Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Revue de presse - novembre 2013

1 novembre 2013 · julienschwartz

Procès Areva / Observatoire du nucléaire le 20 décembre à Paris

Dossier com­plet : http://bit.ly/1bmR5yV

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Merci à Drapier pour ce des­sin de soutien…

Chacun le sait, Areva est avant tout au Niger pour faire le bon­heur de la popu­la­tion locale et, acces­soi­re­ment, pour ali­men­ter en ura­nium les cen­trales nucléaires fran­çaises. Or, au lieu de féli­ci­ter cette belle entre­prise phi­lan­thro­pique, de mau­vais citoyens - en l’occurrence ceux de l’Observatoire du nucléaire, pro­ba­ble­ment à la solde des Chinois ou même des Martiens - s’amusent au contraire à la cri­ti­quer, voire à la soupçonner.

Heureusement, Areva est aus­si une entre­prise très cou­ra­geuse qui sait se défendre, et même contre-attaquer en s’adressant à la Justice. Le com­bat du siècle est fixé au ven­dre­di 20 décembre 2013, 13h30 au tri­bu­nal de grande ins­tance de Paris (rue du Palais). Un ras­sem­ble­ment a lieu devant le tri­bu­nal à par­tir de 12h30 ani­mé par la Compagnie Jolie môme. Areva y’avoir du sport…

Areva demande de lourdes péna­li­tés finan­cières (plus de 25 000 euros). Si vous ne l’avez pas encore fait, vous pou­vez sou­te­nir l’Observatoire du nucléaire. La sous­crip­tion a déjà bien fonc­tion­né (mer­ci à toutes et tous), mais le com­bat conti­nue en 2014 :
http://observ.nucleaire.free.fr/proces-areva-souscription.htm

Niger : un otage porte plainte contre Areva… ou pas !

Otages libé­rés : Pierre Legrand porte plainte contre une filiale d’Areva
RTL.fr, 15 novembre 2013 : http://bit.ly/HV7j70
Un ex-otage du Niger se consti­tue par­tie civile contre ses ravisseurs
Le Monde.fr, 15 novembre 2013 : http://bit.ly/1au5NCQ

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Pierre Legrand a por­té plainte contre…

Le mois der­nier, nous avons évo­qué la chère libé­ra­tion des otages d’Areva au Niger, et avons été bien seuls à signa­ler (sans bien sûr jus­ti­fier pour autant leur cap­ti­vi­té) que ces gens étaient avant tout des « expats » venus tri­pler leurs salaires en par­ti­ci­pant au pillage et à la conta­mi­na­tion du Niger par les mines d’uranium exploi­tées par Areva (avec l’aide de Vinci), cf http://bit.ly/184ohq5.

Mais voi­là que l’un d’eux se révolte : il porte plainte car­ré­ment contre Areva, accu­sée de ne pas avoir assu­ré une réelle sécu­ri­té. C’est du moins ce que l’on com­prend sur le site web de RTL. Mais pas dans la plu­part des autres médias, comme par exemple Le Monde, où il n’est ques­tion que d’une plainte… contre les ravisseurs.

Il faut croire que ce n’est pas ravis­sant pour tout le monde de consta­ter qu’un de nos quatre « héros » se retourne contre Areva, cette si gen­tille mul­ti­na­tio­nale de l’atome qui ali­mente en ura­nium les cen­trales nucléaires fran­çaises tout en conta­mi­nant l’Afrique…

Niger : la France doit-elle vrai­ment payer l’uranium à un meilleur prix ?

Niger : à qui pro­fite l’uranium ?
Oxfam, 22 novembre 2013 : http://bit.ly/18bpaxq
Nombreux articles : http://bit.ly/1995D0M

Nous l’avons conti­nuel­le­ment dénon­cé : depuis 50 ans, la France pille lit­té­ra­le­ment l’uranium du Niger qu’elle s’attribue à un tarif déri­soire. Nous ne pou­vons donc que nous féli­ci­ter de voir la sec­tion fran­çaise de l’ONG Oxfam dénon­cer à son tour cet insup­por­table scan­dale. Pour autant, nous ne par­ta­geons pas les reven­di­ca­tions de cette orga­ni­sa­tion qui sou­haite qu’Areva, à l’occasion des négo­cia­tions qui ont lieu actuel­le­ment, paye enfin un prix nor­mal pour l’uranium du Niger.

En effet, nous consi­dé­rons que l’uranium doit… res­ter sous terre ! Il faut en effet stop­per les réac­teurs nucléaires qui sévissent chez nous, mais aus­si l’extraction de l’uranium qui conta­mine le Niger, assèche ses nappes phréa­tiques, génère magouilles et cor­rup­tions… On nous rétor­que­ra que ce serait encore pire pour le Niger qui per­drait là des res­sources finan­cières certes insuf­fi­santes… mais qui ont néan­moins le mérite d’exister. Ce à quoi nous répon­dons que la France devrait d’abord rem­bour­ser au Niger les mil­liards qu’elle lui a volé depuis 50 ans.

Cela com­pen­se­rait très lar­ge­ment la fer­me­ture des mines d’uranium et déga­ge­rait en sus des sommes impor­tantes per­met­tant aux Nigériens de déve­lop­per des pro­grammes d’alimentation, d’éducation, de san­té, etc. Nous sommes bien conscients du carac­tère uto­pique de ces sug­ges­tions mais, à ce jour, il n’est pas encore inter­dit de rêver à un monde meilleur…

L’uranium a mau­vaises mines !

Projet de mine d’uranium : le Grand canyon sauvé ?
Mining.com, 7 novembre 2013 : http://bit.ly/1cDI8PY
« Journées de l’uranium » de la Société Géologique de France
Programme, 25 novembre 2013 : http://bit.ly/1c0UTlU
Un parc d’attraction à la gloire de l’uranium et de l’industrie nucléaire
Bastamag, 8 novembre 2013 : http://www.bastamag.net/article3483.html

Il n’y a pas qu’au Niger que l’uranium pose pro­blème. Aux USA, un pro­jet de mine pré­vu près du fameux Grand canyon est annu­lé : lourde décon­ve­nue pour le lob­by de l’atome qui aime tant conta­mi­ner les sites les plus remar­quables. Mais voi­là, l’avenir plus que sombre de l’industrie nucléaire fait que le prix de l’uranium est trop bas pour don­ner la moindre pers­pec­tive de rentabilité.

Pas de quoi décou­ra­ger la Société Géologique de France qui s’est lais­sée ache­ter par Areva et le Commissariat à l’énergie ato­mique (CEA) et a orga­ni­sé de belles « Journées de l’uranium ». Pour un peu, on en man­ge­rait ! A contra­rio, l’excellent Bastamag ato­mise le « musée de l’Uranium » que nous avons déjà évo­qué en juin dernier…

Le réac­teur EPR de Flamanville a mal à la tête…

EPR : le grand bricolage
Canard enchaî­né, 20 novembre 2013 : http://bit.ly/1b0YtQv
Chanson « N’achetez pas notre cen­trale nucléaire »
La Parisienne libé­rée : http://bit.ly/180Iu5R

Mais où sont-ils donc tous ces médias qui, en juillet der­nier, célé­braient (cf http://bit.ly/18sd8FJ ) la pose « spec­ta­cu­laire » du dôme de l’EPR grâce à « la plus grande grue du monde » ?
Heureusement que le Canard enchaî­né (un des rares médias à ne pas vivre de la publi­ci­té, ce qui explique beau­coup de choses) est là pour faire savoir que le fameux dôme a été abî­mé par la chute d’éléments qui sont venus s’écraser des­sus, énième grave faute sur le chan­tier de Flamanville…
Heureusement, si on peut dire, une répa­ra­tion a été impro­vi­sée avec… des rus­tines ! Pas éton­nant que la Parisienne libé­rée ait déci­dé d’avertir en chan­son les éven­tuels ache­teurs d’EPR de pas­ser leur chemin…

Le pro­jet de deux EPR en Grande-Bretagne plus que jamais virtuel

Nucléaire : les aides de Londres sous la loupe de Bruxelles
Le Monde, 27 novembre 2013 : http://bit.ly/1cZxrY9
Security fears over ’Orwellian’ Chinese nuclear deal
BBC News, 30 novembre 2013 : http://bbc.in/Iu8Lho
Hinkley Point deal under threat from EU ruling
The Telegraph, 30 novembre 2013 : http://bit.ly/1eSKsnK

Le mois der­nier, la qua­si tota­li­té des médias fran­çais ont célé­bré la pré­ten­due « grande vic­toire » de l’industrie ato­mique fran­çaise qui, nous dit-on, a réus­si à vendre deux réac­teurs EPR à la Grande-Bretagne. Nous avons expli­qué que c’étaient en réa­li­té des fran­çais qui ache­taient des réac­teurs à des fran­çais (c’est plus facile comme ça) puisque EDF a fait aupa­ra­vant l’acquisition (rui­neuse) de British energy.

Mais sur­tout, depuis des mois, nous pré­ten­dons que le pro­jet n’ira pas à son terme. En par­ti­cu­lier, le deal pas­sé entre EDF et Londres, véri­table accord de dum­ping (des mil­liards en argent public ver­sés à EDF pour rendre « ren­table » un pro­jet lour­de­ment défi­ci­taire), risque bien d’être annu­lé par Bruxelles. Pour une fois, la fameuse « concur­rence libre et non faus­sée » pour­rait avoir du bon. Et, jus­te­ment, une fois pas­sé le temps des coco­ri­cos radio­ac­tifs, l’étau se resserre.

Si Le Monde évoque l’affaire de façon bien pru­dente, on en apprend bien plus dans les jour­naux bri­tan­niques. Non seule­ment une enquête appro­fon­die de Bruxelles va être lan­cée, mais il appa­raît aus­si que la par­ti­ci­pa­tion des Chinois au pro­jet EDF/Londres pose de vrais pro­blèmes de sécu­ri­té natio­nale en Grande-Bretagne. Plus que jamais, l’Observatoire du nucléaire pro­nos­tique l’effondrement du pro­jet de réac­teurs EPR en Grande-Bretagne…

Fukushima : tou­jours pire…

A Fukushima, les auto­ri­tés pres­crivent un retour au « pays natal »
Rue89, 7 novembre 2013 : http://bit.ly/1cZF5BG
Fukushima : le scan­dale étouf­fé du contrôle euro­péen des aliments
Agoravox, 7 novembre 2013 : http://bit.ly/18lg7NR
Fukushima : 22 pre­miers assem­blages de la pis­cine 4 désor­mais en lieu sûr
AFP, 22 novembre 2013 : http://bit.ly/1bm9qw8

Nouvel article remar­quable de notre ami Thierry Ribault (CNRS), avec cette fois Cécile Asanuma Brice (cher­cheur asso­ciée à la Maison franco-japonaise de Tokyo). Remarquable mais gla­çant, déses­pé­rant, effrayant. Les diri­geants poli­tiques et ceux du lob­by nucléaire font tout pour que les consé­quences de la catas­trophe de Fukushima soient mino­rées et même niées, au détri­ment de la san­té et de la vie des tra­vailleurs, des habi­tants, des enfants.

Pour sa part, Patrick Samba, attire notre atten­tion sur les consé­quences de « la déci­sion injus­ti­fiée et cou­pable en terme de san­té publique, et pro­ba­ble­ment enta­chée d’illégalité, prise par la Commission euro­péenne en octobre 2012, d’« assou­plir » les contrôles effec­tués sur les ali­ments en pro­ve­nance du Japon ».

Le lob­by nucléaire veut clai­re­ment nous empoi­son­ner, et il a encore d’autres atouts dans sa manche : par exemple, la fameuse pis­cine du réac­teur 4 de Fukushima qui peut, à chaque ins­tant, cau­ser une nou­velle catas­trophe encore pire que la pré­cé­dente. L’opérateur nucléaire (donc men­teur et conta­mi­na­teur) Tepco a com­men­cé les opé­ra­tions consis­tant à reti­rer les barres de com­bus­tible nucléaire de cette pis­cine : les 22 pre­mières seraient désor­mais en lieu sûr. Il n’en reste donc « plus que »… 1511 !

Le crash du nucléaire : même la Banque mon­diale n’en veut plus !

La Banque mon­diale n’envisage pas d’investir dans le nucléaire
AFP, 27 novembre 2013 : http://bit.ly/1bWFfIg
Comanche Peak expan­sion suspended
star-telegram.com, 8 novembre 2013 : http://bit.ly/1co8SWL

Encore une annu­la­tion aux USA : les deux nou­veaux réac­teurs qui devaient voir le jour à Comanche Peak (Texas) viennent rejoindre la liste de plus en plus consé­quente des mirages. Le nucléaire est tel­le­ment décon­si­dé­ré que même la Banque mon­diale, pour­tant connue pour finan­cer de nom­breuses hor­reurs, ne veut plus mettre d’argent dans cette voie de garage ! Et pen­dant ce temps, la majo­ri­té des médias fran­çais conti­nuent d’évoquer un fumeux « grand retour du nucléaire ». A quand le grand retour de l’information ?

Stockage des déchets radio­ac­tifs : le gui­chet des corrompus

FA-VL : Les élus se par­tagent déjà le magot…
Auboisementcorrect, 26 novembre 2013 : http://bit.ly/1azznUl
Troisième centre de sto­ckage : les élus posent leurs conditions
Est eclair, 22 novembre 2013 : http://bit.ly/189Qxxb
Le sto­ckage des déchets à Bure, un puits sans fond ?
Les Echos, 27 novembre 2013 : http://bit.ly/1clTLNy

Pour mémoire, il n’existe aucune « solu­tion » pour les déchets radio­ac­tifs, seule­ment des « options »… qui sont toutes mau­vaises. L’enfouissement de ces hor­reurs nucléaires est pro­ba­ble­ment la plus mau­vaise de ces options, mais pas pour tout le monde. En effet, les Bouygues, Vinci et com­pa­gnie s’attendent à gagner beau­coup d’argent pour construire les struc­tures d’enfouissement.

Par ailleurs, de nom­breux élus se bous­culent déjà pour ten­ter de récu­pé­rer une par­tie de la manne. En effet, l’Agence natio­nale pour les déchets radio­ac­tifs (Andra) a mis en place un écoeu­rant sys­tème de « cor­rup­tion légale » : des mil­lions offerts aux Collectivités qui col­la­bo­re­ront (au sens le plus péjo­ra­tif du mot) au crime de l’enfouissement. Argent radio­ac­tif, argent sale…

Désinformation pro­nu­cléaire : une valeur en hausse !

Sciences2 : nucléaire, l’imposteur c’est le journaliste ?
Médiapart, 15 novembre 2013 : http://bit.ly/1bjIflo

Excellente mise au point de Pascal Hingamp par rap­port à la mau­vaise foi, que nous avons sou­vent signa­lée, du dénom­mé Sylvestre Huet, lau­da­teur offi­ciel de l’atome à Libération (tou­jours sous sur­veillance de Anne Lauvergeon ). Erreurs fac­tuelles, omis­sion gro­tesque, rac­cour­cis trom­peurs, allé­ga­tions non fon­dées, cen­sure… n’en jetez plus !

Voiture nucléaire : Bolloré a enfin plié !

Blue car, Autolib : Bolloré pol­lue et ment !
Observatoire du nucléaire, 8 novembre 2013 : http://blue.car.bollore.free.fr
Autolib : les bat­te­ries Lithium-Metal-Polymère de Bolloré bru­lent très bien
Rappel Moteurnature.com : http://bit.ly/1bM01Qc

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Les Autolibs s’enflamment spontanément…

Ca y est ! Après avoir tri­ché et men­ti pen­dant des semaines, Bolloré vient enfin de reti­rer la men­tion « véhi­cule propre » de son site web consa­cré à la voi­ture élec­trique (nucléaire) Bluecar, le modèle uti­li­sé par Autolib (Paris), BlueLy (Lyon) ou BlueCub (Bordeaux). Victoire totale de l’Observatoire du nucléaire ! Cf http://blue.car.bollore.free.fr

Bien qu’étant tou­jours tota­le­ment cen­su­rée par la presse fran­çaise (publique : AFP ou pri­vée : déte­nue la plu­part du temps par des groupes indus­triels !), à part le Canard enchaî­né, l’affaire est cepen­dant loin d’être ter­mi­née : les col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riales dépensent des sommes folles d’argent public pour offrir des bornes de rechar­ge­ment pour les voi­tures élec­triques… des construc­teurs pri­vés. Détourner à son pro­fit l’argent public, c’est deve­nu l’activité prin­ci­pale du lob­by de l’atome, encou­ra­gé par le gou­ver­ne­ment (et ses faux écolos)…

Pour reve­nir à Bolloré, sachez que ses bat­te­ries LMP (Lithium Métal Polymère), célé­brées par M. Hollande, pré­sen­tées comme meilleures que celles des concur­rents, néces­sitent d’être main­te­nue à 80° même lorsque les voi­tures sont à l’arrêt : voi­là qui est très « éco­lo » ! Et très dan­ge­reux : ces petits bijoux ont de plus en plus ten­dance à s’enflammer ! Bolloré pré­tend qu’il s’agit là d’incendies cri­mi­nels, mais on peut en dou­ter comme c’est le cas avec cet incen­die de deux Bluecar… un lun­di à 9h du matin : à cette heure là, en géné­ral, les pyro­manes dorment !!!!

Accord nucléaire avec l’Iran : théâtre et écran de fumée

Premier accord his­to­rique sur le nucléaire iranien
AFP, 24 novembre 2013 : http://bit.ly/Itxum5
Nucléaire : plu­sieurs mois de négo­cia­tions secrètes entre les Etats-Unis et l’Iran
Le Monde, 24 novembre 2013 : http://bit.ly/1g8Qyo1
Fabius : Paris a « convain­cu ses par­te­naires » d’infléchir l’accord de Genève
Le Monde, 26 novembre 2013 : http://bit.ly/IQ4TIa
Accord avec l’Iran : pré­texte nucléaire pour chan­ge­ment de stratégie
Observatoire du nucléaire, 30 novembre 2013 : ci-dessous

Le monde entier a été tenu au cou­rant : les grandes puis­sances ont signé avec l’Iran un accord pour « empê­cher ce pays d’accéder à l’arme ato­mique ». Qui plus est, par l’intermédiaire de Laurent Fabius, subi­te­ment pro­mu « grand spé­cia­liste du nucléaire », la France a obte­nu l’arrêt d’un réac­teur curieu­se­ment « oublié » par ces grands dis­traits que sont les amé­ri­cains. Tout ceci n’est en réa­li­té que bali­vernes, mais heu­reu­se­ment l’Observatoire du nucléaire est là pour décryp­ter cette pièce de théâtre, ses tenants et ses abou­tis­sants. Lire ci-dessous…

Accord nucléaire avec l’Iran : le grand bluff !

par Stéphane Lhomme - 5 décembre 2013
Directeur de l’Observatoire du nucléaire

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Les diri­geants israé­liens furieux… non pas du nucléaire
ira­nien mais de perdre leur meilleur pré­texte pour
main­te­nir leur pays dans un état per­ma­nent de paranoïa

Le 24 novembre 2013, les cinq puis­sances nucléaires offi­cielles - USA, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne (*) - accom­pa­gnées par l’Allemagne et la repré­sen­tante de l’Union euro­péenne, Catherine Ashton, ont signé avec l’Iran un accord sur la ques­tion du nucléaire. Cet évè­ne­ment a été abon­dam­ment cou­vert par les médias du monde entier qui, pour la plu­part, nous ont expli­qué que, par cet accord :

- l’Iran renon­çait à ses ambi­tions inavouées d’accéder à l’arme atomique ;
- l’Iran allait rede­ve­nir fré­quen­table sur le plan international.

La réa­li­té est en fait. exac­te­ment inverse :

- l’Iran ne renonce à rien du tout sur le plan nucléaire ;
- c’est parce que les occi­den­taux ont désor­mais besoin que l’Iran soit fré­quen­table que l’accord nucléaire a été signé.

Notons d’ailleurs que, contrai­re­ment à ce que font sem­blant de croire les diri­geants des pays impli­qués, ils ne sont pas inquiets à l’idée que l’Iran puisse pos­sé­der tôt ou tard des armes nucléaires. En effet, les mol­lahs ira­niens sont certes des tyrans sur le plan inté­rieur, mais ils sont loin d’être les fous illu­mi­nés par­fois décrits : il se gar­de­ront bien de lan­cer une attaque ato­mique contre Israël, ce qui leur assu­re­rait immé­dia­te­ment une riposte des­truc­trice de la part des USA.

L’arme nucléaire leur ser­vi­ra « seule­ment » à asseoir un sta­tut de grande puis­sance régio­nale qu’ils sont aujourd’hui en posi­tion d’acquérir avec la béné­dic­tion des Occidentaux. Mais, pour­quoi ces der­niers ont-ils subi­te­ment chan­gé de posi­tion par rap­port à l’Iran ? C’est en fait la réa­li­té géo­po­li­tique du Moyen-Orient qui a été bou­le­ver­sée en quelques années.

Depuis des décen­nies, les alliés prin­ci­paux des USA dans la région étaient, outre Israël, l’Egypte et l’Arabie saou­dite, deux dic­ta­tures d’une sta­bi­li­té par­faite pour Washington. qui s’est bien gar­dé d’y mener une de ses fameuses guerres « pour la démocratie ».

Par ailleurs, l’Irak de Saddam Hussein contre­car­rait tout risque de mon­tée en puis­sance de l’Iran : les Occidentaux pous­sèrent même ces deux pays à se sai­gner mutuel­le­ment lors de la ter­rible guerre de 1980-1988. Et enfin, les USA ins­tru­men­ta­li­saient la ques­tion du nucléaire pour iso­ler l’Iran, seule­ment sou­te­nu par la Russie.

Mais aujourd’hui, ce tableau « idyl­lique » a com­plè­te­ment chan­gé : l’Irak est ter­ri­ble­ment affai­bli depuis la guerre menée par Bush. Puis les Printemps arabes ont eu lieu : l’Egypte est désor­mais dans une situa­tion pré­caire, la Libye et la Syrie sont tota­le­ment désta­bi­li­sées et vont d’autant plus le res­ter que l’Arabie saou­dite et le Qatar y sou­tiennent des groupes fon­da­men­ta­listes sun­nites qui détestent les USA. mais aus­si l’Iran chiite.

Il n’en fal­lait pas plus pour que les USA changent leur fusil d’épaule et consi­dèrent que, désor­mais, le rôle de « gen­darme » de cette région si stra­té­gique - du fait de ses réserves pétro­lières et gazières - devait être attri­bué à l’Iran. Encore fallait-il que ce der­nier devienne subi­te­ment fréquentable.

Rien de plus facile en fait car un pré­texte a ceci de for­mi­dable qu’il peut ser­vir dans les deux sens : d’abord lorsqu’on l’invoque, et ensuite lorsqu’on décrète qu’il n’est plus de mise. C’est ce qui vient de se pas­ser pour l’Iran : une superbe pièce de théâtre orga­ni­sée en Suisse, conclue par un bel accord, et le tour est joué.

Les mol­lahs ira­niens peuvent se réjouir : ils vont accé­der à des ren­trées finan­cières mas­sives - en par­ti­cu­lier grâce à la sus­pen­sion des res­tric­tions sur la vente de pétrole - qui vont leur per­mettre de sou­la­ger quelque peu les souf­frances de la popu­la­tion. et sur­tout de per­pé­tuer leur régime.

La « révo­lu­tion verte » du peuple ira­nien en 2009 est de fait défi­ni­ti­ve­ment enter­rée avec la com­pli­ci­té active des démo­cra­ties occi­den­tales. Ces der­nières, oubliant les com­bat­tants de la liber­té qu’elles pré­ten­daient sou­te­nir, sont désor­mais amies avec les tor­tion­naires qui ont répri­mé si féro­ce­ment ce cou­ra­geux soulèvement.

Mais reve­nons à ce fameux accord nucléaire : les modestes conces­sions faites par Téhéran reviennent juste à retar­der dans le temps la capa­ci­té de l’Iran à accé­der à l’arme ato­mique. C’est même la plus par­faite illus­tra­tion de l’expression « recu­ler pour mieux sau­ter » car cette capa­ci­té sera encore plus effec­tive avec des réserves finan­cières recons­ti­tuées et une indus­trie ato­mique « civile » fonctionnelle.

En effet, lorsque l’on sait enri­chir l’uranium jusqu’à 5%, on sait aus­si bien le faire jusqu’à 95% (teneur néces­saire pour une bombe ato­mique) : il suf­fit de faire tour­ner long­temps les cen­tri­fu­geuses sans qu’il n’y ait besoin de modi­fi­ca­tions tech­niques. L’accord nucléaire signé avec l’Iran relève donc uni­que­ment de la gesticulation.

C’est en par­ti­cu­lier le cas concer­nant le pré­ten­du « rôle cru­cial » de la France qui se targue d’avoir contraint les Iraniens à arrê­ter le réac­teur d’Arak, sus­cep­tible de pro­duire du plu­to­nium de qua­li­té mili­taire. Il fau­drait donc croire que les USA, qui suivent pour­tant de très près cette affaire depuis des années, auraient « oublié » l’existence de ce réac­teur, oppor­tu­né­ment rap­pe­lée par Laurent Fabius, nou­veau « grand spé­cia­liste » de l’atome. Cette thèse ridi­cule a pour­tant été lar­ge­ment ser­vie par la majo­ri­té des médias.

En réa­li­té, il y a eu une habile répar­ti­tion des rôles, les USA ne sou­hai­tant de toute évi­dence pas être consi­dé­rés comme les seuls comp­tables de la réha­bi­li­ta­tion de l’Iran. C’est assu­ré­ment aus­si pour cela que, lors des dis­cus­sions, le sty­lo a été tenu par Mme Ashton, la repré­sen­tante jusqu’alors inutile de la diplo­ma­tie européenne.

Notons d’ailleurs que, même si les Iraniens aban­donnent réel­le­ment la piste du plu­to­nium, ce qui reste à prou­ver, ils pour­ront sans pro­blème se conten­ter de bombes à l’uranium enri­chi : le bom­bar­de­ment nucléaire d’Hiroshima n’a pas été moins « réus­si » que celui de Nagasaki.

Mais à nou­veau, si les diri­geants israé­liens dénoncent avec tant de force l’accord nucléaire du 24 novembre, ce n’est abso­lu­ment pas qu’ils craignent d’être « ato­mi­sés ». Ce qu’ils redoutent avant tout, c’est la fin des res­tric­tions éco­no­miques qui empê­chaient jusqu’à main­te­nant l’Iran de deve­nir la grande puis­sance géo­po­li­tique de la région.

Par ailleurs, lorsque le monde entier consta­te­ra que l’Iran ne tente pas d’atomiser Israël, les diri­geants de l’Etat hébreux auront per­du un de leurs prin­ci­paux pré­textes pour main­te­nir leur pays dans un état de para­noïa per­ma­nente. Le seul « dan­ger » venant des mal­heu­reux Palestiniens ne suf­fi­ra assu­ré­ment plus…

Mais, faut-il tout de même s’inquiéter de l’atome ira­nien ? Oui. exac­te­ment comme de n’importe quel autre pro­gramme nucléaire : celui de la France, celui de la Chine, celui des USA, etc, sans oublier celui d’Israël avec son antique cen­trale de Dimona.

Aucun de ces acteurs ne veut évo­quer les risques de catas­trophe, la ques­tion inso­luble des déchets radio­ac­tifs, les graves pol­lu­tions cau­sées par les mines d’uranium, etc. Or, ce sont bien là les prin­ci­paux dan­gers impo­sés par l’atome, tant mili­taire que « civil ». Combien faudra-t-il encore de drames comme celui de Fukushima avant qu’il soit déci­dé d’en finir enfin avec le nucléaire ?

Stéphane Lhomme - 5 décembre 2013
Directeur de l’Observatoire du nucléaire

(*) Ces cinq pays sont offi­ciel­le­ment les seuls à déte­nir l’arme ato­mique, et les seuls à y être auto­ri­sé dans le cadre du Traité de non pro­li­fé­ra­tion (TNP). Ce der­nier n’a pas été rati­fié - et pour cause - par les quatre autres pays qui pos­sèdent des bombes nucléaires : Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord.