Observatoire du nucléaire

Organisme indépendant de surveillance de l’industrie nucléaire

Nucléaire, documentaire sur France 2 : la « grande explication » n’était pas au rendez-vous…

11 septembre 2013 · ana duarte

Mardi 10 sep­tembre 2013, France 2 a dif­fu­sé le docu­men­taire « Nucléaire, la grande expli­ca­tion » , pré­sen­té comme un évè­ne­ment mais aus­si une démarche péda­go­gique sans pré­cé­dent : « Les citoyens se doivent donc d’avoir en main tous les élé­ments du dos­sier, sans à prio­ri, sans arrières pen­sées, sans polé­mique… » [1]

Finalement, on a eu droit à un film soi­gné, pro­fes­sion­nel, don­nant la parole de façon équi­li­brée aux uns et aux autres : c’est déjà ça dans un pays où, géné­ra­le­ment, le lob­by nucléaire est sur­re­pré­sen­té (Cf. par exemple les débats de « C dans l’air ») ou est même le seul à avoir la parole.

Mais, pour ce qui est de la « grande expli­ca­tion », autant dire que l’objectif est loin d’être atteint. C’était d’ailleurs inévi­table en pré­ten­dant trai­ter « sans polé­mique » une affaire qui a été menée depuis 50 ans par le men­songe, la vio­lence, la répres­sion, l’intimidation, les arres­ta­tions, la cor­rup­tion, etc.

Non, il n’est pas pos­sible de com­pa­rer doc­te­ment les mérites res­pec­tifs des argu­ments pour ou contre le nucléaire en oubliant de rap­pe­ler que l’atome a été impo­sé par la vio­lence, d’innombrables mani­fes­ta­tions popu­laires étant répri­mées à grands ren­forts de com­pa­gnies de gen­darmes mobiles.

Et que, aujourd’hui encore, les citoyens qui s’intéressent « un peu trop » à l’atome sont sur­veillés, arrê­tés, per­qui­si­tion­nés, inti­mi­dés, quand ce n’est pas tor­tu­rés comme l’ont été les jeunes qui ont osé stop­per un train de déchets nucléaires en 2010 (Cf. pho­tos ter­ri­fiantes : https://ganva.noblogs.org)

Que les cen­trales fran­çaises sont ali­men­tées par de l’uranium qui est prin­ci­pa­le­ment pillé depuis 50 ans dans l’ancienne colo­nie qu’est le Niger, au détri­ment des popu­la­tions locales et de leur envi­ron­ne­ment (conta­mi­na­tions, nappe phréa­tique assé­chée, etc).

Que la récente inter­ven­tion mili­taire au Mali n’avait pas pour but d’y « pré­ser­ver la démo­cra­tie » mais bien de sécu­ri­ser le désert du nord-est du pays… qui est aus­si celui où se trouvent les mines d’uranium d’Areva au nord-ouest du Niger !

Que, pour diver­si­fier ses appro­vi­sion­ne­ments en ura­nium, la France fait ami-ami avec les pires tor­tion­naires d’Asie cen­trale, comme Nazarbayev (Kazakhstan) ou Karimov (Ouzbékistan), sans son­ger un seul ins­tant inter­ve­nir dans ces dic­ta­tures pour « y réta­blir la démocratie »…

Loin de mettre à jour cette écœu­rante réa­li­té de l’industrie de l’atome (il serait pos­sible de citer de nom­breux autres exemples), ce docu­men­taire a offert de s’exprimer le plus tran­quille­ment du monde à une belle bro­chette de per­son­nages qui, dans n’importe quel autre domaine, auraient immé­dia­te­ment été qua­li­fiés de « salauds » et pro­ba­ble­ment jetés en prison.

C’est par exemple le cas du dénom­mé Thibault Labalette qui, en échange du géné­reux salaire que lui verse tous les mois l’Agence natio­nale des déchets radio­ac­tifs (Andra), fait la pro­mo­tion du crime que consti­tue la pré­pa­ra­tion de l’enfouissement pro­fond des déchets les plus radioactifs.

C’est aus­si le cas de l’affligeante Marie-Claire Cailletaud, repré­sen­tante de la CGT-énergie qui, pour jus­ti­fier l’option nucléaire dont elle est une des prin­ci­pales béné­fi­ciaires au détri­ment de la popu­la­tion [2], tente de faire croire qu’elle se pré­oc­cupe des émis­sions de co2 alors qu’elle n’a de cesse de pro­té­ger les indus­trie les plus polluantes !

C’est bien sûr le cas de la très radio­ac­tive Anne Lauvergeon qui s’exprime sur le nucléaire sans savoir à s’expliquer de ses manœuvres mal­odo­rantes, par exemple dans le cas de l’affaire Uramin que tout le monde (jus­tice et médias en pre­mier lieu) semble avoir « oublié » alors que la véri­té reste à faire…

Non, on ne peut pas dis­ser­ter sur les « mérites » et les « désa­van­tages » du nucléaire comme on débat du sexe des anges et sans mettre sur la table les don­nées les plus sen­sibles de l’affaire. Une fois de plus, concer­nant le nucléaire, la « grande expli­ca­tion » est remise à plus tard…

Stéphane Lhomme


[1Nucléaire, la grande explication

[2Nous revien­drons sous peu sur les rai­sons mal­odo­rantes qui font de la CGT-énergie un des maillons forts du lob­by nucléaire… au détri­ment de toutes les valeurs syn­di­cales et altermondialistes.