Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

L’Observatoire du nucléaire met en ligne un enregistrement audio accablant pour Areva

18 décembre 2013 · Stéphane Lhomme

A deux jours du pro­cès qui l’opposera à Areva ven­dre­di 20 décembre au Tribunal de grande ins­tance de Paris, l’Observatoire du nucléaire met en ligne sur son site web un nou­veau docu­ment acca­blant pour Areva.

Il s’agit de l’enregistrement audio (et du script cor­res­pon­dant) de la séance du 4 décembre 2012 à l’Assemblée natio­nale du Niger, et plus par­ti­cu­liè­re­ment de l’intervention du ministre des finances Gilles Baillet.

Ce der­nier annonce une modi­fi­ca­tion du pro­jet de bud­get 2013 car, « au der­nier moment, (…) Areva a pro­mis un don ». Mais, alors que per­sonne ne le lui demande, le ministre se sent comme obli­gé d’affirmer qu’il n’y aurait aucune contre­par­tie à ce curieux don : « je dois éga­le­ment pré­ci­ser que ce don ne lie en rien du tout le gou­ver­ne­ment dans son enga­ge­ment à avoir des conven­tions « gagnant-gagnant » avec Areva ».

Mais Gilles Baillet ajoute immé­dia­te­ment : « Bon, ça, vous êtes libres de pen­ser ce que vous voulez…Hé hé hé… »

De même, alors qu’à nou­veau per­sonne ne lui en fait la demande, le ministre des finances se sent aus­si obli­gé de pré­ci­ser que « le mon­tant du don d’Areva n’est lié à aucune dépense. Areva n’a pas dit « Je vous donne pour ache­ter x ou pour cou­vrir telle dépense » ».

Mais Gilles Baillet recon­nait qu’ «  il y a déjà une pre­mière ins­crip­tion pour l’avion pré­si­den­tiel dans le bud­get 2013 »… tout en pré­ten­dant que cette ins­crip­tion serait « insi­gni­fiante ». On peut au contraire la trou­ver par­fai­te­ment signi­fiante et édifiante…

Pour mémoire, les docu­ments révé­lés par l’Observatoire du nucléaire depuis le début de cette affaire - en par­ti­cu­lier le compte-rendu d’une ren­contre secrète tenue le 9 novembre 2012 entre Areva et le chef de cabi­net de la pré­si­dence du Niger - ont per­mis de consta­ter que le « don d’Areva » s’est fina­le­ment mon­té à 35 mil­lions d’euros, une troi­sième tranche de 9 mil­lions d’euros étant venue com­plé­ter les deux pre­mières tranches res­pec­ti­ve­ment de 16 et 10 millions.

Or, répon­dant à l’Agence France Presse le 12 décembre 2012 (cf dépêche AFP), Areva a men­ti en niant car­ré­ment l’existence de ce fameux don alors que celui-ci avait été offert un mois plus tôt et évo­qué à l’Assemblée natio­nale du Niger 8 jours avant le 12 décembre 2012 (comme en atteste le docu­ment audio révé­lé ce jour).

C’est donc sur la base de son propre men­songe que Areva a assi­gné en jus­tice l’Observatoire du nucléaire pour une pré­ten­due « dif­fa­ma­tion » (d’où le pro­cès de ce 20 décembre 2013). La socié­té nucléaire n’a recon­nu que le 14 jan­vier 2013 (dépêche AFP du même jour), accu­lée par les élé­ments pro­duits avoir effec­ti­ve­ment fait ce fameux « don ».

Rappelons que l’Observatoire du nucléaire a déjà publié lun­di 16 décembre 2013 la lettre d’amendement au pro­jet de bud­get 2013 de l’Etat du Niger, docu­ment déjà acca­blant pour Areva.

L’Observatoire du nucléaire main­tient que, loin des dizaines de mil­liards d’euros que la France et Areva devraient ver­ser au Niger pour l’avoir spo­lié et conta­mi­né par l’extraction de l’uranium depuis 50 ans, le ver­se­ment de ce curieux « don » est une pra­tique rele­vant de la cor­rup­tion, au moins mora­le­ment si ce n’est juri­di­que­ment.

L’objectif d’Areva est assu­ré­ment d’inviter les diri­geants du Niger à conti­nuer à por­ter de façon très modé­rée les reven­di­ca­tions du peuple nigé­rien qui ne sup­porte plus d’être conta­mi­né et spo­lié par l’industrie nucléaire fran­çaise. Cette der­nière ali­mente ain­si à bon compte son parc de cen­trales dans le cadre d’une fausse « indé­pen­dance éner­gé­tique » basée… sur l’impor­ta­tion de l’uranium.