionne avec 0% de nucléaire depuis un an, quatre réac­teurs ont été défi­ni­ti­ve­ment fer­més aux USA [4] , deux réac­teurs belges aux cuves fis­su­rées ont été arrê­tés pro­ba­ble­ment pour tou­jours, etc.

Les pro­mo­teurs de l’atome tentent de sau­ver la face en attri­buant cette véri­table chute libre à l’augmentation rapide de la pro­duc­tion issue des autres sources éner­gies (fos­siles, renou­ve­lables). Or :

Si l’industrie nucléaire peut encore annon­cer de temps en temps la signa­ture de mar­chés, il s’agit en réa­li­té seule­ment de la ges­tion de l’existant : les 390 réac­teurs encore en ser­vice sur Terre sont pour la plu­part âgés et néces­sitent des répa­ra­tions, le chan­ge­ment de pièces (géné­ra­teurs de vapeur, cou­vercles de cuve, etc). Ces acti­vi­tés repré­sentent en fait la « queue de la comète », les der­niers sou­bre­sauts d’une indus­trie nucléaire condam­née à décroître inexorablement.

On note­ra d’ailleurs la situa­tion dra­ma­tique dans laquelle se trouve Areva, le pré­ten­du « géant du nucléaire », sabor­dé tant par la conjonc­ture sombre de l’industrie nucléaire mon­diale que par les erre­ments de la période Lauvergeon (en par­ti­cu­lier l’affaire Uramin). D’ailleurs, autre­fois à 82 euros, l’action Areva à la bourse de Paris est aujourd’hui des­cen­due à 10 euros…

Il est enfin néces­saire de rap­pe­ler que le pro­jet d’EDF de construire deux réac­teurs EPR en Grande-Bretagne reste très vir­tuel tant le mon­tage finan­cier de cette opé­ra­tion reste contes­table : il va d’ailleurs être atta­qué devant la jus­tice euro­péenne par l’Autriche, pro­ba­ble­ment rejointe par d’autres pays et des entre­prises du sec­teur de l’énergie : il est injus­ti­fiable de rendre « ren­table », à grand ren­fort de sub­ven­tions publiques, une acti­vi­té lour­de­ment défi­ci­taire en plus d’être exces­si­ve­ment dangereuse.

Dans tous les cas, l’accord Londres-EDF montre que de nou­veaux réac­teurs nucléaires ne peuvent pas être construits sans de gigan­tesques sub­ven­tions publiques. Cela achève de démon­trer que l’industrie nucléaire n’a aucun ave­nir, si ce n’est pour s’occuper tant bien que mal de ses déchets radio­ac­tifs et de déman­te­ler les cen­taines de réac­teurs qui vont fer­mer dans les 20 ans à venir.

Il faut encore espé­rer que la chance per­met­tra d’éviter une ou plu­sieurs catas­trophes comme celle de Fukushima , qui n’en finit plus de s’aggraver et va conti­nuer pen­dant des décen­nies tout comme celle de Tchernobyl. Le World Nuclear Exhibition est donc clai­re­ment le chant du cygne d’une indus­trie finissante.


[1L’AIE met envi­ron deux ans pour recueillir pays par pays les don­nées les plus pré­cises, ce qui fait que l’édition 2014 donne les chiffres de 2012 et l’édition 2003 ceux de 2001.

[2http://www.iea.org/publications/freepublications/publication/KeyWorld2014.pdf

[3Keyworld ener­gy sta­tis­tics 2003

[44 réac­teurs des USA défi­ni­ti­ve­ment fer­més en 2013 : Crystal River 3, San Onofre 1 et 2, Kewaunee 1