Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Nucléaire français : le carrosse n’était que citrouille…

1 juin 2014 · ana duarte

On lit encore ici où là des inep­ties comme « La France excelle dans le nucléaire » ou « Ce nucléaire que le monde entier nous envie », etc…

Or, les incroyables décon­ve­nues d’EDF et d’Areva avec leurs réac­teurs EPR, res­pec­ti­ve­ment en chan­tier à Flamanville (Manche) et en Finlande, ne font qu’illustrer la décom­po­si­tion accé­lé­rée de l’industrie nucléaire fran­çaise, un pré­ten­du car­rosse qui n’a en réa­li­té jamais été autre chose qu’une citrouille (radio­ac­tive) .

En effet :

Les réacteurs nucléaires « français » sont en réalité américains

54 des 58 réac­teurs nucléaires « fran­çais » sont en réa­li­té amé­ri­cains, les licences de construc­tion ayant été payées (fort cher) à Westinghouse qui, aujourd’hui encore, est un concur­rent d’Areva.

On lira un inté­res­sant résu­mé de cette affaire sous la plume d’un ancien PDG de Framatome, peu soup­çon­nable d’activisme anti­nu­cléaire : https://www.mines-energie.org/Dossiers/Nucl2008_11.pdf . On note­ra en page 10 cet aveu édi­fiant : « De 1958 à 1981, Westinghouse nous a appor­té l’appui tech­nique déter­mi­nant sans lequel nous n’aurions pu acqué­rir la maî­trise de cette tech­nique. » CQFD.

Seuls les 4 réac­teurs les plus récents, situés à Chooz (Ardennes) et Civaux (Vienne), sont véri­ta­ble­ment fran­çais : il n’est donc pas éton­nant que l’un d’eux… ait connu un acci­dent grave dès sa mise en ser­vice, en 1998 à Civaux :
https://www.dissident-media.org/infonucleaire/incident_civeaux_stop.html

Note  : six réac­teurs véri­ta­ble­ment fran­çais, conçus par le Commissariat à l’énergie ato­mique avec la tech­no­lo­gie « graphite-gaz », obso­lètes avant même d’être finis, sont arrê­tés depuis 20 ou 30 ans et attendent tou­jours d’être déman­te­lés à Chinon (3), Saint-Laurent (2) et Bugey , de même que le réac­teur expé­ri­men­tal de Brennilis (« gaz-eau lourde », arrê­té depuis 1985) et le REP de Chooz A (arrê­té depuis 1991)…

Enrichissement de l’uranium : les centrifugeuses « françaises » sont étrangères

La nou­velle usine « fran­çaise » d’enrichissement de l’uranium, qui vient d’être mise en ser­vice sur le site du Tricastin (Drôme), uti­lise des cen­tri­fu­geuses ache­tées par Areva à son concur­rent euro­péen Urenco. Championne des voies de garage, la France avait choi­si, dans les années 70, la tech­no­lo­gie archaïque de la dif­fu­sion gazeuse qui consomme 50 fois plus d’électricité. Maintenant qu’elle se tourne enfin vers la cen­tri­fu­ga­tion, elle doit ache­ter les cen­tri­fu­geuses à l’étranger…

« La tech­no­lo­gie rete­nue est celle de l’enrichissement par cen­tri­fu­ga­tion, un dis­po­si­tif ache­té auprès du consor­tium Urenco. Les cen­tri­fu­geuses ins­tal­lées à l’usine GB2 en 2009 seront tout sim­ple­ment les mêmes que les 200 000 machines pré­sentes en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Allemagne ». CQFD…
(Cf.https://www.enviro2b.com/2007/03/29/… )

Échec retentissant du surgénérateur Superphénix

Il faut aus­si rap­pe­ler le véri­table désastre indus­triel et finan­cier du sur­gé­né­ra­teur Superphénix : 10 mil­liards d’euros gas­pillés et un déman­tè­le­ment qui va encore durer de longues années. EDF a pré­fé­ré stop­per les frais en 1997, sau­vant la face en attri­buant cet arrêt à un accord poli­tique entre le PS et les Verts.
Voir à ce sujet le rap­port par­le­men­taire de 1998, très inté­res­sant à lire bien que réa­li­sé par des pro­nu­cléaires radi­caux (ils ne pou­vaient évi­de­ment pas occul­ter l’ampleur de l’échec de Superphénix).

EDF en grande difficulté avec son parc nucléaire actuel

EDF peine à exploi­ter cor­rec­te­ment son parc de 58 réac­teurs dont la dis­po­ni­bi­li­té est tom­bée à 78 % lorsque d’autres pays sont à plus de 90 %. Cela signi­fie qu’un réac­teur nucléaire exploi­té par EDF est en moyenne arrê­té un jour sur cinq…
(Cf. https://bit.ly/W70iA9)

Désastre de l’EPR en Finlande (Areva) et à Flamanville (EDF)

Areva a réus­si à vendre un EPR et un seul, et encore en assu­rant aux Finlandais un prix fixe et déri­soire : 3 mil­liards. A ce jour, le chan­tier compte plus de 4 ans de retard (le réac­teur devait entrer en ser­vice en 2009 !) et la fac­ture se monte déjà à 8 mil­liards : ce sont les Français qui vont payer la différence.

EDF ayant déci­dé de construire un EPR à Flamanville (Manche), on peut dire que… la France a ven­du un EPR à la France ! Mais, là aus­si, le flop est reten­tis­sant : 4 à 5 ans de retard, et une fac­ture de 8,5 mil­liards… en atten­dant la suite.

Deux EPR sont certes en construc­tion en Chine, mais ils ont été lit­té­ra­le­ment bra­dés : 3,6 mil­liards les deux ! De plus, ils n’ont pas été ache­tés pour leurs « qua­li­tés » : Pékin a fait métho­di­que­ment l’acquisition des prin­ci­paux modèles en pré­sence (USA, Canada, Russie, France) afin de les étu­dier en détail et de construire ensuite des réac­teurs « chinisés ».
(Cf. https://reacteur.epr.free.fr)

Le nucléaire français : la risée du monde entier !

Pour en finir avec le mythe de « ce nucléaire que le monde entier nous envie », il convient de regar­der ce que pensent réel­le­ment les étran­ger de l’atome fran­çais à tra­vers quelques déci­sions récentes :

Il ne s’agit là que de quelques exemples récents, mais il suf­fisent à mon­trer que, contrai­re­ment à ce que pré­tendent les diri­geants d’EDF et d’Areva et la quasi-totalité du per­son­nel poli­tique, non seule­ment le nucléaire fran­çais ne fait l’objet d’aucune admi­ra­tion à l’étranger, mais il est au contraire l’objet de la plus grande défiance ou car­ré­ment de railleries.

D’autres chantiers nucléaires géants promis au désastre industriel et financier

L’EPR n’est en effet pas le seul chan­tier nucléaire géant en cours ou en pré­pa­ra­tion en France :

Conclusion

La seule véri­table « com­pé­tence » de l’industrie nucléaire fran­çaise est d’avoir dis­po­sé pen­dant des décen­nies… d’un énorme ché­quier, abon­dé sans limite par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs et par les fac­tures d’électricité. Le moment est venu de payer la véri­table addi­tion. La réa­li­té du prix de l’électricité nucléaire, main­te­nu arti­fi­ciel­le­ment bas pen­dant 30 ans, com­mence à émer­ger en atten­dant la véri­té sur le coût du déman­tè­le­ment des ins­tal­la­tions et de l’impossible ges­tion des déchets radioactifs.

Puisse l’actuel désastre de l’EPR faire prendre conscience à l’ensemble de la popu­la­tion de l’incurie de l’industrie nucléaire et de l’inutilité des pro­jets en cours… qu’il est tou­jours temps de stopper.

note : com­mu­ni­qué mis à jour en juin 2014