Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Fukushima + 3 ans : l’industrie nucléaire mondiale en déclin brutal et irréversible

10 mars 2014 · ana duarte

La part du nucléaire dans l’électricité mon­diale est pas­sée de 17% en 2001 à envi­ron 9% aujourd’hui

La WNA a fait dis­pa­raître de son site web la courbe mauve (la part du nucléaire dans la pro­duc­tion mon­diale d’électricité) au lieu de la mettre à jour comme ci-dessus. Voir ici la mise au jour de ce peu glo­rieux sub­ter­fuge. Mais il est vrai que la ten­dance est déses­pé­rante pour les pro­mo­teurs de l’atome…

Trois ans après le début de la catas­trophe de Fukushima, dont les consé­quences vont hélas conti­nuer à s’aggraver pen­dant des décen­nies, l’industrie nucléaire tente de faire bonne figure et pré­tend même « repar­tir de l’avant ». Des orga­nismes de pro­pa­gande comme l’Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique (AIEA) ou la World nuclear asso­cia­tion (WNA) dif­fusent des chiffres sidé­rants : des cen­taines de réac­teurs seraient d’ores et déjà com­man­dés et seraient « bien­tôt » mis en chan­tier, la pro­duc­tion nucléaire serait ame­née à pro­gres­ser mas­si­ve­ment dans les années à venir, etc.

La réa­li­té est tota­le­ment dif­fé­rente, et il suf­fit pour s’en convaincre de consul­ter les don­nées offi­cielles (il convient donc de ne pas confondre infor­ma­tion et com­mu­ni­ca­tion, cette der­nière rele­vant de la tromperie).

On peut ain­si consta­ter que :

La WNA agite le nombre « record » de 72 réac­teurs en construc­tion mais cer­tains le sont depuis 20 ou 30 ans, et même 40 ans pour Watts Bar (USA). On connaît aus­si les pro­blèmes insur­mon­tables ren­con­trés par Areva en Finlande et EDF à Flamanville. Par ailleurs, la majo­ri­té des chan­tiers en cours le sont en Chine, pays qui inves­tit bien plus dans les renou­ve­lables (les éoliennes pro­duisent désor­mais plus que le nucléaire) : c’est donc un « engoue­ment » bien vir­tuel qui cache mal le déclin net de l’atome mondial.

D’innombrables nou­veaux réac­teurs ont été annon­cés avec tam­bours et trom­pettes ces der­nières années, mais ont pour la plu­part été ensuite dis­crè­te­ment annu­lés. On peut ain­si citer le pré­ten­du pro­gramme nucléaire turc, annon­cé puis annu­lé à de nom­breuses reprises… depuis 1967 ! De même, les réac­teurs EPR que EDF pré­tend construire en Grande-Bretagne béné­fi­cient de la part de Londres de sub­ven­tions mas­sives qui ne pas­se­ront assu­ré­ment pas le filtre de Bruxelles : il est injus­ti­fiable de rendre « ren­table », avec l’argent public, un pro­jet gra­ve­ment défi­ci­taire. Ces EPR ne seront assu­ré­ment jamais construits.

Conclusion : l’avenir du nucléaire est assu­ré… par ses catas­trophes et ses déchets radioactifs.

L’industrie nucléaire n’a aucune pers­pec­tive d’avenir : elle va seule­ment ten­ter de sur­vivre en pro­lon­geant le plus long­temps pos­sible la vie des réac­teurs actuels, pour­tant déjà anciens et plus dan­ge­reux que jamais. Les fer­me­tures de réac­teurs sont néan­moins iné­luc­tables et vont se mul­ti­plier dans les années à venir, les quelques nou­veaux réac­teurs (prin­ci­pa­le­ment en Chine) ne fai­sant que frei­ner momen­ta­né­ment ce processus.

Par contre, l’avenir du nucléaire est « assu­ré » par… ses catas­trophes et ses déchets radio­ac­tifs : des situa­tions inso­lubles et dra­ma­tiques qui vont empoi­son­ner (au sens propre comme au sens figu­ré) la vie des humains pen­dant des mil­lé­naires, et cela seule­ment pour seule­ment quelques dizaines d’années de pro­duc­tion élec­trique nucléaire.


[1Agence inter­na­tio­nale de l’énergie, Key world ener­gy sta­tis­tics 2003 et 2013, p24 :

Chiffres 2001
Chiffres 2011